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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 14:42

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La centrale de Fukushima, trou radioactif béant, n'existe plus. C'est du moins l'impression étrange que l'on peut avoir 8 mois après l'accident, lorsque l'on regarde les médias étrangers voire même japonais. Et peu importe si la situation est peut-être pire aujourd'hui qu'au début de la catastrophe. Car en effet, la catastrophe de Fukushima est loin d'être encore sous contrôle, contrairement à ce que laisse croire récemment la visite "rassurante" effectuée par quelques journalistes japonais et étrangers. Le compte-rendu qu'en a fait l'AFP - copié-collé ensuite sur les sites de Libération et Le Monde entre autres - est d'ailleurs saisissant par son manque de mise en perspective. Le discours lénifiant de la direction de Tepco, servi ce jour-là aux journalistes  embedded, est reproduit tel quel, sans aucun apport critique. On n'y apprend presque rien, si ce n'est que les ouvriers de la centrale "ont pu stopper le processus infernal et parvenir après de longs mois à stabiliser la température du combustible". Ou encore que HOSONO Goshi, ministre de l'environnement, se félicite des progrès et "sens que les conditions se sont améliorées". Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

 

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Mais est-ce vraiment le cas? Début novembre, on apprenait de la direction de Tepco que des gaz rares Xénon Xe-133 et Xe-135 avaient été découverts dans le réacteur n°2. Ces gaz étant émis lors de fissions des atomes d'uranium et ayant une durée de vie ne dépassant pas 5 jours, cela signifie qu'une situation de criticité a repris au niveau du corium, entraînant des réactions en chaînes hors contrôle. Si c'est le cas, cela signifie très concrètement qu'une explosion d'hydrogène est encore possible, comme aux premières heures de la catastrophe. La direction s'est voulu rassurante depuis sur ce sujet, estimant l'incident clos.

 

Dans la foulée, on apprenait qu'un robot de déblaiement avait détecté un niveau de radioactivité inédit de 620 millisieverts par heure au-dessus du réacteur n°3. C'est le plus fort taux de radioactivité enregistré depuis que des mesures sont effectuées sur ce réacteur. Il y a encore de nombreuses interrogations sur la situation au niveau des coriums, le magma issu de la fonte des combustibles nucléaires, ce qui impose au minimum de prendre un peu de recul par rapport aux propos victorieux d'une firme, Tepco, qui n'en est pas à ses premiers mensonges.

 

Bilan provisoire de la contamination alimentaire

 

Sur ce sujet, le comportement du gouvernement et des médias télévisés est surréaliste. En effet, plutôt qu'appeler les consommateurs à adopter une attitude prudente à l'égard de certains produits agricoles venant de la région du Tôhoku, les citoyens ont le droit à un véritable déluge de propogande les encourageant à consommer les "bons produits de Fukushima", n'hésitant pas à jouer sur la corde sensible de la solidarité avec les paysans et habitants de la région. L'intention est louable car l'économie de ces régions est durement touchée et la population qui n'a pas été évacuée, dans une situation inextricable - nous reviendrons d'ailleurs prochainement sur les difficultés des habitants de la région à fuir Fukushima.

 

Certes, plusieurs mesures de contrôle de la radiocativité ont été mises en place suite au scandale cet été de la vente d'une  viande contaminée au césium radioactif. Mais quel sens donner à ces contrôles lorsque l'on sait que le ministère de la santé a discrètement relevé, dès les premiers jours de la catastrophe, les seuils de radioactivité à partir desquels un produit est jugé apte à être vendu. La limite pour l'iode 131 a ainsi été fixée à 300 becquerels par kilogramme pour les produits laitiers et l'eau, et à 2000 pour les légumes et fruits, ce qui est extrêment élevé. Concernant le césium radioactif, les limites sont respectivement de 200 pour les boissons et de 500 pour les légumes, fruits, viande et oeufs. Il faut cependant tempérer ces donnés car les seuils fixés sont en deçà des normes de radioactivité autorisées par le Codex alimentaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'OMS étant inféodée, il est vrai, à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dont la mission première est de promouvoir l'usage de l'énergie nucléaire dans le monde.

 

Ceci étant posé, la contamination interne pose tout de même problème. D'abord, car il est purement arbitraire de fixer un seuil à partir duquel ingérer une faible dose d'éléments radioactifs n'aurait aucune incidence sur l'organisme ou l'ADN. Mais surtout, le véritable drame sanitaire qui se joue en ce moment au Japon concerne les enfants. Les limites de radioactivité fixées par les diffférentes normes internationales imposent toujours un seuil différent pour les enfants, beaucoup plus sensible à la radioactivité. Mais dans la pratique, les enfants au Japon consomment les même produits que les adultes. Le problème se pose de la même manière pour les enfants de la préfecture de Fukushima qui seront sans doute les premiers à payer au prix fort cette catastrophe.

 

15 000 personnes défilent dans les rues de Fukuoka

 

En dépit des propos rassurants des compagnies d'électricité, du gouvernement et du patronat japonais, il n'est donc guère étonnant que les Japonais soient toujours opposés à plus de 70% à la poursuite du nucléaire. Et Ils l'expriment haut et fort. Sur le thème "Adieu au nucléaire" (Sayonara genpatsu), 15 000 personnes se sont rassemblées dimanche 13 novembre à Fukuoka, situé au sud-ouest du Japon, avant de défiler dans les rues du centre-ville. Il s'agit pour cette ville de taille moyenne, d'une population équivalente à Marseille, d'une manifestation historique. Parmi les nombreuses banderoles et pancartes présentes dans la manifestation, le slogan le plus populaire reste "On a pas besoin du nucléaire!" (genpatsu iranai). Cette manifestation a eu lieu alors qu'à quelques kilomètres de Fukuoka, la centrale nucléaire de Genkai vient d'être remise en route, seulement un mois après avoir connu un incident technique sur son circuit de refroidissement. Huit mois après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, colère et lassitude sont palpables chez de nombreux Japonais.

 

 

 

 

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Published by Le Japon à l'envers - dans Crise nucléaire
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  • : Le Japon est aujourd'hui très connu en France, à travers sa culture populaire - manga, animé - et sa cuisine. Mais que sait-on au juste de cette "face cachée de la lune", située quelque part entre l'extrême-orient et l'extrême-occident ? Au-delà des clichés, ce blog apporte un éclairage sur quelques aspects méconnus de la société, de la vie politique et de la culture populaire dans l'archipel.
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