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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:53

DSCN1366.JPG

Sanctuaire Gokoku de Miyagi, 12 mai 2012 (DR/ Serge Tanka )

 

Lors d'un passage à Sendai, cette magnifique "Cité des arbres", il m'a été donné à voir de bien curieux drapeaux dans un sanctuaire sur le mont Aoba, surplombant la ville. Le drapeau du haut n'est malheuresement pas rare au Japon. Bien qu'étant le drapeau de l'Armée impériale japonaise, c'est-à-dire le symbole de l'asservissement et du massacre de millions de civils en Asie pendant la Seconde guerre mondiale, il continue d'être arboré en toute légalité. On peut le trouver dans des sanctuaires shintô, dans les manifestation de l'extrême-droite japonaise, et sur les tee-shirts de certains Occidentaux dont la "passion du Japon" semble s'accorder invariablement avec une bêtise crasse.

 

Le second en dessous est plus rare. Faisons donc un peu de vexillologie, cette discipline passionante qui consiste à étudier les drapeaux. Ce drapeau correspond dans le Code internationale des signaux maritimes, à la lettre Z. Mais il revêt dans ce sanctuaire une signification bien différente. Le 27 mai 1905, alors que le Japon mène l'offensive contre la flotte russe, l'Amiral TÔGÔ Heihachirô fait lever le drapeau Z sur le cuirassé Mikasa. A l'issue de cette bataille, le Japon remporte la guerre contre la Russie et ce drapeau devient un symbole de la force de la marine impériale japonaise. Ce drapeau sera de nouveau hissé en 1941, sur le porte-avion Akagi, duquel s'élançèrent les avions responsables de l'attaque surprise de Pearl Harbor.

 

Zflag

Une dizaine de fêlés arborant l'attirail du parfait militant d'extrême droite nippon, 24 avril 2011. Comme on peut le voir, le drapeau Z figure en bonne position

 

 

Ce sanctuaire est en fait le Miyagi ken gokoku jinja (宮城県護国神社), c'est-à-dire le "Sanctuaire pour la défense du pays de la préfecture de Miyagi". Chaque préfecture au Japon dispose de son propre gokoku jinja dont le rôle est de rendre hommage aux âmes des soldats morts à la guerre. Ils ont été créés à l'ère Meiji, par une volonté d'instrumentaliser la religion shintô au service de l'impérialisme nippon et de son idéologie nationaliste. Ils ont été renommé gokoko jinja en 1939, à l'époque où le Japon baignait dans un totalitarisme mêlant allégrement fascisme, militarisme et shintô. Ces sanctuaires sont en quelque sorte les petits frêres du Yasukuni jinja. 

 

Il existe donc deux shintô au Japon: celui cher à MIYAZAKI Hayao, des esprits de la forêt, un shintô volontiers pacifiste, et celui plus politique, célébrant l'époque du "Grand Japon" à coups de révisionnisme et que l'on retrouve dans le Yasukuni et dans les sanctuaires gokoku. Car rendre hommage aux soldats morts pour le Japon, criminels de guerre y compris, reste tout de même douteux au regard des guerres d'agressions que mena ce pays partout en Asie. Soyons clément cependant avec le Japon. En France aussi, on continue paraît-il, à rendre hommage à des pauvres gars, morts pour rien dans la grande boucherie humaine de 14-18, lors de grandes fêtes républicaines.

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Published by Le Japon à l'envers - dans Politique
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Lucas Pierre 03/08/2013 12:30

Bonjour!
J'ai lu votre article et il me semble que le drapeau de la marine impériale est toujours utilisé pour les forces d'auto-défense.
De plus le nationalisme n'est pas forcément une mauvaise chose quand il est bien étudié et bien compris c'est surtout l'expansionnisme du Japon de Showa qui pue du cul...ma prof de sabre est elle
même attachée à ses traditions et m'a plusieurs fois expliqué ce qu'était le shinto...il annonce quand même la supériorité du peuple japonais sur tous les autres et n'a rien de véritablement
pacifiste (même dans princesse Mononoke les dieux sont violents et veulent défendre leur forêt...nationalisme?)

Furansowakun 04/06/2012 14:24

Ce qui est inquiétant dans le cas japonais est la passivité, ou même l'absence, de force anti-fasciste, d'extrême-gauche, susceptible de leur barrer clairement la route, dans la rue, pour renvoyer
chez eux ces fascistes qui n'ont rien à envier aux nôtres.

J'ai trouvé cette vidéo il n'y a pas longtemps sur Youtube, et elle est très récente, une semaine(dommage ce blog ne permet pas d'envoyer de lien internet, copier-coller). On y voit des militants
du Zaitokkai, une organisation raciste souhaitant l'expulsion de tous les immigrés coréens du Japon, carrément mettre à terre un vieux de 60 ans qui leur demande d'arrêter de hurler aussi fort.
Leur rassemblement avait pour le coup l'objectif de démanteler le RSA japonais (seikatu hogo) suite à l'affaire du comique Komoto Jun ichi (tu as du en entendre parler, ça ferait un bon article
pour ton blog d'ailleurs), dont la mère recevait le RSA alors que lui-même gagnait à priori assez bien sa vie, qui a déclenché tout une polémique assez hallucinante, sur tous ces "fainéants au RSA"
etc etc ...

Le Zaitokkai, groupuscule d'extrême-droite, quant à lui affirme que tous les "zainichi", les immigrés coréens bénéficient largement du RSA japonais et des aides sociales au détriment des bons
japonais travailleurs, bref le même discours crasseux que nos FN et consorts, sauf qu'il faut remplacer les zainichi par les arabes.

Bref, ils sont tout au plus une dizaine de militants à brailler lors de ce rassemblement et vraiment ils défoncent ce pauvre vieux qui se met courageusement en opposition à eux. Hallucinant. Il
faut vraiment que des réseaux radicaux anti-fasciste se créent au Japon, car là ça fait peur. Le Parti Communiste Japonais, quant à lui, semble totalement absent sur ces questions, et semble à 100%
un parti institutionnel, électoraliste, délaissant totalement l'anti-fascisme.

A Propos

  • : Le Japon à l'envers
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  • : Le Japon est aujourd'hui très connu en France, à travers sa culture populaire - manga, animé - et sa cuisine. Mais que sait-on au juste de cette "face cachée de la lune", située quelque part entre l'extrême-orient et l'extrême-occident ? Au-delà des clichés, ce blog apporte un éclairage sur quelques aspects méconnus de la société, de la vie politique et de la culture populaire dans l'archipel.
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