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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 11:44

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Inspection d'une centrale (HIGUCHI Kenji)

 

Le plan antisismique bâclé

 

Après le grand séisme de Kobé, on a très vite vérifié le plan antisismique de toutes les centrales nucléaires du Japon. Le résultat absurde publié en septembre 1995 disait que toutes les centrales résisteront aux tremblements de terre de n’importe quel niveau. Au moins pour celles dont je me suis occupé pour mon travail, les premières centrales nucléaires on n’avait pas prévu le grand tremblement de terre. C’est aberrant de confondre les nouvelles et les vieilles centrales pour leur résistance contre les tremblements de terre, en disant de n’importe quel niveau. En 1993 quand il y a eu le séisme de degré 4, la centrale numéro 1 d’Onagawa s’est arrêtée automatiquement suite à l’augmentation subite de la puissance.C’était un accident très grave.  Très grave parce que la centrale qui a été construite en 1984 pour que ça s’arrête à un degré de sismicité 5 s’est arrêtée avant d’atteindre le niveau. C’est comme si le blocage du frein a arrêté la voiture subitement sur l’autoroute sans appuyer sur le frein. Tohoku EPC ne reconnaît pas la gravité de la chose en disant «tant mieux si ça s’est arrêté ».Mais l’affaire n’est pas si simple. Si l’arrêt s’est effectué au degré 4 bien qu’il avait été conçu pour que ça s’arrête au degré 5, on ne peut pas nier la possibilité que ça ne s’arrête pas au degré 5. C’est un signe qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas comme prévu.    

La centrale de Fukushima s’est arrêtée également d’une façon imprévisible au moment du séisme en 1987. Au Japon, il y a 10 centrales qui sont du même modèle. C’est vraiment terrifiant quand on pense au danger que les tremblements de terre présentent vis-à-vis des centrales nucléaires.

 

Le contrôle régulier est fait également par les gens incompétents 

 

On arrête à peu près tous les ans les réacteurs pour procéder au contrôle régulier. Dans le réacteur nucléaire, la pression de l’eau chaude et de la vapeur monte de 70 à 150 atmosphères, mais ce n’est pas une simple eau chaude car la température monte jusqu’à 300 degrés, elle circule très vite et use les tuyauteries. Au moment du contrôle régulier, on ne peut pas éviter la nécessité de changer des tuyaux et des soupapes qui sont des fois usés jusqu’à la moitié de leur épaisseur. Mais l’irradiation accompagne inéluctablement cette procédure.

 

Le démarrage du réacteur émet plein de radioactivité et de radiations. Les gens qui y travaillent subissent des radiations. Avant de se rendre auprès du réacteur, ils se déshabillent et se mettent en combinaison de protection. Peut-être vous imaginez que cette combinaison protège le corps de la radioactivité mais en réalité, ce n’est pas le cas. La preuve, on place le radiamètre, sous la combinaison, sur le gilet. La combinaison de protection est un simple vêtement de travail qui sert à ne pas emporter la radioactivité à l’extérieur mais il ne protège pas les manoeuvres de l’irradiation. Donc après le travail, les manoeuvres doivent se mettre en slip pour vérifier s’ils ne sont pas contaminés. Si la radioactivité reste uniquement sur la peau, c’est ce qu’on appelle la contamination externe, on peut l’enlever presque entièrement avec la douche. Ils se lavent minutieusement jusqu’à ce qu’ils ne soient plus radioactifs avant de sortir dehors.     

 

Les manoeuvres mettent aussi des chaussures qui ont été préparées par l’entreprise mais on n’est pas sûr de trouver la bonne taille. Alors, leurs pas sont mal assurés. En plus ils doivent mettre un masque qui couvre la tête. Ils travaillent avec ces combinaisons et l’angoisse de la radioactivité. Pratiquement, personne ne peut faire de bon travail avec  cet équipement. C’est complètement différent d’un chantier normal. En plus, plus de 95% des personnes qui s’occupent de ce travail n’ont aucune expérience. Ce sont des agriculteurs et des pêcheurs désoeuvrés en dehors de la saison. Ces gens qui n’ont pas d’expérience, travaillent sans savoir le danger que ça représente.

 

 Par exemple, pour serrer une cheville avec un écrou, on dit au manœuvre « serrez la en diagonale, sinon ça fuit. ». L’opération se déroule dans une zone de radiations contrôlées, un endroit très dangereux plein de rayonnements. Les manoeuvres amènent le radiamètre. Mais comme la quantité de radiations varie d’une pièce à l’autre, la durée du temps acceptable en minutes  change chaque fois.

Avant de rentrer au chantier, on explique aux ouvriers le travail d’aujourd’hui et la durée de ce travail décidée en fonction de la quantité autorisée journalière d’irradiation. S’ils vont travailler au chantier où on peut rester 20 minutes, on leur donne une minuterie qui sonne au bout de 20 minutes en disant « Vous devez sortir quand ça sonne. ». Mais ils ne sont pas munis d’une montre car elle serait polluée par la radioactivité. Ils doivent donc deviner le temps restant. C’est comme ça qu' on les envoie au travail. Là-bas, ils n’arrivent pas à se concentrer pour serrer la cheville car ils se demandent toujours combien de temps est déjà passé. Est ce que c’est 10 minutes ? Ou peut-être déjà 15 minutes ? Ils ont très peur de l’alarme de la minuterie, ça les fait plus que sursauter. Le bruit de l’alarme est assez fort pour rendre tout pâle quelqu’un qui ne l’a pas jamais entendue. Quand ça sonne, ils ont déjà reçu une irradiation équivalente à des dizaines de radiographies. C’est bien normal qu’ils ne puissent pas fournir des prestations assez correctes comme tout simplement serrer des chevilles en diagonale. Pouvez-vous imaginer les conséquences ?

 

Le déversement de radioactivité dans la mer

 

Le contrôle régulier se fait souvent en hiver. Mais à la fin du contrôle, on verse dans la mer des tonnes d’eau contaminée par la radioactivité. Honnêtement, il n’y a pas beaucoup de poissons pêchés en bordure des îles nipponnes que l’on peut manger sans craindre le risque de la contamination radioactive. La mer du Japon est déjà contaminée par la radioactivité. Ce n’est pas uniquement au moment du contrôle régulier que l’on effectue le rejet d’eau irradiée dans la mer. Pour baisser la température que la centrale dégage, au Japon, on utilise l’eau de la mer. Elle devient de l’eau chaude qui contient de la radioactivité. Ainsi on rejette des tonnes d’eau par minute à la mer. 

 

Même s’il y a des accidents dans les centrales nucléaires, les autorités déclarent immédiatement qu’il y n’a aucun problème. D’ailleurs, les compagnies d’électricité essayent de les cacher. Avec la population japonaise très peu sensible à ce sujet, la mer du Japon se pollue sans cesse. On lave d’abord les vêtements de protection couverts de radioactivité à l’eau. On la déverse également dans la mer. La quantité de la radiation mesurée à l’orifice d’évacuation est très élevée. Savez-vous que des sites d’élevage de poisson se trouvent à proximité? Ainsi, les gens qui cherchent la nourriture de bonne qualité doivent être intéressés par la sûreté des centrales nucléaires. Si on n’agit pas tout de suite, on ne pourra plus trouver de poissons qui ne sont pas contaminés. 

 

Il y a quelques années, à l ‘exposé du procès qui demandait l’arrêt de la centrale de Shiga dans la préfecture de Ishikawa, une vieille colporteuse de 80 années toute déconcertée, a raconté cette histoire. « Je ne connaissais rien de la centrale nucléaire jusqu’à maintenant. Mais aujourd’hui, une jeune dame qui était toujours fidèle a refusé mes algues. Elle m’a dit, Je suis désolée mais je ne peux plus acheter vos algues. La centrale de Shiga a démarré aujourd’hui. Je ne connaissais rien au nucléaire, mais maintenant je sais ce que c’est. Qu’est ce que je vais devenir alors ? » Même aujourd’hui, on continue de polluer la mer du Japon sans que vous le sachiez.

 

Le plus horrible, c’est l’irradiation interne ( la contamination )

 

Dans le bâtiment de la centrale, tout devient radioactif et émet des radiations. Parce que les radiations peuvent traverser même une paroi de fer d’une grande épaisseur. Les radioéléments qu’on reçoit sur la peau : la contamination externe c’est horrible, mais le pire c’est la contamination interne.

 

Par exemple, la poussière. Une simple poussière qui se trouve n’importe où devient radioactive dans une centrale nucléaire à cause de la radioactivité qu’elle reçoit. Le fait d’inspirer cette poussière radioactive par le nez ou la bouche, c’est de la contamination interne. En faisant le nettoyage dans la centrale, on est exposé le plus, au danger de la contamination interne. Avec cette contamination interne on reçoit les radiations de l’intérieur du corps c’est beaucoup plus dangereux que l’irradiation externe, car le corps est en contact direct avec la source des radiations. Les radioéléments sont évacués du corps au bout de environ 3 jours par la voie transpiratoire et urinaire. Mais pendant ces 3 jours, ils restent dans le corps. En plus, quand on parle d’élimination, c’est un langage humain, il en reste toujours un peu, et ça c’est très dangereux. Même si ce sont des petites quantités à la fois, elles s’accumulent dans le corps.

 

Vous devez le savoir, si vous avez déjà visité une centrale nucléaire, c’est très bien nettoyé où il y a des accès au public. Peut-être le guide vous a même vanté « regardez, comme c’est propre. ». Mais c’est bien normal. Ça serait dangereux s’il y avait de la poussière radioactive dans l’air. Moi, j’ai développé un cancer à cause de la contamination interne que j’ai reçu plus que cent fois. Quand le docteur m’a diagnostiqué un cancer, j’avais très peur. Mais je me suis rappelé ce que ma mère disait toujours « rien est plus grand que la mort. » ça m’a donné envie de faire quelque chose. Alors, j’ai décidé de mettre au jour tout ce que je connais des centrales nucléaires.

 

Rien à voir avec le chantier normal

 

La radioactivité s’accumule. Même si ce sont des petites quantités, si vous travaillez 10 ans dans une centrale, vous accumulez la radioactivité de 10 ans et c’est très dangereux. Le règlement pris par le gouvernement exige de ne pas dépasser la limite de 50 millisiverts (mSv) par an. ça veut dire que l’on peut tout faire si on respecte cette limitation.

Par exemple, les travaux au moment du contrôle régulier demandent environ 3 mois. Donc on divise la limite de 50 mSv par cette durée des travaux pour avoir la limite autorisée journalière. Mais, dans un endroit où il y a beaucoup de radiations, on ne peut travailler que 5 à 7 minutes par jour. On ne peut pas faire grand chose avec si peu de temps. Alors on rassemble les temps de travail sur 3 jours ou une semaine afin de travailler 10 ou 20 minutes de suite, bien que ce soit une méthode inadmissible. Au moins, si les ouvriers savaient qu’il y a un grand risque de leucémie ou du cancer..... Mais les compagnies d’électricité n’avertissent d’aucun de ces risques.

 

Une fois, une grande vis qui se trouvait sur le réacteur s’est desserrée quand la centrale nucléaire était en plein fonctionnement. Comme la centrale émet une colossale quantité de radioactivité en état de marche, on a préparé 30 personnes pour serrer une seule vis. Ils ont fait la queue devant la porte. Ils devaient courir jusqu’à la vis qui se situait à environ 7 mètres de là. Après 3 secondes, l’alarme sonnait. Il y eu même des ouvriers qui ont passé tout leur temps ouvrable en cherchant la clé. Finalement, ça a coûté 4 millions de yens, l’équivalent de salaire de 160 personnes, pour faire uniquement quelques tours de vis. Vous vous demandez peut-être pourquoi on n’a pas arrêté la centrale pour serrer la vis. Mais la compagnie d’électricité veut l’éviter autant que possible car l’arrêt d’une journée de la centrale lui cause des milliards de perte. La radioactivité est quelque chose de très dangereux, mais pour l’entreprise, l’intérêt financier passe avant la sécurité  humaine.

 

Le lavage de cerveau « absolument sûr » qui dure 5 heures

 

Les gens qui travaillent où il y a de la radioactivité s’appellent les ouvriers nucléaires. Au Japon, 270 000 personnes ont déjà travaillé comme ouvriers nucléaires, dont la plupart dans les centrales nucléaires. Ainsi, 90 000 personnes y travaillent aujourd’hui. Tous ces gens assurent le fonctionnement des centrales nucléaires, comme le contrôle régulier qui a le lieu une fois par an, en subissant de la radioactivité.

 

 Avant de commencer à travailler dans les centrales nucléaires, on donne aux ouvriers 5 heures de cours de formation sur la sécurité face aux radiations. Le but de ces cours est tout d’abord d’atténuer leur angoisse. On ne leur dit jamais qu’il y a des dangers. L’Etat surveille la quantité de la radioactivité et donc il n’y a pas de danger, « les anti-nucléaires parlent du risque de cancer et de la leucémie à cause de la radioactivité mais ce sont que des gros mensonges, si on respecte bien les normes imposées par le gouvernement il n’y a aucun problème. » Un tel lavage de cerveau dure 5 heures.

 

Les compagnies d’électricité procèdent à ce lavage de cerveau également avec les gens qui habitent à côté des centrales. Elles font venir les personnes connues pour faire des conférences, elles donnent des cours de cuisine, ou insèrent des encarts publicitaires imprimés en couleur dans les journaux. Peut-être les accidents dans les centrales angoissent les habitants, mais grâce à toutes ces propagandes de l’Agence de sécurité nucléaire, ils ne peuvent pas penser autrement que « nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire pour avoir suffisamment d’électricité. » 

Moi-même, pendant presque 20 ans en tant que responsable de terrain, j’ai procédé au lavage des cerveaux, une plus grande manipulation mentale que celles d’Asahara et d’Oume, vis à vis des ouvriers. Je ne sais pas combien de personnes j’ai tué. Il y a des gens qui me demandent si les ouvriers ne sont pas inquiets. Mais comme ils ne sont pas avertis des dangers de la radioactivité ou de la contamination, la plupart ne sont pas inquiets. Ils ne pensent même pas que c’est à cause de leur travail dans les centrales, quand ils tombent malades. Tous les ouvriers sont irradiés quotidiennement. Le travail des responsables consiste de cacher cette réalité à ceux-ci et à l’extérieur de la centrale. Si les ouvriers ou même n’importe qui s’inquiète du problème de l’irradiation, vous n’êtes pas digne d’être responsable sur place. Ainsi, sont les conditions de travail dans les centrales nucléaires.

 

J’ai exercé un tel travail longtemps. Il m’arrivait souvent que je ne pouvais plus le supporter sans aide de l’alcool et j’en buvais de plus en plus. Ainsi, je me posais souvent des questions. Pourquoi, et pour qui, il faut vivre des jours plein de mensonges ? Au bout de 20 ans, je me suis aperçu que mon corps lui même était déjà gravement détruit par les radiations.

 

Qui va sauver les ouvriers du nucléaire?

 

Une fois, dans la centrale de Fukushima de TEPCO, un ouvrier s’est blessé gravement le front avec un polissoir automatique. Comme il saignait beaucoup, on a appelé l’ambulance pour l’emporter à l’hôpital de toute urgence. Pourtant, ce blessé était plein de radioactivité. TEPCO s’est tellement précipité qu’ils n’ont pas ôté ses combinaisons de protection ni l’on lavé à l’eau. Les secouristes connaissant peu de la contamination radioactive, alors ils l’ont fait entrer dans l’hôpital sans enlever la radioactivité. Les secouristes ont été contaminés, l’ambulance a été contaminée, le docteur et les infirmières ont été contaminés, et les clients de l’hôpital ont été contaminés, et ils sont sortis de l’hôpital avec de la radioactivité..... Cet événement a pris une telle ampleur qu’il a mis une ville entière dans la panique. Ils voulaient tout simplement sauver aussi vite que possible un homme qui portait une grande blessure. Mais comme la radioactivité ne se voit pas, personne n’a eu le temps de penser à la contamination radioactive. Avec une seule personne, c’était déjà une grande panique. Si un grand nombre d’habitants devenait contaminé par la radioactivité à cause d’un grave accident, qu’est ce que ça pourrait donner? Pouvez-vous l’imaginer? Vous devez vous sentir concerné. Il s’agit de tout le monde au Japon.

 

L’accident de la centrale Mihama a été une mauvaise surprise

 

J’ignore si vous ne le savez pas ou si vous n’êtes pas simplement intéressés, mais les centrales nucléaires japonaises ont déjà connu plusieurs accidents qui doivent faire peur à tout le monde. Ils pourraient être équivalents à ceux de Three Mile Island et de Tchernobyl. Par exemple, en 1989 dans la centrale de Fukushima Daini, la pompe de recyclage a volé en éclats. C’était un accident qui n’était jamais été arrivé dans le monde jusqu’à alors. Ainsi, l’accident de la centrale de Mihama de la compagnie d'électricité du Kansai en 1991, avec l’éclatement d’une canalisation, a été un accident très grave. Il a rejeté une énorme quantité de radioactivité directement dans l’air et dans la mer.

 

L’accident de Tchernobyl ne m’a pas beaucoup surpris. En construisant des centrales nucléaires, je savais qu’on ne peut pas éviter une telle catastrophe.  "Par hasard, c’est arrivé à Tchernobyl. Par hasard, ce n’est pas arrivé au Japon." c’est ce que j’ai pensé. Mais au moment de l’accident de Mihama, la peur a fait flageoler mes jambes et je ne pouvais pas me lever de ma chaise. On peut dire que cet accident a été très grave car on a du démarrer le système de refroidissement de secours à la main. Ce système de refroidissement est le dernier rempart pour protéger la sécurité de la centrale nucléaire. Si ce système ne marche pas, il ne reste plus rien à faire. Cet accident où il a fallu utiliser le système de refroidissement de secours est pour moi comme un autocar qui roule à 100km par heure sur l’autoroute avec 120 millions personnes à bord, dont le frein de service ne fonctionne pas, ni le frein à main, et enfin on réussi à l’arrêter en le précipitant contre le rocher.

 

 Au moment de l’accident, l’eau radioactive qui se trouvait dans le réacteur s’est échappée dans la mer et on était sur le point que le coeur se retrouve à sec. Toutes les soupapes de sécurité, autrement dit les innombrables  mesures de précautions dont le Japon était fier, n’ont pas donné suffisamment d’effet et un autre Tchernobyl aurait pu se produire à 0,7 seconde près. Heureusement, un ouvrier expérimenté était là, bien que ç’était le samedi. Le système d’arrêt automatique n’ayant pas fonctionné, c’est lui qui a jugé la gravité de la situation et arrêté manuellement le réacteur. Ainsi, on a échappé de justesse à un grave accident qui aurait pu concerner le monde entier. On peut dire que tous les Japonais, ou même, tous les hommes du monde on eu vraiment de la chance ce jour-là.

 

Cet accident a été causé par une mauvaise installation d’une des entretoises qui sert à tenir les milliers de tuyaux d’un diamètre de 2mm pour qu’ils ne se touchent pas à cause de la vibration. C’était un défaut de construction. Cet accident a en même temps dévoilé l’incertitude des contrôles systématiques, car personne n’a remarqué cette mauvaise installation pendant plus de 20 ans. On s’est également aperçu que les ouvriers du chantier pratiquaient des choses que le concepteur n’a jamais pu imaginer comme, si c’est trop long on le coupe, si c’est trop court on l’allonge.

 

L’accident de Monju

  

Le 8 décembre 1995 à Kouga du département de Fukui, il y a eu un accident grave, Une fuite de sodium dans le surrégénérateur de Monju, du Centre de recherche des réacteurs et des combustibles nucléaires. ça faisait déjà plusieurs fois qu’on avait des accidents à Monju. D’ailleurs, on m’a appelé au chantier de Monju, 6 fois car mes anciens subordonnés y sont devenus  directeurs ou superviseurs ou ouvriers de la construction de Monju et ils m’appelaient chaque fois qu’ils avaient des problèmes. A l’époque, j’avais déjà pris ma retraite,mais je ne pouvais pas laisser tomber car je savais que même qu’un seul accident est inacceptable dans les centrales nucléaires.

 


 
Un jour, on m’a demandé de venir au chantier de Monju, car ils n’arrivaient pas à emboîter les tuyaux. En arrivant, j’ai bien constaté que tous les tuyaux qui sont préfabriqués comme ceux qui sont faits sur commande étaient de la bonne taille et installés en respectant le plan.  Mais ils ne pouvaient tout de même pas les emboîter. J’ai beaucoup réfléchi mais je n’arrivais pas à trouver la cause. En cherchant toute la nuit, j’ai enfin compris. Monju était construit par plusieurs fabricants comme Hitachi, Toshiba, Mitsubishi et Fuji. Et chaque fabricant employait des normes de plan différentes.

 

Pour dessiner les plans, chez Hitachi où j’ai travaillé, on négligeait moins que 0,5mm. Mais chez Toshiba et Mitsubishi, on l’arrondissait à la valeur supérieure. Et chez Nihongenken on arrondissait à la valeur inférieure. Ce n’est que 0,5mm, mais quand il y a 100 fois, ça fait une grande différence. C’est pour cela que on ne pouvait pas emboîter les tuyaux bien que tous respectaient le plan. Comme ça n’allait pas, on leur a fait refaire des pièces. C’était le prestige du pays qui était en jeu. Pour ça, on ne dépensait jamais trop d’argent.

 

Pourquoi une telle chose est arrivée? Parce que chaque entreprise gardait ses savoir-faire et ses propres informations. Ils n’ont pas discuté pour se mettre d’accord sur la façon de traiter ces 0,5mm, pour garder leurs secrets. Je suppose aussi qu’ils n’ont rien discuté sur le thermomètre qui a été la cause directe de l’accident de 1995.

Dans n’importe quel ensemble industriel, on installe le même type de thermomètre dans les tuyauteries. Mais je n’ai jamais vu de thermomètre qui était aussi long que celui de Monju. Je suis sûr qu’il y avait quelqu’un qui avait remarqué que c’était dangereux au moment de la construction. Mais  il n’a rien dit car ce n’était pas son entreprise qui s’en occupait et il n’en était pas responsable. Le fabricant du surrégénérateur était formé d’une équipe composite comme le Centre de recherche, lui même était une équipe composite des compagnies d’électricité. Dans une condition pareille, l’accident est inéluctable. Je ne vois pas comment ça ne pouvait pas arriver.

 

Ce qui est encore incroyable, c’est que le gouvernement ne le reconnaît toujours pas comme un accident bien que ça a été un accident très grave. Il a expliqué que «il y a eu un phénomène » comme pour l’accident de la centrale de Mihama. Peu après l’accident de Monju, j’ai été appelé par le Conseil Général de Fukui. Dans le département, on compte 15 réacteurs nucléaires. Ce sont les députés du parti Libéral-Démocrate qui les ont acceptés et je leur disais toujours « Si il y a un accident, ce sera de votre faute. Ceux qui étaient contre le nucléaire ne sont pas responsables. » Et bien cette fois-ci, ils m’ont demandé conseil en disant « Cette fois, on a décidé de se battre contre le Centre de recherche. On ne peut plus fermer les yeux ». Je leur ai dit d’abord « C’est un accident. Il ne faut pas se laisser duper par le mot phénomène ». A la télévision, au moment du compte rendu fait par le Centre de recherche au Conseil Général, le porte-parole du Centre a employé le mot « le phénomène de cette fois-ci », et aussitôt un député a crié « Non, c’est un accident !!». Mais, si on n’avait rien dit, le Centre et le gouvernement l’auraient passé comme un simple phénomène. Non seulement les riverains, mais aussi tout le monde doit faire attention à ce mot qui présente les choses à la légère. Les peuples comprennent les choses d’une façon complètement différente quand on dit un accident, ou un phénomène. C’est parce que le gouvernement joue avec les mots que le peuple japonais n’est pas sensible au risque d’accident nucléaire, c’est une tromperie.

 

Le plutonium japonais dans les armes nucléaires françaises ?

 

Le plutonium qu’on utilise dans le surrégénérateur de Monju est extrait, sur  commande du Japon, à partir du recyclage effectué en France. Le recyclage du combustible nucléaire consiste à extraire du plutonium des déchets d’uranium, déjà brûlés dans les centrales. Le plutonium est une matière que l’on peut produire uniquement de manière artificielle.

 

A Monju, on utilise environ 1,4 tonnes de plutonium (à la fois dans le réacteur). La bombe de Nagasaki contenait environ 8kg de plutonium. Alors, combien de bombes nucléaires peut-on produire à partir du plutonium de Monju ? Le plutonium est une matière très dangereuse qui est capable de provoquer le cancer des poumons à partir de quantités très faibles. Sa demi-vie radioactive est de 24000 ans, presque l’éternité (pour nous). C’est ainsi que l’on a choisi  le mot Pluton : le nom du roi des Enfers, pour sa racine. On a bien raison de le considérer comme la matière la plus dangereuse du monde.

 

Mais combien de gens savent qu’il y a une grande probabilité pour que le plutonium japonais ait été utilisé dans les essais nucléaires français effectués dans le Pacifique Sud jusqu’en 1995?  Dans le centre de recyclage français, ils ne distinguent pas le plutonium destiné aux armes nucléaires du plutonium à utiliser dans les centrales. C’est donc quasiment sûr que du plutonium japonais a été utilisé dans les essais nucléaires. C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais ne pouvait pas déclarer ouvertement son opposition contre les essais nucléaires français. Si le Japon voulait arrêter la France, c’était très facile. Il lui suffisait de renoncer au contrat de recyclage. Mais il n’en a rien fait.

 

Le marché du recyclage nucléaire prend la deuxième place dans l’ensemble des transactions commerciales entre ces deux pays. A quoi cela sert de crier « non aux essais nucléaires » sans savoir cette réalité?  Le Japon avance son statut de seul pays irradié. Mais nous avons certainement contribué indirectement à irradier les habitants de Tahiti et à contaminer l’Océan Pacifique. La communauté internationale a déjà abandonné le plutonium. Il n’y a que le Japon qui persiste à essayer de produire de l’électricité avec une matière si dangereuse. Ils essaient maintenant d’utiliser le combustible MOX, mélange d’uranium et de plutonium, dans les réacteurs ordinaires. Mais c’est excessivement dangereux, c’est un peu comme brûler de l’essence dans un chauffage à fioul. Les centrales n’ont pas été conçues pour brûler du plutonium. La fission nucléaire du plutonium dégage beaucoup plus d’énergie que celle de l’uranium. C’est pour cette raison qu’on l’utilise pour fabriquer la bombe atomique. Le Japon est un pays qui ne possède pas beaucoup de ressources énergétiques naturelles. Mais cela ne justifie pas une telle erreur. Si l'on n'arrête pas les centrales nucléaires, si l'on n'abandonne pas la plutonium, le nombre de gens irradiés va augmenter partout dans le monde.

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Published by Le Japon à l'envers - dans Crise nucléaire
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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 11:57

Je reproduis ici le témoignage d'un ex-travailleur du nucléaire, HIRAI Norio, rédigé un an avant sa mort d'un cancer en 1997. Il a été traduit par Mme Tomomi Dufils en avril 2011 et m'a été transmis par Gabriel Dufils que je remercie.

 

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"Je ne suis pas militant contre les centrales nucléaires. J’ai travaillé pendant 20 ans dans des centrales nucléaires. Il y a toujours des polémiques sur les centrales nucléaires où les personnes disent qu’ils sont pour ou contre, ou alors que c’est dangereux ou pas. Mais aujourd’hui, je veux simplement vous raconter ce qui se passe dans les centrales. Vous allez comprendre qu’il y a une grande différence entre la réalité et l’idée que vous en avez. Vous allez en même temps découvrir que les centrales nucléaires irradient tous les jours de plus en plus de personnes et sont à l’origine de discriminations. Vous allez certainement découvrir des choses que vous n’avez jamais entendues. S’il vous plaît, lisez mes textes jusqu’à la fin et réfléchissez par vous-même. Quand on parle des centrales nucléaires, beaucoup de gens parlent du plan de construction. Mais personne ne parle des travaux effectués. Sans connaître le chantier, on ne peut pas savoir la réalité des centrales.

 

J’ai fait ma formation de tuyauteur dans les ensembles industriels et les grandes usines chimiques. J’ai été embauché pour participer à la construction des centrales nucléaires à la fin de mes vingtièmes années, puis j’ai longtemps travaillé comme chef de chantier. Je connais presque tout sur les centrales nucléaires, plus qu’un simple employé ne pourrait jamais savoir.  

 

La sécurité, une perspective chimérique

 

L’année dernière, le 17 Janvier 1995, il y eut un grand tremblement de terre à Kobe. Et le peuple japonais a commencé à s’inquiéter si les tremblements de terre ne présentaient pas de danger pour les centrales nucléaires japonaises. Résisteront-elles vraiment contre tous les tremblements de terre ? Ce n’est pas du tout sûr. Le gouvernement et les compagnies d’électricité soulignent que les centrales sont bien conçues et construites sur des sols bien stables. Mais c’est une perspective chimérique. 

 

Le lendemain du séisme, je me suis rendu à Kobé. Les nombreuses relations entre les dégâts à Kobé et la problématique des centrales nucléaires m’ont dérouté. Jusqu’à ce jour, qui avait imaginé que les rails du Shinkansen et les poteaux de l’autoroute pourraient tomber ? En général, nous imaginons que les constructions des centrales nucléaires, du Shinkansen ou des autoroutes sont soumises à des contrôles rigoureux de l’administration. Mais à Kobe, nous avons découvert des coffrages laissés dans les poteaux en béton du Shinkansen. Les armatures de l’autoroute avaient été mal soudées. Elles ont toutes été disloquées avec le séisme. Pourquoi une telle chose s’est-elle produite ? Parce qu’on a accordé trop d’importance au plan, au bureau, mais on a négligé la surveillance sur le chantier. Si ce ne fut pas la cause directe, on peut dire que cette négligence a provoqué l’ampleur de la catastrophe.

 

Les centrales nucléaires construites par des gens sans qualification

 

Comme pour les constructions de Kobe, il y a aussi trop d’erreurs humaines dans les centrales nucléaires. Par exemple, connecter des tuyaux en laissant des outils à l’intérieur. Il n’y a pas beaucoup d’ouvriers très compétents. Ils n’arrivent pas à suivre parfaitement un plan de construction bien conçu. Ce plan chimérique part de l’idée que ce sont des ouvriers experts qui le réalisent, mais nous ne nous sommes jamais posé des questions sur la qualité des ouvriers et leurs conditions de travail.

 

Pour les centrales nucléaires comme pour les autres chantiers, la main d’oeuvre et même les inspecteurs sont constitués par des gens sans qualification suffisante. (cf. Les clochards du nucléaire) C’est compréhensible qu’un grave accident se produise dans les centrales nucléaires, les Shinkansen ou sur les autoroutes. La conception du plan des centrales nucléaires est bien faite. Il y a de nombreuses mesures de protection et de secours de prises. Si il y a quelque chose qui fonctionne mal, ça s’arrête comme il faut. Mais ce n’est qu’au niveau du plan. Les travaux de construction mal faits fragilisent ce plan.

 

Par exemple, pour construire une maison, même si le plan est dessiné par un dessinateur de première qualité, si elle est construite par des charpentiers et des plâtriers qui ne sont pas compétents, on aura des fuites d’eau et des cloisons mal installées. Malheureusement cette maison ce sont les centrales nucléaires japonaises. (cf. chantier de l'EPR de Flamanville) Avant, il y avait toujours un contre maître qu’on appelle « Bôshin » pour superviser les travaux.Il avait encore plus d’expérience que le chef de chantier qui était moins âgé que lui. Le Bôshin était fier de son travail et il considérait l’accident et la négligence comme une honte. Il savait bien sûr la dangerosité de l’accident. Depuis environ 10 ans, il n’y a plus de manœuvres compétents. On ne demande aucune expérience au moment du recrutement. Les ouvriers sans compétence ne savent pas le danger de l’accident. Ils ne savent même pas quels sont les travaux non réglementaires et mal faits.C’est la réalité des centrales nucléaires japonaises. Par exemple à la centrale de Fukushima de TEPCO, nous avons démarré la centrale en laissant un bout de fil de fer et on a échappé de peu à un grave accident qui aurait pu avoir une répercussion sur le monde entier. L’ouvrier savait qu’il avait fait tomber ce fil de fer mais il ne savait pas à quel point la conséquence de son acte était dangereuse. Dans ce sens, une centrale nucléaire toute neuve construite par ces gens incompétents est aussi bien dangereuse qu’une vieille centrale.   

 

Depuis qu’il n’y a plus beaucoup d’ouvriers compétents, on a standardisé la construction des centrales. Ça veut dire qu’ils ne regardent plus le plan mais ils montent simplement des pièces préfabriquées en usine, en assemblant la pièce numéro1 avec la pièce numéro2 comme dans jeu de dominos. Alors ils ne savent plus ce qu’ils sont en train de construire et à quel point ces travaux doivent être précis.C’est une des raisons pour lesquelles le nombre d’accidents et de pannes augmente dans les centrales nucléaires.

 

Dans la centrale nucléaire, il y a aussi le problème de l’irradiation qui empêche de former les successeurs.Quand on travaille dans la centrale nucléaire, il fait très sombre et chaud et avec la protection c’est impossible de parler. Alors les ouvriers se communiquent par gestes. Comment peuvent ils dans ces conditions transmettre leurs savoir faire?  En plus, on envoie d’abord les gens compétents travailler et ils s’exposent très vite à la quantité de radioactivité annuelle autorisée et ne peuvent plus travailler, ça accentue encore l’incompétence des ouvriers. Par exemple pour les soudeurs, ils fatiguent leurs yeux en travaillant. Après 30ans, ils ne peuvent plus faire de travaux précis et ils ne trouvent plus d’embauche dans la pétrochimie. Et c’est comme ça qu’ils arrivent aux centrales nucléaires. Vous avez peut-être une fausse image comme quoi les centrales nucléaires sont quelque chose de très sophistiqué. Mais ce n’est pas une construction aussi sûre qu’on l’imagine. Je pense que vous avez bien compris pourquoi les centrales nucléaires sont construites par des gens incompétents et que ça ira de pire en pire.

 

Les contrôles et les inspecteurs d’apparence

 

Vous pensez peut-être que les contrôles rigoureux évitent des problèmes même si les ouvriers des chantiers ne sont pas assez compétents. Mais ces systèmes de contrôle sont encore problématiques. Pour les contrôles japonais, les inspecteurs viennent vérifier la construction déjà achevée. C’est la raison pour laquelle ça ne marche pas. Il faut venir regarder les travaux en cours, sur place.

 

Les inspecteurs doivent être spécialistes de la soudure s’ils sont les inspecteurs pour la soudure. Et ils doivent être capables de montrer le travail correct aux manœuvres, en disant : Non, il ne faut pas faire comme ça. Regardez comment je fais. S’ils ne savent pas comment faire les travaux, comment ils peuvent faire des contrôles corrects? En l’état actuel, ils auditionnent l’entreprise qui a commandé la construction et celle qui l’effectue, et ils leur demandent de fournir les papiers nécessaires. Voilà le système de l’inspection aujourd’hui.

 

Il y a quelques années, on a eu des accidents dans les centrales nucléaires très souvent. Alors le gouvernement a décidé d’envoyer des conseillers de  sécurité spécialisés dans chaque centrale nucléaire pour donner l’autorisation du démarrage après la construction ou du redémarrage après les contrôles réguliers. Je savais que ces conseillers ne connaissaient pas grande chose du nucléaire mais je n’imaginais pas à quel point. Quand j’ai fait une conférence à Mito, il y a un homme du Ministère de la science et la technologie qui s’est présenté en public en disant : « Je me sens tellement mal à l’aise d’avouer ce fait, mais je ne connais rien du nucléaire », et il a continué: « De la peur d’être irradiés, les inspecteurs n’ont pas voulu travailler dans les centrales en marche. Comme on vient de supprimer des places dans le ministère de l’agriculture avec le remaniement gouvernemental, ils ont envoyé des fonctionnaires qui donnaient des conseils aux éleveurs du ver à soie ou de la sériole, sans aucune formation. Voilà pourquoi les conseillers qui n’y connaissent rien du tout, donnent l’autorisation du démarrage dans toutes les centrales. Le conseiller de la centrale de Mihama, contrôlait la qualité du riz jusqu’à il y a 3 mois. »

 

Cet homme a raconté une telle histoire en donnant les noms de ces conseillers. Est-ce que vous pouvez avoir confiance en l’autorisation de démarrage accordée par tous ces gens qui connaissent rien ? Quand il y a eu un grave accident dans la centrale de Fukushima de TEPCO qui a entraîné le démarrage du système de refroidissement de secours, le quotidien Yomiuri a publié un article ‘le conseiller spécialisé n’a pas pu participer à l’équipe de la centrale ’. Effectivement c’était le journal qui lui a appris la nouvelle de ce grave accident le lendemain matin. Pourquoi le conseiller n’était au courant de rien ? Parce que tous les gens de TEPCO savaient qu’il n’y connaissait rien du tout. Dans la pagaille totale, ils n’avaient pas le temps de lui expliquer de A jusqu’à Z. Donc l’équipe ne lui a même pas demandé de venir sur place.

 

Au-dessous de ces fonctionnaires irresponsables du ministère, dans la hiérarchie nucléaire, il y a le service de l’inspection nucléaire. Ce sont des gens du Ministère du Commerce et de l’Industrie (Meti) qui ont pris leur retraite et sont embauchés dans ce service. Ils occupent des postes importants et enrichissent le service en demandant des contrats à des anciens subordonnés. Ils n’ont jamais travaillé dans ce domaine. Ils possèdent tous les pouvoirs sur l’inspection de la centrale nucléaire et on ne peut rien faire sans leur autorisation bien qu’ils n’y connaissent rien. Ils viennent au contrôle mais, bien sûr, ils ne font que regarder. Malheureusement, ils ont quand même un pouvoir colossal. Encore au-dessous de la hiérarchie, il y a les compagnies d’électricité et les trois fabricants de réacteurs nucléaires qui suivent : Hitachi, Toshiba et Mitsubishi. Moi, j’ai travaillé chez Hitachi. Après les fabricants, il y a encore des sous-traitants de la construction dont j’ai parlé tout à l’heure. ça veut dire qu’au dessus des fabricants, ils ne sont pas compétents et au dessous des fabricants non plus, il n’y a  pas beaucoup de gens compétents. C’est aussi pour cela que les compagnies d’électricité ne peuvent pas expliquer les détails au moment des accidents. 

Je disais toujours, avant et après ma retraite, qu’il faut que ce soient des organismes compétents et indépendants qui s’occupent de l’inspection mais non pas des entreprises nationalisées ou des services où les anciens fonctionnaires du ministère travaillent. Et indépendants de l’influence du Ministère du Commerce et de l’Industrie qui préconise l’installation des centrales nucléaires. Je revendiquais toujours des conseillers qui ont de l’expérience et des inspecteurs qui contrôlent et expliquent sur le chantier pour trouver des mauvaises soudures ou des travaux mal faits. Mais jusqu’à aujourd’hui, rien n’a changé. Vous voyez à quel point les centrales nucléaires japonaises sont administrées avec irresponsabilité et approximation !

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 00:00

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Le premier ministre japonais, KAN Naoto, a déclaré mercredi dernier vouloir réduire la « dépendance [du Japon] à l’énergie nucléaire et avoir l’objectif à terme d’une société où l’on puisse vivre sans centrale nucléaire.” Autrement dit, avoir pour horizon une sortie du nucléaire. Cet homme politique, co-fondateur du Parti démocrate japonais (PDJ)  a reconnu qu’avec l’accident de Fukushima, il a « pris conscience que le risque de l’énergie nucléaire est trop élevé ».

Il s’agit ici d’un revirement complet : alors qu’à la veille de l’accident, le Japon voulait porter la part du nucléaire à 50% de l’électricité produite (30% aujourd’hui), l’objectif affiché aujourd’hui par le premier ministre est de faire l’inverse, réduire cette part. Mais cette annonce augure-t-elle d’un réel changement de stratégie dans la politique énergétique, à l’image de l’Allemagne ? Rien n’est moins sûr. En effet, KAN Naoto n’a pas donné de chiffres ni de calendrier pour cette “sortie” du nucléaire. Et le Ministère de l’industrie (Meti) qui décide de la politique énergétique et est lié à l’industrie nucléaire, y est certainement opposé. Enfin, cette simple phrase a suscité de très vives réactions dans la presse, de droite – Yomiuri Shimbun, Nikkei Shimbun – comme de gauche, l’Asahi Shimbun donnant volontiers la parole à des membres du PDJ opposés à toute sortie du nucléaire. La plupart des commentateurs ont raillé le premier ministre, arguant qu’il n’est qu’un “idéaliste”, malgré une déclaration pour le moins mesurée

 

Chant du cygne ou revirement politique ?

 

Des éléments indiquent cependant que des choses changent dans l’archipel. D’une part, la pression de la rue n’a jamais été aussi importante. Lors de la dernière journée de manifestation nationale contre le nucléaire en juin, des dizaines de milliers de personnes sont descendus dans la rue dans plus de 100 localités. De plus, si la majeure partie des milieux industriels, représentés par le Keidanren, reste attachée à cette énergie, le PDG de SoftBank, SON Masayoshi crée des remous avec son projet d’une organisation pour la promotion des énergies renouvelables. Un projet qui intéresserait déjà le plupart des préfectures japonaises. Alors, chant du cygne pour un ministre assailli de toutes parts et poussé à la démission ou réel changement dans la politique énergétique du Japon? Les mois qui vont suivre seront déterminants pour répondre à cette question.

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 00:00

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Dans son dernier numéro,  la revue spécialisée sur la science fiction Yellow Submarine s’intéresse à tout le spectre de l’imaginaire japonais, des kami – les dieux dans la religion animiste shintô – aux mecha – ces robots-géants du type Goldorak.

 

Il s’agit là d’une initiative salutaire. Alors que la France est, après le Japon, le premier pays consommateur de manga, peu d’études se sont penchés sur cette question. Il aura fallu attendre 2010 pour que soit publiés en France deux ouvrages de référence sur les mangas – celui de Karyn Poupée et Jean-Marie Bouissou. Le n°135 de Yellow Submarine vient compléter ce manque en s’attaquant à différentes facettes méconnues de la culture populaire japonaise.

 

Ainsi en est-il de la littérature SF japonaise dont Tony Sanchez retrace l’histoire dans un article passionnant et fort bien documenté. Méconnue et peu traduite en français, elle reste aussi en quête de reconnaissance au Japon, malgré l’existence d’une communauté d’auteurs importante, structurée depuis les années 1970 autour de la revue de référence dans l’archipel, SF magajin. Le fanzine aborde aussi d’autres facettes plus surprenantes, comme le kowai manga (manga d’horreur), les super-héros japonais, les kaijû et autres yôkai, ou encore le sous-genre ero guro (pour “érotique-grotesque”), mêlant érotisme et gore. Estomacs sensibles s’abstenir. Le tout est enfin accompagné d’une nouvelle inédite de YAMAMOTO Hiroshi, sur la rencontre entre un poète terrien et une civilisation extra-terrestre ayant dépassé le stade matériel pour devenir une “civilisation du langage”, vivant dans l’imaginaire:

 

“Notre civilisation est bien plus riche que la tienne. Nos ancêtres étaient comme vous : ils ont construit des villes de fer et de béton, ainsi que des vaisseaux pour voyager dans l’espace. Mais les ressources ne sont pas illimitées. On ne peut s’étendre éternellement, ni produire les mêmes ressources indéfiniment. Au contraire, l’espace du langage lui est illimité. Nous possédons une richesse infinie. Nous nous sustentons de récits, et nous abreuvons de chants. Nous portons nos chefs-d’œuvre comme des perles, et habitons les somptueux palaces de nos histoires. Les verbes sont des poteries manipulables à loisir, et nous pointons les larmes acérées de nos adjectifs. Nous nous engageons dans des joutes verbales de longue haleine, et faisons des signifiés nos trophées.” (traduction par Tony Sanchez)

 

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Couvertures de SF magajin de 1971

 

On regrettera cependant l’absence (l’oubli?) de l’œuvre de MURAKAMI Ryû sans doute plus classique mais qui aurait mérité d’être évoqué. Le bidonville radioactif installé en plein Tôkyô, rongé par la drogue et la prostitution dans Les bébés de la consigne automatique ne relève-t-il pas – en partie – de l’imaginaire ? Et que dire de l’île hallucinée de La guerre commence au-delà de la mer où une fête orgiaque et sanglante lors du dépeçage d’un poisson géant se déroule sur fond de montée du militarisme. Sans parler du roman de politique-fiction, Quitter la Péninsule (Hantô wo deyo), malheureusement pas encore traduit en français, où un commando dissident nord-coréen s’empare de la bonne ville de Fukuoka et déclare son indépendance du reste de l’archipel. Un petit manque qui n’empêche pas ce fanzine de nous offrir un éclairage utile et passionnant sur une pan méconnu de la culture populaire du Japon.

 

Kami et Mecha. Imaginaire japonais, Yellow Submarine n°135, Les moutons électriques éditeur, 2011, 19 euros.

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 00:00

L’équipe japonaise de football féminin a remporté la Coupe du monde qui s'est déroulé le mois dernier en Allemagne. C’est la première fois que le pays atteint ce stade de la compétition, après avoir battu en quart de final l’Allemagne, pays hôte et réputé favoris, puis la Suède 3-1 et les Etats-Unis 3-1 en finale. Les victoires successives de cette équipe ont suscité un engouement inédit au Japon, au point de détrôner les traditionnels matchs de baseball ou les compétitions de sumo dans les unes de presse. Et les joueuses japonaise sont devenus en ces temps difficiles pour l’archipel, de véritables stars nationales.

 

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Mais arrêtons-nous un instant sur un élément surprenant. Les joueuses de football féminin sont surnommées au Japon, les Nadeshiko Japan (« les Œillets »), terme qui désigne aussi l’idéal féminin de la société patriarcale et traditionnelle des temps anciens, dît du Yamato. Les kanji utilisés  – 撫子 – signifient d’ailleurs « enfant (ou femme) que l’on caresse », soulignant que la femme idéale est soumise, passive, ravalée au rang d’objet. Un objet d’une beauté éblouissante certes, mais un objet quand même. Ce terme est par ailleurs extrêmement connoté au Japon, puisqu’il fut utilisé pendant la seconde guerre mondiale par le régime militariste, à des fins de propagande.

 

Que ce terme ait été choisi pour désigner les joueuses de l’équipe nationale ne relève sans doute pas du hasard. Bien loin de faire progresser l’égalité entre hommes et femmes – que seule la mixité dans le sport pourrait rendre possible – le succès du football féminin s’est accompagné de nombreux commentaires renvoyant les joueuses à leur genre, de manière parfois outrancier.

 

Les droits des femmes au Japon restent encore extrêmement précaires. Ce pays conserve ainsi une inégalité salariale hommes-femmes parmi les plus fortes des pays développés – environ 40% d’écart salarial. Par ailleurs, malgré une baisse inquiétante de la population active, peu de mesures sont prises pour aider les femmes à travailler. On se souvient d’ailleurs du mot d’un ministre de la santé, définissant en 2007 les femmes comme des « machines à accoucher » (umu kikai), se devant de respecter leur mission. Ces mots lui avait valu sa démission. Il n’empêche que cela donne une idée du conservatisme et du sexisme existant dans la classe politique japonaise.

 

Sans doute, cette compétition permettra de faire progresser l’idée que les femmes peuvent pratiquer n’importe quelle activité réputée masculine. Mais dans un pays où le mouvement féministe est exsangue, il en faudra bien plus pour faire naître une égalité réelle entre hommes et femmes.

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 00:00

Quatre mois après le début de la crise nucléaire qui frappe le Japon, les conséquences sanitaires sont au centre des préoccupations. On savait déjà que des légumes divers, du thé avaient été contaminés. C’est au tour de la viande de susciter de l’inquiétude. En effet, de la viande de bœuf contaminée au césium radioactif, en provenance d’une ferme de Fukushima, a été distribuée dans pas moins de 29 préfectures, dont Tôkyô et Ôsaka, et a été déjà en partie consommée. C’est ce qu’indique le journal Mainichi Shimbun mardi, précisant que les niveaux de césium radioactif étaient de quatre à six fois supérieurs aux normes autorisées. Il s’agirait d’une contamination interne des bœufs ayant consommé de la paille de riz qui contenait des taux de césium 56 fois supérieur à la normale.

 

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“Miso au boeuf de Fukushima”

 

Le ministre de la reconstruction, HOSONO Gôshi, a pour sa part relativiser la situation, indiquant que « manger de petites quantités de cette viande ne représentait pas un danger pour la santé. » Un propos d’une légèreté qui laisse songeur lorsque l’on sait que Hosono est également en charge de la sécurité alimentaire dans l’après-Fukushima.

Moins que les conséquences sanitaires de cette découverte, c’est d’ailleurs la crainte d’un boycott de la viande en provenance de Fukushima qui a poussé le ministre de l’agriculture KANO Michihiko a intervenir. Il a notamment promis un contrôle accru des fermes d’élevage dans les zones à risques de la préfecture de Fukushima. Des zones, précise le Mainichi Shimbun, « faisant l’objet de mesures d’évacuation à des degrés divers ». La ferme en question se trouvait près de Minamisoma, dans la zone des 20-30 kilomètres de la centrale. Où l’on s’étonne qu’il soit encore autorisé de poursuivre un élevage dans ces zones fortement touchées par la contamination radioactive.

 

Mise à jour du mardi 19 juillet: Le gouvernement japonais vient finalement d’interdire la vente de boeuf en provenance de la préfecture de Fukushima:

 


 

 

 

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 12:08

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Quand l’embryon part braconner (1966), de WAKAMATSU Kôji

 

Diffusion de Le femme scorpion et Tokyo X Erotika sur Arte cet été, nuit roman porno au Forum des images en juin, rétrospective de l’œuvre de WAKAMATSU Kôji à la Cinémathèque française l’année dernière : la France n’en finit pas de découvrir un cinéma de genre japonais très particulier, mêlant érotisme et violence: le pinku eiga.

 

Comment définir le pinku eiga, signifiant littéralement “cinéma pink” en japonais ? Apparus dans les années 60, les pinku eiga sont des films à petits budgets, souvent tournés en quelques semaines, et qui permirent à quelques studios – comme la Tôei et Nikkatsu  de sortir la tête de l’eau et d’éviter la faillite. Mais surtout, naît en plein mouvement étudiant, ils sont pour certains dotés d’une réelle charge subversive contre l’Etat japonais.

 

L’œuvre de WAKAMATSU Kôji, l’un des réalisateurs de films pink les plus connus au Japon, est emblématique de ce genre mêlant sexe, violence et politique. Un de ses premiers films, Quand l’embryon part braconner, est considéré comme un classique du pinku eiga. L’action se déroule dans un appartement et met en scène un patron et son employée qu’il enferme, violente, tourmente et humilie dans de longues scènes dérangeantes. Mais au cours du film, de manière progressive, le spectateur prend conscience que le rôle de dominant et de dominé peuvent s’inverser. L’homme, sûr de lui, apparaît comme quelqu’un de fragile psychologiquement, et la femme soumise comme étant capable de se révolter.

 

Wakamatsu n’est pas seulement un réalisateur prolixe, mais fut aussi un militant actif de l’Armée rouge japonaise, une organisation clandestine connue entre autres pour ses détournements d’avion et son attentat à l’aéroport de Lod en 1972. Il réalisa d’ailleurs en 1971, Armée rouge – FPLP : Déclaration de guerre mondiale, un documentaire mettant en scène les entraînements des deux groupes de lutte armée. En 2009, avec United Red Army, il tenta, maladroitement, de tirer un bilan de ces “années de plomb” japonaises,  en portant sur les écrans la sauvage autodestruction d’un des groupes de l’Armée rouge japonaise.

 


 

Son dernier film, le soldat dieu (Caterpillar) sorti l’année dernière, montre qu’à 74 ans Wakamatsu n’a rien perdu de sa rage contestataire. L’histoire, comme toujours, est glauque à souhait – un soldat revient vivant dans son village, mais sans bras et sans jambes, le visage à moitié brûlé. Sa femme, horrifiée, se voit forcée par la pression sociale de s’en occuper et de se soumettre aux désirs du héros national. La suite du film laisse comprendre que les circonstances dans lesquels il a été blessé son en réalité peu glorieuses. Une violente charge contre le militarisme japonais et l’absurdité de la guerre, à une période où les tentations de réécrire l’histoire de la Seconde guerre mondiale au Japon sont nombreuses.

 

L’œuvre de Wakamatsu a évolué avec le temps, pour peu à peu se détacher du genre pinku eiga. Un genre qui lui a plutôt mal évolué, abandonnant peu à peu son aspect subversif. Développé au départ par des studios indépendants, il a été récupéré dans les années 1970 par de grands studios comme la Tôei et Nikkatsu, avant d’être concurrencé et contaminé dans les années 1980 par les films pornographiques en vidéos. On préfèrera ainsi regarder le pinku eiga au passé, comme un genre unique propre au cinéma japonais.

 

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 11:33

 

 img025.jpgSite nucléaire de Rokkasho-mura; A gauche, le PR center

En avril 2009, lorsque nous nous rendons à Aomori, située à quelques kilomètres de Rokkasho, pour la journée antinucléaire, la manifestation rassemble un millier de personnes. Un chiffre guère ridicule dans un pays qui a perdu l’habitude de ce genre de démonstration de force, mais en deçà des 10 000 personnes qui manifestaient, vingt ans plus tôt, en 1989. Sur la place de la gare, flottent les drapeaux des organisations les plus impliquées dans la lutte antinucléaire de Rokkasho-mura. Le Syndicat des dockers Japonais (Japan Dockworkers Union, JDU), la Zenroren, les Comités ouvriers contre la guerre (hansen), le syndicat des fonctionnaires locaux (Jichirô) ainsi que des groupes pacifistes comme le Centre pour la paix de Tôkyô (Tôkyô heiwa undô sentâ) sont présents. Quelques leaders syndicaux se succèdent à la tribune pendant une demi-heure de long discours qui s’achève par l’intervention d’une militante déguisée en vache, symbole des exploitations laitières de Rokkasho-mura, et de la crainte de voir le lait contaminé par la radioactivité. Vient alors le moment le plus attendu de la journée. On sent dans la foule et surtout chez les syndiqués les plus jeunes comme une sorte d’excitation. Tout le monde se regarde, sourit et se remet en rang. Les photographes présents se placent derrière la scène et se tiennent prêts. Un syndicaliste prend alors le micro et demande à tout le monde de se tenir prêt en criant "yoshi" d’une voix rocailleuse. A ce cri, tout le monde lève le poing. Le syndicaliste énumère alors les raisons pour lesquelles ils sont présents ce jour-là puis crie "Tous ensemble ! Courage !" (danketsu ganbarô). Les manifestants crient alors trois fois "courage" (ganbarô) en soulevant le poing violemment à chaque fois. Cet instant, un classique dans toutes les manifestations au Japon, est très étonnant à voir. Alors que les manifestations japonaises se caractérisent par leur formalisme et leur  monotonie – répétition ritualisée de gestes et de discours, mise en scène ne laissant aucune spontanéité s’exprimer – cet instant constitue le seul moment où toute l’énergie et la volonté des opposants peuvent sortir et s’exprimer dans une forme socialement acceptable.

Car après avoir crié "courage" la manifestation commence dans une ambiance morbide, comme une marche funèbre où on enterrerait les espoirs déçus par plus d’une décennie d’échecs dans la lutte. Les manifestations au Japon, depuis le reflux des mouvements sociaux, se font désormais sur la moitié de la route. La manifestation de la journée antinucléaire commence sur le trottoir, en file indienne pour ainsi dire. Puis elle rejoint finalement l’avenue principale d’Aomori, Shinmachi-tôri, où elle occupe un quart de la route, les voitures doublant par la droite les manifestants. Les slogans ne sont pas chantés, mais criés, ce qui contribue à donner un air monotone à la manifestation. Seul un groupe, rejeté à la fin du cortège, donne un caractère plus festif à la manifestation. Placé autour de M. Yamauchi, président de l’organisation pacifiste Peace Land, reconnaissable à ses cheveux longs et son béret, un groupe de percussions joue de la musique. Certains sont travestis en infirmières, d’autres, plus en accord avec le thème de la journée, sont déguisés en fût radioactif ou en konbu, l’algue récoltée sur le rivage de Rokkasho-mura et dont les antinucléaires craignent également une contamination radioactive.

 

Parmi eux, il y a Nyanko (petit chat), un artiste de rue jouant d’un instrument traditionnel japonais. Il a commencé à s’opposer au nucléaire avec les manifestations contre les tests de la centrale d’Ikata au début des années 1980. A l’époque, "je balançais des pierres sur les flics" raconte-t-il en riant. Le reflux du mouvement antinucléaire et de tous les mouvements sociaux au Japon s’explique selon lui par une "perte de conscience de classe"  . Voyageant régulièrement en France, pour le Festival d’Avignon, il se dit par exemple très étonné du mouvement des intermittents de l’été 2003. "Au Japon, un mouvement de cet ampleur et sur ce thème, c’est impossible", ajoute-t-il.

Un musée pour les enfants

Il y a comme un sentiment de défaite chez les antinucléaires de Rokkasho. Celui-ci s’exprime à demi-mot, mais se voit dans le regard triste de Mme Kikukawa lorsque nous évoquons l’achèvement de l’usine de retraitement. L’usine, malgré les craintes qu’elle suscite, est le premier employeur de la région. "Tous les lycéens de Rokkasho rêvent d’y travailler" reconnaît, amère, Madame Kikukawa. Beaucoup d’habitants se sont résignés.

Il faut dire que la JNFL s’est donnée les moyens de communiquer efficacement auprès de la population sur son usine. Du paysage vallonné et enneigé de Rokkasho-Mura, émerge le PR center (Public Relations Center), un musée en forme de bambou fendu, construit par l’architecte Kurokawa Kishô. Premier détail frappant : le musée est gratuit. La visite commence au troisième étage, où une tour panoramique permet d’apprécier le paysage. "Ici, normalement, on peut voir l’usine de retraitement" nous indique notre guide, sauf que ce jour là il y a une tempête de neige et qu’on ne voit rien du tout. S’ensuit une description du cycle du combustible sur un immense panneau où des petites usines s’éclairent de toutes les couleurs à chaque étape. Sur des écrans, les animaux mascottes du PR center expliquent gaiement le cycle du combustible. Puis vient l’attraction principale, puisque ce "musée" a tout d’un parc d’attractions. En descendant du deuxième au premier étage on peut suivre en effet toutes les étapes du retraitement. Appuyant sur un bouton, une machine vient immédiatement chercher une barre de combustible usée dans une petite piscine et la fait rentrer dans une zone invisible où les barres vont être cisaillées. On descend d’un étage et les morceaux arrivent avec grand bruit dans un tuyau transparent pour tomber dans une cuve d’acide nitrique représentée par un autocollant jaune fluo. Enfin vient le moment où l’uranium et le plutonium sont séparés, dans un festival de loupiotes rouges et vertes ressemblant plus à l’univers de Star Trek qu’à une usine de retraitement. Mais sans doute faut-il insuffler du rêve pour obtenir l’adhésion.

 


 

La raison de tout cela, nous est donnée quelques minutes plus tard alors que nous remarquons dans un coin des petites tables pour enfants, avec des jouets et des peluches. Quand nous en demandons la raison à Sasaki Yoshiaki du Département des relations publiques de la JNFL, celui-ci explique que "ce musée est spécialement conçu pour les mères et leurs enfants". Les femmes - et leurs enfants, la future génération de Rokkasho-mura - sont donc l’objet d’une attention toute particulière, à la mesure de la menace qu’elles représentent pour l’industrie nucléaire. Car, à l’instar de Madame Kikukawa et comme le montre les sondages, ce sont elles qui sont le plus opposées au nucléaire.

En 2008, l’usine de retraitement, une copie de celle de La Hague, était en cours d'achèvement et devait être opérationnelle à l'automne. Elle n’est à l’heure d’aujourd’hui toujours pas entrée en fonctionnement. Pourtant, comme l’affirme à regret Madame Kikukawa, "les antinucléaires n’y sont pour rien !". En effet, c’est à cause d’une fuite de 150 litres d’un liquide hautement radioactif dans l’atelier de vitrification des déchets ultimes que le site n’ouvrira pas encore avant plusieurs mois. "Nous faisons tout pour trouver une solution le plus rapidement possible" répond laconiquement Sasaki Yoshiaki, qui n’en mène pas large. Les antinucléaires de Rokkasho, eux, se remobilisent peu à peu.

 

Philippe Tanaka

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 00:00

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Dans un petit hameau comptant au bas mot une dizaine de fermes dont la moitié à l’abandon, au fond d’une route que n’indiquent pas les cartes de la région se dresse la "ferme des fleurs et des herbes". Et derrière cette ferme, dans un paysage froid et monotone, un immense champ de tulipes. "Quand je suis revenu vivre ici, je pensais d’abord cultiver des légumes pour les vendre. Mais j’ai vite dû comprendre que des légumes produits à Rokkasho ne se vendraient pas. Alors, parce qu’il fallait vivre, j’ai réfléchi, j’ai pensé à faire des éoliennes et de là, mon esprit a vagabondé des moulins à la Hollande, et j’ai alors décidé de faire des tulipes" raconte Madame Kikukawa en souriant. Ce petit morceau de bout du monde ne se situe pas en effet au Pays-Bas, mais au village de Rokkasho, au nord du Japon, sur la péninsule de Shimokita. Et si cette militante antinucléaire s’est refusée à cultiver des légumes ici, c’est que cette mince bande de terre de 14km, se situant entre l’océan Pacifique et la baie de Mutsu, a été choisie pour devenir "la Mecque du nucléaire" au Japon.


De l’eldorado pétro-chimique au complexe nucléaire


Le complexe nucléaire, géré par la Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL), un conglomérat rassemblant l’ensemble du secteur de l’industrie nucléaire, regroupe sur quelques kilomètres carrés une usine d’enrichissement d’uranium, un centre de stockage des déchets radioactifs et une toute nouvelle usine de retraitement des combustibles usés, construite grâce à un transfert de technologie du groupe français Areva. Le "cycle du combustible" se retrouve comme matérialisé sur une même zone. La boucle est bouclée pourrait-on dire. Pourtant la construction de ce complexe nucléaire, d’hier à aujourd’hui, ne s’est pas faite sans accrocs.

Il a d’abord fallu convaincre la population locale du bien fondé de ce projet. Tâche ardue quand celle-ci estime s’être faite floué deux fois. La première fois, c’était dans les années 1970, lorsque la "mise en valeur de la région Mutsu-Ogawara" promettait des lendemains qui chantent avec un projet de pôle pétrochimique. Certes, alors que le Japon subissait une pollution massive, semblable à la Chine de nos jours, des voix discordantes apparurent, et la "mise en valeur" s’accompagna de quelques expropriations violentes. Mais dans l’ensemble, les habitants de Rokkasho soutinrent ce projet car la promesse d’emplois et de revenus compte ici. Se situant à Aomori, la préfecture la plus pauvre du Japon avec Okinawa, la localité de Rokkasho fut peuplée à la fin de la guerre par des rapatriés des colonies de Sakhaline et de Mandchourie. Et malgré bien des efforts, cette terre battue par les vents et où il neige six mois par an ne rapporte guère. Alors, le maire de Rokkasho, Terashita Rikizaburo, principal opposant au projet, vit ses soutiens fondre comme neige au soleil et bon gré mal gré, les villageois acceptèrent ce projet avec l’espoir de voir leurs enfants continuer à vivre sur cette terre.

Pourtant, les années passèrent et rien ne vint. Mis à part les stocks nationaux de pétrole construits après la première crise pétrolière de 1973, aucun industriel ne voulait venir s’installer sur l’immense no man’s land créé à cet effet. L’eldorado pétrochimique s’éloignait. C’est dans ce contexte que l’idée d’une base industrielle consacrée au cycle du combustible nucléaire apparut. Certains soupçonnèrent alors que le gouvernement avait ce projet en tête depuis le début et en gardèrent un goût amer.

 

Le mouvement antinucléaire était au début des années 1980 en pleine expansion au Japon et une résistance au projet apparut très vite. Le 8 avril 1985, une pétition demandant la tenue d’un référendum local, rassemblant 92 796 signatures, était remise au gouverneur d’Aomori, Kitamura Masaya qui déclara "avoir entendu la parole des paysans". Mais le lendemain, la préfecture donnait officiellement son accord pour la construction du complexe nucléaire. Depuis cette date, militants antinucléaires et syndicalistes de la préfecture d’Aomori organisent chaque année la "journée antinucléaire du 9 avril" pour commémorer ce jour fatidique qui fit entrer la petite bourgade un brin arriérée dans l’ère de la haute technologie nucléaire. A la fin des années 1980, dans une période post-Tchernobyl qui marqua les esprits au Japon, ces manifestations, parfois en tracteurs, rassemblaient plusieurs milliers de personnes dans les rues d’Aomori.

 

(...)

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 00:00

Rankin Taxi est un pionnier de la scène reggae japonaise apparue à la fin des années 1980. Il s'agit ici d'une nouvelle version d'un morceau sorti en 1996, intitulé "Personne ne peut la voir, ni la sentir" (Dare ni mo mienai, nioi mo nai). Ecrites dans les semaines qui ont suivi le début de l'acccident de Fukushima, les paroles expriment l'angoisse de la population face aux substances radioactives rejettées par la centrale dans l'air et dans l'océan Pacifique.

 

 

 

Paroles:

 

C'est terrible, terrible, terrible, terrible,

le nucléaire

C'est terrible, terrible, terrible, terrible,

quand un accident se produit

 

C'est terrible, terrible, terrible, terrible,

Fukushima

C'est terrible, terrible, terrible, terrible,

Ce que ça a fait

 

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux

 

Une fois que l'accident se produit, c'est la grande panique,

Juste avant le naufrage, c'est le Titanic

Tchernobyl aujourd'hui est une ville fantôme,

Des enfants innocents ont un cancer de la thyroïde

 

Bienvenue

au célèbre Plutonium,

Au mythe de la sureté,

A "Fukushima, c'est terminé"

 

On ne pourra bientôt plus manger,

les produits de la ferme

N'importe où, n'importe quand,

la pollution se répand

 

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux

 

Elle touche tout le monde comme par exemple,

Kadhafi, Obama, Sarkozy, Berlusconi,

Hirose Takashi(1), Rankin Taxi, le premier ministre,

Hanshin (équipe de baseball d'Ôsaka), Kyojin (surnom des Yomiuri Giants de Tôkyô)

Ceux qui sont pour, ceux qui sont contre,

Tepco, Kepco, Nandenkanden (chaîne de restaurants ramen)
Les hommes, les femmes, les enfants, les adultes,
Asahi (journal), Bunshun (magazine), Ebisu, Kirin (marques de bière)
Les Blancs, les Noirs, Seiyu, Daiei (supermarchés)
Toyota, Nissan, l'Irak et l'Iran

 

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  

La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,

On ne peut ni la voir, ni la sentir

 

Même si le circuit de refroidissement fuit,

la centrale nucléaire va bien,

Protéger la paix dans le monde 24/24h,

Avec la bombe atomique,

Se réveiller quand il y a une catastrophe,

et n'en tirer aucune leçon,

Même en faisant attention,

une simple et stupide erreur peut survenir,

 

Des publicités habiles,

Dans des médias tout-puissants,

Une athmosphère douce,

Et des images subliminales,

Des journaux accumulant l'argent,

En étant remplis de publicités,

Et pendant qu'on croit tout ça,

Le vent souffle dans notre direction,

 

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  

La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,

On ne peut ni la voir, ni la sentir

 

Elle touche tout le monde comme par exemple,

Beyonce, Bae Yong-joon (acteur sud-coréen)

Alien, Anpanman, Ultra Seven, Level Seven,

Dub Ainu Band, Green Island, Soft Bank, Hard-Punk,

Matsumoto Kiyoshi (chaîne de pharmacie), Matsumoto Hitoshi (humoriste)

"Zack" (Zaccheroni, sélectionneur du Japon), McDo,

Godzilla, Mothra (monstres géants), la police, les petits caïds,

Le pdg, les profs, Michaël (Jackson), Maiko Haaaan!! (comédie de 2007)

Tamori (humoriste), Takeshi (Kitano),

Matsuya, Sukiya, (chaînes de fast-food)

Takata (électroménager), Starbucks,

 

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  

La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,

On ne peut ni la voir, ni la sentir, personne ne peut s'enfuir

 

Est-ce que vous voulez mourrir en avalant la radioactivité ?

NON Y'A PAS MOYEN !

Ils nous disent que la fuite ne s'arrrête pas ?

NON Y'A PAS MOYEN !

Est-ce que vous voulez que nos enfants nous reprochent de n'avoir rien fait ?

NON Y'A PAS MOYEN !

Est-ce que vous voulez vivre avec une grave maladie ?

NON Y'A PAS MOYEN !

 

Est-ce que l'amour augmente avec la radioactivité ?

Est-ce qu'on devient plus intelligent grâce à la radioactivité ?

Est-ce qu'il n'y a plus de guerre avec la radioactivité ?

Est-ce que les gens sourient plus avec la radioactivité ?

 

La radioactivité est forte, la radioactivité est immense,

Elle n'épargne personne, elle ne fait pas de cadeaux  

La radioactivité fait peur, la radioactivité ça craint,

On ne peut ni la voir, ni la sentir, personne ne peut s'enfuir

 

On ne peut ni la voir, ni la sentir, personne ne peut s'enfuir (x3)

 [En fond, il est écrit sur un portique "Le nucléaire, une énergie pour un avenir brillant"]

 

On ne peut pas fuir, pas fuir, pas fuir, pas fuir,

le nucléaire

On ne peut pas fuir, pas fuir, pas fuir, pas fuir,

quand il y a un accident,

 

[Rankin Taxi en premier ministre, faisant des grands gestes]

C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,

le nucléaire,

C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,

tant qu'il n'y a pas d'accident,

 

C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,

le nucléaire,

C'est pas dangereux, pas dangereux, pas dangereux,

Jusqu'à que ça le devienne

 

Jusqu'à que ça le devienne (x4)

Abruti!

 

(Traduction Philippe Tanaka) 

 

(1) Hirose Takashi est un célèbre essayiste japonais, auteur de plusieurs ouvrages sur le nucléaire. Dans "Mettez les centrales nucléaires à Tôkyô" (Tôkyô ni genpatsu wo!) écrit en 1981, il encourageait par provocation Tepco à construire les centrales nulcéaires dans la capitale et non à la campagne, puisque selon l'exploitant elles étaient sûres.

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  • : Le Japon est aujourd'hui très connu en France, à travers sa culture populaire - manga, animé - et sa cuisine. Mais que sait-on au juste de cette "face cachée de la lune", située quelque part entre l'extrême-orient et l'extrême-occident ? Au-delà des clichés, ce blog apporte un éclairage sur quelques aspects méconnus de la société, de la vie politique et de la culture populaire dans l'archipel.
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