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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 09:05

Si on s'inquiète de la montée des extrêmes droites en Europe, on ferait bien de garder un oeil sur ce qu'il se passe au Japon. Les ultranationalistes y ont les coudées franches et les livres niant le "viol de Nankin" (massacre de 300 000 civils Chinois) ou dénonçant les "criminels-étrangers" sont des best-sellers.

 

ganbare

Manifestants arborant des drapeaux de l'armée impériale japonaise, 21 mai 2011

 

La situation politique a pris un tournant particulier depuis le séisme du 11 mars. A peine quelques semaines après le séisme, une rumeur s'est répandue selon laquelle des Coréens et des Chinois - les deux principales communautés étrangères au Japon - avaient pillé les villages abandonnés. Après le tremblement de terre de Tôkyô de 1923, des pogroms contre les Coréens avaient fait 3000 morts. Une rumeur laissait entendre aussi à l'époque que les Coréens avaient provoqué les incendies qui ont ravagé la capitale.

 

S'ajoute à cela l'expression aujourd'hui d'un nationalisme soft. C'est le pendant négatif de la solidarité des Japonais que l'on a tant vanté. Une tendance au repli sur soi qui s'est exprimé notamment par des railleries sur les étrangers-qui-fuient, certains changeant le mot gaijin (étranger) pour furaijin (ceux qui s'envolent en avion). Par ailleurs, une expression qui revient beaucoup en ce moment est "ganbare nihon" (Courage Japon). Signalons qu'en tapant cette expression sur Google en japonais, on tombe dès la première occurrence sur une organisation d'extrême droite du même nom, Ganbare Nippon.

 

Ganbare Nippon, l'extrême-droite révisionniste

 

Cette organisation de "citoyens" a tout juste un an d'existence mais s'est fait connaître par son activisme et sa présence régulière dans la rue. Soutenue par l'ancien premier ministre ABE Shinzô (2006-2007) et toute la fange révisionniste du Parti libéral démocrate (PLD) qui gravite autour de lui, cette organisation a combattu fermement le droit de vote pour les étrangers qui entraînerait selon eux une "démolition du Japon". Suite à la collision entre un bateau de pêche chinois et les gardes côtes japonais aux large des îles contestées Daioyu/Senkaku en septembre 2010, elle a organisé des manifestations virulentes contre la Chine mais aussi contre le premier ministre KAN Naoto. Durant le mois de décembre, deux manifestations pour le "renversement du gouvernement" ont rassemblé plusieurs milliers de personnes.

 

L'extrême droite au Japon n'a pas de grand parti car les groupes ultranationalistes ont été dès la fin de la guerre intégré au Parti libéral-démocrate. Ceux sont d'ailleurs des anciens criminels de guerre qui sont devenus les cadres de ce parti, avec l'aide opportune des Américains. C'est donc dans la rue que s'exprime l'extrême-droite, avec ses camions noirs munis de mégaphones géants, hurlant leur haine des étrangers - à commencer par les Chinois et Coréens. Des défilés rassemblant des milliers de personnes sont de plus en plus fréquents et les manifestants n'hésitent pas à passer à tabac les rares militants antifascistes qui parfois s'interposent. Un des multiples groupes d'extrême-droite, la Team Kansai a ainsi pour activité favorite de terroriser la population:

 

 


 

Outre les Chinois, les Coréens sont particulièrement visés par ces manifestations racistes. Prenant prétexte de l'existence d'un groupe communautaire lié à la Corée du nord, la Chôsen sôren, un mouvement contre les écoles coréennes au Japon a eu lieu. Sur cette vidéo, on peut entendre les insultes racistes lancées aux contre-manifestants Coréens qui tentent de s'interposer : "Les Coréens vous êtes des cafards, vous puez le kimchi, vous êtes des porcs, rentrez-chez vous"  :

 

 

 

 

Les yakuzas aux avant-postes

 

Sur une autre vidéo, on peut voir une action d'un de ces groupes contre l'ouverture d'une école primaire coréenne à Kyôto. La manière de parler de l'orateur laisse à penser qu'il pourrait s'agir de yakuzas.

 


 

Les yakuzas et l'extrême-droite sont tellement liés au Japon qu'il est difficile de distinguer les groupes parfois. Kodama Yoshio, un ultra-nationaliste qui fit fortune dans le pillage des ressources minières de la Chine, tenta par exemple de rassembler dans les années 1950 les groupes yakuzas pour former une organisation paramilitaire et combattre les manifestations pacifistes. Depuis le séisme, la présence des yakuzas dans la société s'est renforcée. Les yakuzas ont en effet joué un rôle singulier dans cette catastrophe, en organisant les secours dans plusieurs zones sinistrées. Ce qui semble pouvoir leur attirer une certaine sympathie dans la population. Mais les syndicats du crime, au Japon comme ailleurs n'agissent jamais sans arrière-pensée. Outre un meilleur contrôle de certains territoires, ce volontarisme leur permettra aussi d'obtenir de nombreux contrats dans la reconstruction du Japon.

 

Philippe Tanaka

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 10:51

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10 avril, 7 mai, 11 juin. A chaque fois, les manifestations antinucléaires ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes à Tôkyô. Un fait inhabituel dans un pays où les habitants ont perdu l'habitude de descendre dans la rue. Outre l'organisation de multiples concerts de rock ou de rap, ces grands rassemblements antinucléaires sont aussi l'occasion pour des Japonais d'exprimer toute leur créativité. Petit florilège de poster antinucléaire.

 

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"Join demo !! Say genpatsu yamero" (Rejoins la manif, dis stop au nucléaire!)

 

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"Ce qu'il faut faire quand il y a un accident nucléaire:

dire à tes enfant de ne pas croire le gouvernement"

 

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"Sûre? Propre? Non merci Tepco!"

 

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L'aubergine : [énervée] Le nucléaire, c'est trop dangereux!!

La Tomate : [munie d'un porte-voix] Faisons des énergies renouvellables!

(Il y a un un jeu de mot avec "aubergine" et "légumes", impossible à traduire)

 

 

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Fukushima kawaii

 

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"Datsu genpatsu" (sortir du nucléaire)

 

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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 14:49

Il est pour l'heure très difficile de connaître la situation des travailleurs de la centrale de Fukushima, alors que des informations contradictoires sont données. On sait qu'au moins trois personnes sont mortes sur le site, mais la cause de leur mort reste incertaine. Concernant les blessés, Tepco annoncait hier que deux ouvriers avaient reçu des doses de 643 et 678 millisieverts, soit le triple de la norme autorisée fixée à 250 millisieverts par an. On apprenait par ailleurs fin mai que 5000 travailleurs du nucléaire venant d'autres centrales et ayant voyagé dans la préfecture de Fukushima, avaient subi des contaminations interne s. Les compagnies d'électricité ont utilisé un whole-body counter pour mesurer la contamination interne de leurs employés (cf. image). De quoi soulever des inquiétudes sur la santé des habitants de la région.

 

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Par ailleurs, le spectre d'un karôshi ("morts par surtravail") de masse menace le Japon. Dix personnes sont mortes au travail depuis le 11 mars. Des morts par crise cardiaque à cause d'heures supplémentaires trop importantes et/ou de stress.

 

D’après le Conseil national de défense des victimes de karôshi, une association d'avocats, deux de ces employés seraient morts à cause des nombreuses heures supplémentaires qu’ils devaient faire suite au séisme. « Alors que cela fait trois mois que le séisme a eu lieu, le nombre de morts pourrait augmenter rapidement au moment où de plus en plus de gens atteignent leurs limites physiques et émotionnelles » expliquait hier KAWAHITO Hiroshi, responsable de cette association, au journal Mainichi. Ce nombre assez élevé par rapport à la normale donne une idée de l'effort supplémentaire demandé aux travailleurs japonais et du contournement de droit du travail dans un contexte de crise.

 

 

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 00:00

Cet article a été initialement publié sur L'Express.fr, le vendredi 11 mars 2011. Depuis, trois mois ont passé et les nouvelles en provenance du site nucléaire de Fukushima ne cessent d'être mauvaises. La radioactivité présente sur le site est en fait deux fois supérieure à ce qui avait été annoncé précédemment et le gouvernement a confirmé la fusion des trois réacteurs et le percement des cuves par le corium. Le scénario inédit d'une sortie du corium hors de l'enceinte de confinement se précise, laissant les scientifiques indécis sur les conséquences que cela pourrait avoir: contamination des sols, des nappes phréatiques ou encore explosions de vapeur en contact avec l'eau sont envisageables. Le cauchemar nucléaire se poursuit pour les dizaines de milliers de réfugiés dans la région.

 

 

Certains sismologues engagés dans le mouvement antinucléaire alertent depuis plusieurs années l'opinion publique sur la présence de failles sismiques sous certaines centrales nucléaire. Et ils s'inquiètent de la possibilité d'un genpatsu-shinsai, une catastrophe nucléaire qui serait provoquée par un tremblement de terre.  

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A la centrale d'Onagawa, disposant de trois réacteurs et située au plus près de l'épicentre, un début d'incendie a été constaté. Mais le danger pourrait surtout venir des deux centrales de la préfecture de Fukushima formant un complexe de dix réacteurs. Trois réacteurs de Fukushima-1 (Fukushima Daiichi) ont connu un arrêt d'urgence avec de très graves disfonctionnements notamment lors du refroidissement de deux des réacteurs, selon l'Agence de sécurité nucléaire et industrielle (NISA). Les générateurs diesel ne se seraient pas mis en marche entraînant une baisse des eaux de refroidissement. La Compagnie d'électricité de Tokyo (Tepco) a fait venir en urgence, avec l'aide des forces d'autodéfense, neuf autres générateurs de secours. La population a été évacuée dans un rayon de trois kilomètres autour de cette centrale et le gouverneur de Fukushima, Satô Yûhei, a recommandé aux personnes habitants dans un rayon de dix kilomètres de ne pas sortir de chez eux. Pour l'heure, les compagnies d'électricité qui gèrent le parc nucléaire n'ont déclaré aucune fuite radioactive. Mais le gouvernement n'exclut pas cette possibilité. Des répliques prévues dans cette région pourraient être catastrophiques comme le montre certains précédents.  

 

Troisième producteur mondial d'énergie nucléaire

 

Avec 55 réacteurs nucléaires, le Japon est le troisième producteur au monde d'énergie nucléaire, après les Etats-Unis et la France. A l'instar de la France, l'Archipel a fait le choix du nucléaire très tôt, en raison d'un manque de ressources énergétiques. Le nucléaire représente ainsi plus de 30% de l'électricité au Japon. En 1954, la contamination d'un bateau de pêche japonais par un essai nucléaire américain, au large de l'atoll de Bikini, souleva une vague de protestation et donna naissance au mouvement antinucléaire. Dans les années 1980, avec la catastrophe de Tchernobyl, qui a eu un fort retentissement au Japon, un mouvement spécifiquement opposé au nucléaire civil s'organisa autour de groupes comme le Citizen's Nuclear Information Center (CNIC) ou Green Action. En 1991, le gouvernement décida d'arrêter de produire des sondages d'opinion sur le nucléaire: l'opposition au nucléaire avoisinait les 90%.  

 

Depuis, le rapport qu'entretient la population japonaise avec son industrie nucléaire ne s'est guère amélioré. Il faut dire qu'une longue série d'incidents a eu lieu dans les centrale nucléaires nippones depuis le début des années 1990, à Monju, Tôkai et Mihama, causant parfois la mort de travailleurs. En 2007, le tremblement de terre de Chuetsu-oki avait endommagé partiellement l'immense centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans la préfecture de Niigata. Pour la première fois de son histoire, le Japon voyait une de ses centrales gravement touchée. Un incendie avait eut lieu dans un transformateur et plusieurs centaines de fûts radioactifs s'étaient renversés. Enfin, et malgré les dénégations de Tepco, 1200 litres d'eau radioactive s'était déversée dans la mer. Selon un sondage du Japan Atomic International Forum de 2008, seul 27% des hommes et 9% des femmes interrogés pensent que "l'énergie nucléaire est nécessaire."

 


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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 12:35

ConcoursJAERO2008.jpg

Concours JAERO, 2008

 

Depuis le début de l'accident nucléaire, de nombreux observateurs français ont salué le calme et le stoïcisme des Japonais, l'attribuant un peu vite à une culture extrême-orientale fantasmée. Si l'on s'en tient aux faits, de nombreux exemples montrent qu'en réalité il existe un fort contrôle social sur la population qui réduit à néant le travail des antinucléaires et rend tout débat impossible dans ce pays.

Les médias japonais ne répercutent d'ailleurs pas la voix des antinucléaires alors même que le Citizen's Nuclear Information Center (Cnic), principale ONG antinucléaire, organise tous les jours depuis le début de l'accident nucléaire de Fukushima, des conférences de presse au Club des correspondants étrangers. Des conférences pourtant de bonne qualité, avec la présence par exemple du professeur Masashi Goto, l'un des ingénieurs ayant conçu les enceintes de confinement des réacteurs de Fukushima Dai-Ichi.

La communication n'est pas le point fort du gouvernement et de manière générale des acteurs du nucléaire en temps de crise. On le voit aujourd'hui avec une population qui, après quelques jours de stupeur et d'abattement, critique de plus en plus le manque de transparence et le rôle des médias. Mais en temps de « paix », la communication est beaucoup plus efficace.

 

Trois puissants lobbies

Les compagnies d'électricités japonaises disposent pour cela d'une véritable machine de guerre avec trois puissants lobbies.

 

1- Japan Atomic Industrial Forum (Jaif)

Le Japan Atomic Industrial Forum (Jaif) (Nihon genshiryoku sangyô kyôkai) reste le plus sérieux et fournit des synthèses de la catastrophe nucléaire en cours, en s'appuyant sur les conférences de presse de l'Agence de sécurité nucléaire japonaise (Nisa) et de la Compagnie d'électricité de Tôkyô (Tepco). Cet organisme fournit des enquêtes internes sur l'état de l'opinion publique concernant le nucléaire civil, des sondages qui ne sont jamais rendus publics. Un sondage de Jaif de 2008 révélait par exemple qu'à la question « l'énergie nucléaire est-elle nécessaire ? », 27,4% des hommes et 9% des femmes seulement répondaient « oui ». Sur son site en japonais, l'Agence annonce aujourd'hui discrètement l'annulation de sa 44e Convention annuelle « en raison du tremblement de terre ».

 

2- Japan Atomic Energy Relations Organization (Jaero)

http://www.jaero.or.jp/data/03syuppan/genshiryoku_abc/genshiryoku_abc.jpg
La Japan Atomic Energy Relations Organization (Jaero) a elle pour but de promouvoir l'énergie nucléaire de la manière la plus simple possible, par des campagnes d'affichages publicitaires et des brochures destinées aux enfants. Une véritable propagande visant à saturer le débat public d'idées simples, comme le « nucléaire est notre futur ».

Elle organise chaque année un concours de posters de promotion du nucléaire et publie chaque mois un mensuel au titre évocateur, Genshiryoku Bunka, la « culture du nucléaire ».

Jusqu'au 15 mars, le site ne présentait aucune information sur les évènements. Depuis, une page spéciale est consacrée au « tremblement de terre de la région de Tohoku » donnant des informations capitales aux internautes japonais : un schéma explique par exemple que « la radioactivité d'une centrale est très inférieure à un voyage vers le Brésil ».

 

"L'ABC du nucléaire".  

Brochure destinée aux enfant"

3- Federation of Electric Power Companies (FEPC)  

La Federation of Electric Power Companies (FEPC), financée par l'ensemble des compagnies d'électricités, intervient par des campagnes de publicité dans les journaux ou à la télévision.

 

Un exemple de la capacité d'influence de cette organisation : un documentaire diffusé sur BS-TV en 2009 montrait le quotidien des habitants de Rokkasho-mura, riverains d'un immense complexe nucléaire rassemblant deux centres de stockages de déchets nucléaires, une usine d'enrichissement d'uranium et une usine de retraitement des déchets nucléaires. L'usine de retraitement était à peine évoquée. Le tout, entrecoupé de spots de publicités – des dessins animés – d'une simplicité abrutissante.

Exemples : un kappa surgit d'un lac. La petite famille en balade est effrayée mais le monstre-nucléaire les rassure :

    « Je ne suis pas méchant, je ne rejette pas de Co2. » (Voir la vidéo en japonais)

 

 


 

 

Dans un deuxième spot, un pingouin pleure. Un petit garçon lui demande pourquoi et le pingouin lui explique que sa maison – la banquise – est en train de fondre. Alors, le petit garçon lui explique que grâce au nucléaire, il n'y aura bientôt plus d'émission de Co2. Le pingouin sèche ses larmes, tout le monde est heureux. Bien évidemment, le générique de fin laissait apparaître que ce « documentaire » sur Rokkasho-mura était produit par la FEPC. (Voir la vidéo, en japonais)

 

 


« Changer les cœurs et les esprits » avec Areva

Il s'est en fait mis en place au Japon, peut-être plus qu'en France, ce que Daniel P. Aldrich décrit comme un « soft social control », un contrôle social doux. Le but n'est plus seulement de réprimer les militants antinucléaires – qui font parfois l'objet d'une surveillance policière étroite. Ni d'obtenir l'adhésion des riverains par des mesures incitatives – création d'emplois et taxes du nucléaire dans des régions rurales souvent pauvres. Le but affiché des nucléocrates japonais était de « changer les cœurs et les esprits » par une propagande soutenue.

Et pour convaincre les riverains des centrales des bienfaits de l'énergie nucléaire, la France a été d'un grand secours aux compagnies d'électricité japonaises. Celles-ci, en partenariat avec l'ex-Cogema (Areva), ont organisé de nombreux voyages gratuits à La Hague pour les « leaders » – politiciens locaux, membres influents de la société civile –, chargés à leur retour de répandre la bonne parole.

Le docteur Pierre-Yves Cordier, actuel conseiller nucléaire de l'ambassade de France à Tokyo, expliquait très bien le fonctionnement de ces voyages :

    « On envoie en fait ce qu'on appelle des “ relais d'opinions ”, c'est-à-dire par exemple les femmes des pêcheurs ou des cultivateurs de betteraves de Trifouillis-les-Oies version Japon et on leur fait visiter les sites en France pour leur montrer que tout va bien. »

Un musée spécial « pour les mères et leurs enfants »

Les femmes japonaise sont les principales opposante à l'énergie nucléaire. Elles sont aussi particulièrement visées par la communication des industriels du nucléaire. A Rokkasho-mura, un immense musée gratuit est consacré au cycle du combustible et a été « spécialement conçu pour les mères et leurs enfants » d'après Sasaki Yoshiaki du département des relations publiques de la JNFL, en charge de l'usine de retraitement. Le site nucléaire de Marcoule, dans le Gard, dispose également d'un musée de ce genre, le Visiatome, où se succèdent des cars d'écoliers toute l'année.

Enfin, une bonne communication ne peut se passer d'une certaine manipulation du langage. « C'est un accident grave, mais pas une catastrophe nucléaire », assurait le 12 mars Eric Besson, ministre de l'Industrie et de l'Energie, cherchant à minimiser l'ampleur du désastre.

 

« Combustibles usés » plutôt que « déchets nucléaires »

Au Japon, les autorités se sont bornées à présenter la situation de façon parcellaire à la presse, sans interprétation ni prospective des faits. Le 11 mars, elles assuraient qu'il n'y avait « aucune fuite radioactive », alors même que la situation était très préoccupante. Cette manipulation du langage s'accompagne d'un choix méticuleux des mots utilisés qui révèle de quelle manière les acteurs du nucléaire entendent communiquer au sujet de cette énergie.

Dans le cas du retraitement des déchets nucléaires, le terme de recyclage (risaikuru en japonais) est préféré à celui de « cycle » (saikuru), car il évoque le recyclage du plastique ou du verre, connoté très positivement au Japon. Or, le recyclage des déchets nucléaires, dans ses objectifs comme dans son processus, n'a pas grand-chose en commun avec le recyclage des déchets ménagers.

En France aussi, on note cette stratégie linguistique dans la communication autour du nucléaire. Lors d'un entretien avec Philippe Gilet, ingénieur au département plutonium d'Areva, celui-ci nous invita sur un ton pédagogique à ne pas parler de « retraitement » mais de « traitement » et à utiliser « combustibles usés » au lieu de « déchets nucléaires ».

Il est vrai qu'en se revêtant de sa nouvelle et étonnante appellation « énergie propre », l'industrie du nucléaire ne pouvait plus se permettre de laisser des mots comme « déchets » salir son image.

 

 

Cet article a initialement été publié sur Rue89 le 21 mars 2011.

 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 01:25

Dans un article publié par La Revue des Ressources, Julien Bielka revient sur la figure du militant Hajime Matsumoto, initiateur du mouvement des précaires "la révolte des amateurs", et principal organisateur de la manifestation antinucléaire du 10 avril 2011, qui aurait rassemblé 15 000 personnes.

 

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Hajime Matsumoto à la manifestation antinucléaire du 10 avril 2011

 

 

 

Un cliché a la vie dure : celui d’un Japon monolithique, englué dans le fatalisme, l’absence de contestation, la résignation à l’ordre établi. Un Japon qui aurait intériorisé le respect de la hiérarchie, de l’autorité, de l’Impératif Catégorique - en accord avec une hypothétique “japonité” (1). Si ce conformisme japonais existe, il est faux de le généraliser, de nombreux écrivains en témoignent. N’oublions pas qu’il y a même eu un mouvement Dada sur le sol nippon ! Faux car c’est aussi consolider le mythe d’une "japonité" fictive, en ce qu’elle est faite d’éléments disparates et instables. Devant l’insistance du discours (lourd et lassant) visant à essentialiser les Japonais en en faisant un groupe homogène, aux propriétés transhistoriques, il me paraissait nécessaire de faire ce petit rappel préliminaire. L’hétérogène comme l’hétérodoxe, mêmes minoritaires, existent au Japon.

Une nouvelle précarité

Nous assistons actuellement dans ce pays à la montée d’une nouvelle précarité, touchant surtout la jeunesse (2). Ainsi le phénomène des "NEET" (Not in Education, Employment or Training) et des freeters (free arbeiters, travailleurs vivant de petits boulots) est apparu pendant l’éclatement de la bulle financière, au début des années 90. On compterait environ 800 000 NEET et presque 2 millions de freeters. Ces jeunes gens, survivant à l’aide de petits boulots ou d’emplois intérimaires, habitant dans des logements exigus ou dormant dans des cafés Internet, n’ont aucune chance de réintégrer la société de ceux qui ont pu obtenir un travail fixe. Ils sont condamnés à cette précarité, car seulement 1,6% des entreprises souhaitent embaucher des freeters. « Génération sacrifiée » donc, mais pour qui la réponse au mépris qu’elle reçoit commence à prendre des formes inattendues.

La Grande Fronde des Pauvres et l’Union des NEET

Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller dans le quartier de Kôenji, à Tokyo. Sous l’impulsion de l’activiste Hajime Matsumoto (3), « La grande fronde des pauvres » (binbônin daihanran shûdan) voit le jour en 2001 dans ce quartier bien connu pour être depuis longtemps le lieu magnétique des marginaux, de la culture underground et du rock. Un texte explique leurs intentions : « des rassemblements sauvages ont été organisés, consistant à improviser un grand banquet dans la rue et, tout en impliquant les passants, à créer dans les faits une zone libre ». Amener les citoyens japonais à la prise de conscience, faire voler en éclats un certain discours culpabilisant (du genre : « chacun peut s’en sortir s’il le souhaite ») et « créer dans les faits une zone libre » ouverte, comptant sur le ressentiment plus ou moins conscient des freeters, mais aussi des “inclus”. Dans une rue du nord de Kôenji, on peut trouver une chaîne de petites boutiques (nommée "la Révolte des Amateurs", en japonais shirôto no ran), tenues par Matsumoto et d’autres activistes : objets d’occasion, fripes pas chères, ainsi qu’un bistrot aux tarifs imbattables (et à l’excellent café !), le « Café des amateurs » où NEET, freeters, sympathisants et curieux se réunissent. Dans ce café, la facilité à communiquer avec des inconnus sur des sujets importants est remarquable. Parallèlement à la Fronde existe depuis 2005 l’Union des NEET (nîto kumiai) de Kôenji, rompant la logique de l’isolement acritique et résigné telle qu’elle est voulue par l’oligarchie (4). L’Union réclame la restitution gratuite des vélos confisqués pour stationnement illégal et demande la gratuité des logements, protestation face à la cherté du logement à Tokyo, très difficilement accessible à un freeter (au Japon, en plus des frais d’agence, du mois de loyer à payer d’avance et de la caution, il est d’usage de s’acquitter du reikin, un “cadeau au propriétaire” en liquide : la somme totale nécessaire à l’emménagement devient rapidement démesurée).

Une révolte à la fois politique et existentielle

Mais en plus de ces légitimes demandes, ils luttent sur le terrain existentiel (il n’est pas interdit de penser, toutes proportions gardées, à l’esprit de mai 68). Il s’agit pour eux de « jouir de leur pauvreté » (dixit), d’expérimenter d’autres façons de vivre, de récuser l’idéal bourgeois de ceux qui se sont intégrés au monde moyen–âgeux de l’entreprise, au prix parfois de mort par surmenage (en japonais karôshi), et de nombreux suicides et dans tous les cas du ratage de vie (finie l’époque de l’érotisation de l’entreprise à la B. Tapie, tout le monde a compris). Les NEET de Kôenji, et c’est là ce qui fait leur force, ne militent pas pour l’intégration à la société de leurs aînés. Ils savent que si, par improbable, ils pouvaient devenir employés en CDI, cela équivaudrait à de nouvelles aliénations. Le tout pour une dérisoire reconnaissance sociale et quelques satisfactions marchandes tout aussi insignifiantes. Cette vie hors de portée a cessé d’être enviable ! Ils répondent à l’exclusion par un surcroît d’exclusion. L’enjeu de ce mouvement est donc autant existentiel que politique, et c’est ce qui le distingue de la gauche parlementariste, des syndicalistes autant que des mouvements associatifs logiquement très répandus dans ce pays à la démocratie fantoche (5). Ils militent, avec un humour, une légèreté appréciables, pour une autre façon de vivre et refusent l’existence aliénée. Leur extériorité consciente est leur force ; ainsi ils évitent l’écueil du statut de péripétie interne au système qui ne fait souvent que le renforcer. Également : à l’heure du radical-chic et des Blanqui subventionnés par le C.N.L, cette marginalité leur assure une totale crédibilité :

Il n’est pas si naturel qu’on voudrait bien le croire aujourd’hui d’attendre de n’importe qui, parmi ceux dont le métier est d’avoir la parole dans les conditions présentes, qu’il apporte ici ou là des nouveautés révolutionnaires. Une telle capacité n’appartient évidemment qu’à celui qui a rencontré partout l’hostilité et la persécution ; et non point les crédits de l’Etat. (Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni)

Des espaces post-révolutionnaires, ici et maintenant

Ces jeunes précaires, créent ici et maintenant des espaces post-révolutionnaires, en affirmant une joie affranchie des circuits marchands. Ils se réapproprient la rue, en font un lieu ludique et convivial (voir le documentaire de Yuki Nakamura), et pas un simple lieu de passage fonctionnel (6). Matsumoto s’expliquait à ce sujet dans une interview de 2001 :

Quand je suis allé en Chine, j’ai été impressionné par la vitalité des rues chinoises, les rues étaient de vrais lieux de vie. Même sans biens de consommation, même sans argent, il existait une vraie convivialité. Un état d’esprit bien différent. Il y avait des gens qui trinquaient en hurlant “à la tiennnnnnnnnne !”, et les verres se cassaient ! (rires).
En comparaison, les rues japonaises sont de simples lieux de passage, sans plus. Tout le monde s’occupe de ses propres problèmes à l’intérieur. Pour cette raison, la société japonaise est d’un ennui... Et donc, en rentrant au Japon, j’ai eu envie d’inverser un peu la tendance...
[...] Ce que je veux faire, c’est rendre le monde plus habitable. Qu’est-ce que ça veut dire ? Eh bien, ça serait un monde où chacun puisse agir en autonomie. (source : jimmin.com)

La police, obligée d’encadrer une manifestation de 3 personnes (pensant qu’il s’agissait d’un leurre et que les manifestants se compteraient par dizaines) ou de disperser un grand pot-au-feu public, se voit régulièrement ridiculisée par la Fronde. Hajime Matsumoto l’écrit plaisamment : « organiser un pot-au-feu devant une station est notre but principal – c’est-à-dire créer une zone libérée ». Aucune morosité, comme le souligne Karin Amamiya, animatrice d’une émission de radio et essayiste, prenant le parti de la cause des jeunes précaires : « L’action de la Grande Fronde est folle et amusante. Or, aujourd’hui, peu de jeunes pauvres mènent une vie aussi gaie.”. Nous ne sommes pas dans la “gauche mélancolique” chère à Bernard-Henri Lévy (7), mais dans un démenti flagrant aux cultures du report, une volonté de jouir de l’instant, envers et contre tout :

Nous vivons dans un monde désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, ou, comme dit Virillo, d’administrer et d’organiser nos petites terreurs intimes. [...] (Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, Flammarion - je souligne).

Pas de grotesque messianisme apocalyptique à la Tiqqun ni de fascination pour la lutte armée. Une preuve par l’exemple que d’autres formes de vie sont possibles, dès maintenant, en s’amusant insolemment, sans cesser de contester radicalement l’hybris capitaliste, aux effets largement désastreux (8). N’est-ce pas l’effectuation japonaise de ce que Jean-Claude Pinson, après le dadaïste René Edme, nomme avec justesse le poétariat (9) ?

À l’heure où le quartier de Christiania, à Copenhague, vient d’être définitivement fermé, cette alternative s’expérimentant à Kôenji est enthousiasmante. Elle montre qu’il existe une marge de manoeuvre, une brèche dans la tinette de TINA ("There is no alternative", selon les paroles de Margaret “mère Ubu” Thatcher, de sinistre mémoire) et que des réseaux de solidarité conviviaux (au sens d’Ivan Illitch) peuvent advenir. Bien sûr, certains se moquent de cette “révolte molle” (10) de la jeunesse japonaise, l’estiment vaine, inoffensive, simple frémissement sans réel pouvoir. J’y vois au contraire un phénomène, qui, s’il n’inquiète pas pour l’instant les puissants en raison de sa marginalité, a déjà l’énorme mérite d’exister, de consister depuis dix ans - et qui pourrait devenir préoccupant s’il se développait viralement. Quoi qu’il en soit, il constitue d’ores et déjà une sortie du marasme pour ceux qui y participent. La Grande Fronde des Pauvres et le Syndicat des NEET de Kôenji pourraient ainsi servir de rappel au désordre, dans sa gaieté exubérante, son insolence, son désir de créer d’autres façons de vivre, sa volonté stratégique de vaincre l’isolement, aux précaires du monde entier. Ainsi, “les révolutions prolétariennes seront des fêtes ou ne seront pas, car la vie qu’elles annoncent sera elle-même créée sous le signe de la fête” ! (10)

 

Julien Bielka

 


 

Notes

 

(note du 11 avril 2011 : Les événements récents dans le Tohoku m’amènent à revenir sur mes futurologies optimistes : l’heure n’est évidemment pas à la fête. Aux dernières nouvelles, La Révolte des Amateurs a organisé le 10 avril dernier une manifestation anti-nucléaire à Kôenji, ayant réuni environ 15 000 personnes. Source : - il faut préciser qu’à Tokyo, 15 000 personnes est un résultat extraordinaire !

 

(1) Lire Michaux, Un Barbare en Asie.
(2) À différencier en effet de la précarité plus ancienne des travailleurs journaliers, vivants dans les ghettos de Sanya (Tokyo), Kotobuki-chô (Yokohama) ou Kamagasaki (Osaka), sur lesquels il y aurait beaucoup à dire.
(3) Initiateur de « L’association pour protéger le côté miteux de l’université Hosei » et de « L’Union des étudiants pauvres du Japon ».
(4) En France, les livres de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon Voyage en grande bourgeoisie et Les Ghettos du Gotha montrent bien comment depuis toujours les puissants s’unissent et s’organisent, très habilement, pour conserver leurs privilèges.
(5) Les fameuses « élections piège à cons » se portent effectivement très bien au Japon où, comme ailleurs, les vraies décisions sont inaccessibles.
(6) Rapellons que les situs accusaient Le Corbusier (aux épigones, via Kenzo Tange, si nombreux au Japon) de vouloir tuer la rue.
(7) C’est, pour contrer tout risque de totalitarisme, l’horizon de BHL dans son Grand cadavre à la renverse.
(8) La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer. Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif, etc. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre -, c’est cela qu’il faut détruire. Le système s’appuie sur cet imaginaire- là. (Cornélius Castoriadis, Post-Scriptum sur l’insignifiance, Éditions de l’Aube, 2003)
(9) Jean-Claude Pinson, "Du prolétariat au poétariat",
Au sens élargi, « poétariat » peut aussi s’appliquer à la foule des anonymes qui refusent de se couler dans le moule productiviste et consumériste et s’emploient à inventer, au jour le jour, des formes de vie, sinon alternatives, du moins soustraites au modèle dominant.
(10) L’expression est lisible dans un article de Philippe Pons ("La révolte molle des jeunes paumés", Le Monde, 9 août 2007) un peu méprisant sur ce mouvement, pouvant de plus induire des rapprochements douteux (Pons évoquant abruptement les blogs xénophobes de certains NEET sans aucun rapport avec l’Union de Kôenji). Je mets au défi de trouver la moindre xénophobie dans les textes et tracts de l’Union des NEET de Kôenji, mouvement qui s’apparente, on l’a compris, à l’anarchisme libertaire. Même si je sais de source sûre que Pons n’est pour rien dans le choix des titres (ni dans le choix de ce malheureux intertitre "Blogs xénophobes" pour une fin d’article qui parle surtout des NEET libertaires révoltés), le malentendu n’était pas impossible à la lecture de l’article.
(10) De la misère en milieu étudiant
Dois-je préciser que cette fête n’a aucun rapport avec celle de l’homo festivus, par ailleurs brillamment décrit par Ph. Muray ?

Liens :

>Site officiel de l’Union des NEET de Kôenji, en japonais

>Site officiel de la Fronde des amateurs, en japonais

>Site officiel de la Grande fronde des pauvres, en japonais

>L’adresse du « Café des amateurs » : Suginami-ku Kôenji Kita 3 – 10 – 1 à Tokyo. Il est situé dans la rue commerçante Kôenji Kitanaka. On peut accéder à ce quartier par la ligne de trains JR Chûô (à deux stations de Shinjuku).

À voir : le documentaire Shirôto no ran (la Révolte des Amateurs), de Yuki Nakamura, 2007. En février 2011 (date de la rédaction de l’article), une version sous-titrée allemand est disponible sur YouTube. Chaudement recommandé car vivant et drôle (plaisir de voir se déployer un tel bordel dans les rues tokyoïtes d’habitude si sages) !

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Published by Serge Tanka - dans Mouvement social
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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 22:54

80% des travailleurs du nucléaire au Japon sont en fait des sous-traitants, recrutés parmi les couches les plus paupérisées de la population japonaise. Enquête sur les "gitans du nucléaire".

 

 

roudousha 6

Travailleurs sous-traitants du nucléaire (Higuchi Kenji)

 

 

En plus d'une forte radioactivité qui les condamne à mort à brève échéance, les quelques 500 liquidateurs de Fukushima doivent travailler dans des conditions atroces et inhumaines. Ils recevraient seulement deux repas par jour, des biscuits le matin et du riz le soir, un maximum d'un litre et demi d'eau par personne, et dormiraient sur des nattes de plomb, à même le sol. Dans ces conditions, un patron confiait au journal Asahi qu'il ne pensait plus "pouvoir trouver d'autres salariés qui accepteraient d'y aller." Dans le journal tokyoïte Tokyo Shimbun, un ancien travailleur sous-traitant de Fukushima Daiichi ne cache pas sa colère au sujet des trois ouvriers contaminés aux jambes. Sur les trois irradiés, deux n'étaient même pas chaussés de bottes. Qui sont ces travailleurs du nucléaire et comment sont-ils recrutés?  

 

Bien que les centrales possèdent leurs propres employés, environ 80% des travailleurs du nucléaire au Japon sont en fait des sous-traitants, recrutés parmi les couches les plus paupérisées de la population japonaise. Ces travailleurs pauvres et non qualifiés effectuent pour quelques jours, parfois quelques semaines, les tâches les plus dangereuses au coeur des centrales nucléaires. Parce qu'ils se déplacent de centrale en centrale, on les appelle au Japon les "gitans du nucléaire" (genpatsu jipushi), du nom d'un livre de Kunio Horie publié en 1984.  

 

En France, où la sous-traitance dans le nucléaire est en plein développement, l'expression utilisée dans le jargon des employés d'EDF pour les désigner est moins poétique mais plus explicite: la "viande à rems". Sur le modèle de Toyota, les entreprises nippones ont recours depuis très longtemps à la sous-traitance, notamment dans la construction. Et les intermédiaires servant au recrutement des travailleurs journaliers sont bien souvent les yakuzas.  

 

"Aucune expérience exigée"

 

Sur le site de l'ANPE japonaise "Hello Work", on trouve aisément diverses offres d'emploi de ce type, comme une offre par exemple pour travailler à la centrale de Fukushima Daiichi et Daini pour trois mois, du 3 février au 30 avril 2011. Le descriptif des travaux à effectuer est sommaire: tâches d'inspection, d'électricité et de soudure. "Aucun diplôme, aucune qualification ni aucune expérience n'est exigé", est-il précisé. L'embauche est faite au nom d'une petite entreprise de sous-traitance spécialisée dans la maintenance de centrale nucléaire. Le salaire: 10 000 yens par jour, soit 83 euros.  

 

Un reportage d'El Mundo révélait en 2003 que la centrale de Fukushima Daiichi allait jusqu'à recruter des sans-abris dans les parcs de Tôkyô. Depuis la récession au début des années 1990, tous les parcs des grandes villes se sont transformés en véritable campement, avec de multiples abris de fortune faits de bâches bleues. C'est ici que les sociétés de sous-traitance souvent détenues par des yakuzas, envoient leurs recruteurs à la recherche de travailleurs journaliers. Dans le cas de la centrale de Fukushima Daiichi, on expliquait à ces travailleurs pauvres qu'il s'agissait d'un emploi de "nettoyeurs". Puis envoyés à 200 km de Tokyo, ils réalisaient au dernier moment qu'il s'agissait de travailler au coeur d'un réacteur nucléaire. 

 

Depuis, des panneaux d'avertissements ont été installés dans les parcs à Tokyo: "N'accepte pas ce travail, il te tuera!". Mais en trente ans, des milliers de travailleurs pauvres, de travailleurs immigrés et de sans-abris se sont relayés dans ces centrales, au péril de leur vie. Certains tentent de faire reconnaître leurs maladies dues à l'exposition à la radioactivité. La famille Shimahashi fut la première à gagner un procès pour maladie professionnelle: leur fils, Nobuki, après 8 huit ans de travail dans la centrale nucléaire d'Hamaoka était mort à 29 ans d'une leucémie. Ce cas pourrait être l'arbre qui cache la forêt: d'après un rapport du docteur Fujita, professeur de physique de l'université de Keiô, il y aurait entre 700 et 1000 "gitans du nucléaire" qui seraient déjà morts et des milliers atteint de cancers. Dans ces conditions, les liquidateurs supposés "volontaires" de Fukushima, dont on souligne volontiers le courage, pourraient être des "héros" bien malgré eux du désastre nucléaire.

 

Cet article a initialement été publié sur l'Express.fr, le 2 avril 2011.

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Published by Mathieu Gaulène - dans Crise nucléaire
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 00:00
Les antinucléaires au Japon peuvent se targuer d'avoir le soutien d'une large scène culturelle, et notamment du célèbre compositeur Ryûichi Sakamoto. Plus récemment, ce sont des rappeurs japonais qui se sont exprimés sur le nucléaire, à l'instar de Shing02 qui avait activement participé au projet artistique Stop Rokkasho initié en 2006. On le retrouve dans cette vidéo avec d'autres rappeurs de l'Archipel.

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Published by Le Japon à l'envers - dans Culture
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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 23:30

 

 

Cet article est la traduction d’un témoignage paru en décembre 2010 sur le site d’informations japonais en ligne JANJAN. Il a été écrit par Takeshi Kawakami, blogueur qui a travaillé pendant dix ans comme nomade du nucléaire, puis de 2003 à 2008 dans la centrale d’Hamaoka, au sud de Tôkyô. Il réside toujours à Omaezaki, à un kilomètre de cette centrale.

 

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J’ai travaillé plus de cinq ans dans la centrale d’Hamaoka, mais avant ça, j’ai aussi travaillé 10 ans dans différentes centrales. A cette époque, je n’avais pas de lieu de travail fixe et je changeais constamment de centrales nucléaires. Ces gens-là, on les appelle les « gitans du nucléaire » (genpatsu jipushi) et c’était comme ça que je vivais à l’époque.

 

Durant la deuxième année de cette vie flottante de « gitan », je travaillais à la centrale Genkai, dans la préfecture de Saga (sur l’île de Kyûshû), et j’en vint à entrer au cœur du réacteur. Le cœur du réacteur, c’est l’endroit où les combustibles d’uranium sont brûlés. Le déclenchement de la réaction nucléaire provoque l’émission d’une gigantesque énergie qui fait tourner la turbine et créé de l’électricité. Mais parce qu’on consomme du combustible d’uranium, cette zone devient aussi extrêmement radioactive. Entrer à l’intérieur du cœur du réacteur, installer des robots de mesures, c’était ça mon travail.

 

Un jour, alors que ce n’était pas moi qui était en charge de l’installation, un accident se produisit. Le robot qu’on venait d’installer ne réagissait pas alors qu’on essayait de le faire fonctionner de l’extérieur. On avait fait sur les parois du réacteur d’innombrables petits trous où venaient s’insérer les « pattes » du robot, ce qui permet de le faire fonctionner à distance. Cependant, les pattes n’ayant pas été positionnées au bon endroit, un contrôle des installations était nécessaire. Si l’on ne faisait rien, ce sont des instruments de haute précision de plusieurs dizaines de millions de yens qu’on laissait se détériorer. Avant que cela n’arrive, je suis retourné à l’intérieur pour remettre le robot à sa place.

 

Un immense édifice

 

Alors que je m’approche de la zone du réacteur, je dois mettre combinaison et équipement. Pour mettre la combinaison, je reçois l’aide de deux autres ouvriers. Les vêtements d’un opérateur se composent de deux couches sur lesquels on rajoute une combinaison Tyvek en plastique et en papier. On se couvre d’un masque et par crainte de laisser des interstices, on entoure les poignets, les chevilles et le cou de bande adhésive.

 

Après avoir enfilé cette sorte de combinaison spatiale, je me dirige vers le cœur du réacteur. Quand j’arrive aux abords du cœur, deux ouvriers de la compagnie japonaise des contrôles non-destructifs (Nihon Hihakai Kensa, JNDI) se tenaient là. Ce qui me surpris, c’est que malgré que nous nous trouvions dans une zone hautement radioactive, ils étaient habillés normalement et ne portaient même pas de masques. Le responsable me fit signe de la main. Me regardant dans les yeux, à travers le masque, il me fit alors à nouveau un grand signe de la tête. Il jaugeait ma capacité d4endurer le travail au cœur du réacteur.

 

Ensemble nous nous approchâmes du réacteur. C’était la première fois que j’en voyais un d’aussi près. Si ma mémoire est bonne, le diamètre de la cuve était d’environ 3 mètres et de forme sphérique ou ovale. Et nous nous tenions là, en face de cet immense édifice. La base du réacteur m’arrive à peu près aux épaules. A cet endroit, il y a une étroite bouche d’entrée. Il ouvre cette sorte de bouche d’égout et je compris alors que c’est par là que j’allais devoir plonger.

 

Une envie irrésistible de fuir

 

J’approche ma tête de cette bouche pour jeter un œil. A l’intérieur, tout est sombre, l’atmosphère est dense et donne l’impression que quelque chose de mauvais s’y trouve. Je commence à éprouver de la peur, mes traits se tendent. Mes oreilles bourdonnent, et d’un coup, je n’ai plus du tout envie de rentrer à l’intérieur. Alors que j’essaye de me reprendre, le chef me montre la paroi sur lequel est fixé le robot. C’est parce qu’il est mal installé que je dois rentrer. Mais quelque chose de sinistre flotte dans l’air et je résiste à l’envie violente de fuir qui s’empare de moi. Mais je n’avais plus le choix, je ne pouvais plus revenir en arrière.

 

Le robot de recherche de fissure (kizu robotto) fait 40 cm de long et 20 cm de large. On appelle ça un « robot araignée ». Le chef prend de longues minutes pour me donner des explications, la tête enfoncée dans le hublot. A l’époque, je n’avais pas conscience de la folie qu’il y avait à s’exposer ainsi aux radiations. J’éprouve un certain malaise aujourd’hui quand je pense au comportement « audacieux » des ouvriers.

 

Cet homme qui continue à regarder imperturbablement l’intérieur du cœur n’éprouve-t-il pas de la crainte ? me disais-je. Alors que j’étais protégé de la tête aux pieds, lui ne mettait pas même son masque. J’ai appris récemment qu’un gars qui travaillait à Hamaoka (centrale nucléaire située au sud de Tôkyô) et qui faisait beaucoup d’inspections non-destructives, a eu un cancer de la mâchoire. Ses collègues s’en sont inquiétés mais l’exploitant Chûbu Electric Power Company a refusé de reconnaître qu’il s’agit d’une maladie professionnelle. De nombreux collègues n’ont pas osé prendre la parole pour exprimer leurs craintes concernant les conséquences du travail en zone sur la santé. Mais ils portent un regard plein de haine sur la Chûbu maintenant.

 

Ce travailleur atteint d’un cancer lui s’est battu, a porté l’affaire devant les tribunaux mais a perdu. J’ai appris qu’il est mort d’une hémorragie provoquée par sa maladie. S’exprimant sur ce cas, le professeur Akio Ôhashi de l’université de Shizuoka a expliqué qu’il avait l’intime conviction que l’origine de son cancer venait de son travail à la centrale d’Hamaoka. Il y a 30 ans, lorsque j’écoutais les explications de l’employé de la JNDI, j’ai du être moi-aussi touché par ces radiations extrêmes.

 

Les crabes du réacteur

 

Une fois les explications terminées, je me préparais à entrer. On plaça un escabeau devant la bouche d’entrée, puis accroupis, j’attendais le signal du chef. D’un signe de tête de sa part, j’entre de moitié. Aussitôt, une sensation violente m’atteint et ma tête est comme comprimée. N’écoutant que mon courage, je plonge entièrement à l’intérieur du cœur du réacteur. Le bourdonnement dans mes oreilles s’intensifie. Beaucoup d’ouvriers disent que lorsqu’on plonge dans un réacteur, on entend comme des crabes ramper au sol. Une fois le travail terminé, lorsqu’on rentre chez soi ce bruit vous poursuit. Un écrivain en a même fait un roman en 1981, qui s’appelle « les crabes du réacteur » (genshiro no kani)

 

Dans mon cas, je n’ai pas entendu ce son mais plutôt un bruit continu, comme des soutras récités sur un tempo rapide. Et cette sensation affreuse d’avoir la tête comprimée. Je me relève rapidement et fixe le casque sur ma tête. Forcé de rester courbé, j’attrape le robot et crie « ok » aux techniciens restés dehors. Une fois désactivé, je le défais de la paroi et constate surpris qu’il est très léger. Je replace les pieds dans les trous convenablement et crie à nouveau « ok ». Une fois vérifié un à un que les pieds sont correctement mis en place, je hurle « ok » et ressort en courant de la cuve, pris de panique. Cela n’avait duré que 15 secondes.

 

Une fois ressortit, l’employé de la JDNI continue de pencher sa tête à l’intérieur de la cuve pour vérifier que le robot est bien mis. Je me dis que ce gars a toutes les qualifications requises pour un cancer du globe oculaire. Je m’éloigne rapidement de cette zone pour aller enlever ma tenue de protection. Ma combinaison étant désormais extrêmement contaminée, je la retire avec prudence. Une fois la combinaison Tyvek retirée et mise à l’envers, les ouvriers la prennent et la jettent dans un sac en plastique. Je pouvais enfin respirer à l’air libre.

 

180 millisieverts en 15 secondes

 

Distraitement, je sors mon compteur geiger et je constate qu’il indique plus de 180 millisieverts. J’avais peine à croire qu’en seulement 15 secondes, j’avais absorbé une dose aussi importante. Après cela, j’ai continué à travailler dans le nucléaire. J’ai eu l’occasion de replonger une seconde fois dans le cœur d’un réacteur. Je n’ai jamais réussi à surmonter l’angoisse qui s’emparait alors de moi, et ce bourdonnement dans les oreilles.

 

Takeshi Kawakami

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 00:00

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Travaux de construction de la centrale nucléaire de Fukushima (1967)

 

 

Les différents acteurs du nucléaire au Japon utilisent souvent l'argument de la dépendance énergétique pour justifier ce choix. Le taux de dépendance du Japon à l'étranger pour son approvisionnement en énergie primaire avoisine les 80%. Les importations de pétrole représentent environ la moitié de l'énergie consommée au Japon, ce qui rend le pays très sensible aux fluctuations du cours du pétrole.

 

Mais les promoteurs de cette énergie oublient parfois de mentionner une autre dépendance fondamentale : environ 90% de l'uranium utilisé dans les centrales nucléaires japonaises est importé (5). Certes, comme l'explique Yamaji Kenji, spécialiste du nucléaire et professeur à l'université de Tokyo, l'énergie nucléaire est enregistrée statistiquement au Japon comme «énergie domestique», en raison du faible coût de l'uranium (6). Mais les réserves d'uranium dans le monde étant estimées à soixante ans selon certaines prévisions, son prix augmente depuis une dizaine d'années (7). Ainsi, si on inclut l'énergie nucléaire produite au Japon, en considérant qu'il s'agit d'une énergie importée sous forme d'uranium, le taux de dépendance en énergie primaire du Japon passe de 80% à 98% (8).

 

Après la crise pétrolière de 1973, le Japon avait lancé un ambitieux programme de construction de centrales visant à atteindre la part de 50% d'électricité provenant du nucléaire à l'horizon 2000. Cette ambition démesurée a eu pour conséquence un développement de l'énergie nucléaire très rapide. Avec 58,1 milliards de dollars dépensés depuis le début des années 1980, c'est le plus fort investissement de tous les pays de l'OCDE (9).

 

Mais avec la montée de l'opposition et en raison des nombreux incidents, le Meti a revu ses ambitions à la baisse. En 2006, l'objectif était de faire passer la part du nucléaire dans la production totale d'électricité de 30% à 40% à l'horizon 2030, impliquant la construction de 9 à 12 réacteurs d'ici 2017 (10).

 

L'accident nucléaire majeur de Fukushima pourrait changer la donne. Joint par téléphone samedi 12 mars 2011, Philip White, de l'ONG japonaise Citizen's Nuclear Information Center (CNIC), a exprimé son inquiétude à propos de l'évolution de la situation à la centrale de Fukushima. Cet incident est selon lui «le pire qu'ait connu le Japon» et pourrait être «une des plus grandes catastrophes nucléaires au monde après celle de Three Mile Island et Tchernobyl».

 

«Ce sera très difficile pour le gouvernement de dire après que cela n'a pas eu lieu, ajoute-t-il. Ils ne pourront pas cette fois minimiser l'impact de l'accident car c'est trop important.» Le CNIC, qui rassemble des scientifiques opposés au nucléaire, rappelle dans un communiqué avoir «averti le gouvernement que les centrales nucléaires n'étaient pas construites pour résister à des séismes et des tsunamis très importants». Et l'ONG d'enjoindre au gouvernement de changer l'orientation de sa politique énergétique pour «engager une sortie du nucléaire douce et progressive».

 

 

Cet article est extrait d'un article initialement publié sur Mediapart, le 13 mars 2011.


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(5)  ANRE (Meti), Strategy for Securing Uranium Ressources in Japan, Novembre 2007.
(6)  Entretien avec Yamaji Kenji, Université de Tôkyô, 19 mars 2009.
(7)  Agence internationale pour l'énergie atomique, Uranium 2005 : Ressources, production et demande, OECD Publishing, 2006, 402 p.
(8)  Samuele Furfari, Le monde et l'énergie, p. 344.
(9)  AIE/OCDE, Nuclear Power in the OECD, Paris, Agence Internationale d'Energie, 2001, p. 231.
(10)  METI, New National Energy Strategy, mai 2006, 39 p.

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