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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 16:02

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NODA Yoshihiko et Barack Obama lors du sommet de l'Apec 2011

 

Le sommet de l’Apec (Asia-Pacific Economic Cooperation) qui s’est déroulé le 12 et 13 novembre 2011 aux Etats-Unis, à Honolulu, aura vu le gouvernement japonais prendre une décision historique, en acceptant de rejoindre les discussions sur le traité de libre-échange TPP (Trans-Pacific Partnership). En effet, après quelques hésitations en raison d’une très forte opposition des paysans, le premier ministre NODA Yoshihiko a annoncé la veille du sommet l’entrée du Japon dans ce traité. Cela va avoir des conséquences sur l’économie de l’archipel mais aussi sur la politique interne.

 

Bilan du sommet de l’Apec

 

L’infomation avait bruité dans les médias depuis plusieurs semaines. Le premier ministre avait décidé d’annoncer la participation du TPP le jeudi 11 novembre, puis repoussé au vendredi en raison de négociations internes au Parti démocrate japonais (PDJ) sur les conditions de cette participation.

 

Un compromis semble finalement avoir été trouvé avec la création d’un parfait oxymore : le premier ministre en annonçant la participation du Japon aux TPP, qui signifie la fin de tout protectionnisme, a également promis que les intérêts nationaux seront préservés. Difficile d’imaginer pourtant comment l’agriculture japonaise pourra faire face à l’afflux de produits agricoles à bas coûts des Etats-Unis ou de l’Australie. Ni comment le système de sécurité social survivra aux obligations de libéralisation des services publics que ce traité va engendrer. Le président des Etats-Unis Barack Obama, qui voit dans l'Asie un nouveau marché pour l'exportation, a félicité le Japon pour cette décision qualifiée d’ « historique ».

 

 Il n’est pas peu de dire que cette décision est plutôt mal reçue par une population peu encline à entrer dans une zone de libre-échange. Un sondage a d’ailleurs montré que moins d'un tiers de la population y était favorable. Et l'opposition n'est pas que dans la rue. A son retour au Japon, le premier ministre a du répondre aux questions des parlementaires de son propre camp dans une séance parlementaire qui a pris les allures d'un procès. On lui reproche notamment de tenir un double langage, l'un au sommet de l'Apec où il aurait promis au président américain que l'ensemble de l'économie, service y compris, sera inclus dans le processus de libéralisation, et l'autre dans son pays où il conditionne l'entrée du Japon dans le TPP "si cela ne va pas à l'encontre de l'intérêt national". Une communication qui semble n'avoir pas porté ses fruits et Noda se voit aujourd'hui affublé d'un nouveau surnom un brin moqueur, "M. Double-langue" (nimaijita)

 

Une alternance politique ?


Cette décision impopulaire risque de brouiller un peu plus les cartes du jeu politique au Japon. Certains ont voulu voir dans la victoire du PDJ en 2009, une alternance politique digne de la victoire de la gauche en 1981 en France. Or, si le PDJ était bien doté d’un programme social-démocrate centré sur la relance de la consommation et l’aide aux plus démunis, c'était oublier un peu vite qu’une large partie des parlementaires du PDJ sont des transfuges issus du Parti de droite, le Parti libéral-démocrate (PLD). Et que pour beaucoup, leur présence au sein de cette formation dîte « de centre-gauche » s’expliquait par simple opportunisme politique.

 

De fait, la plupart des mesures sociales du PDJ n’ont pas été mises en place et ne verront certainement jamais le jour – gratuité des autoroutes, déplacement d’une base militaire américaine de l’île d’Okinawa, création d’allocations familiales, droit de vote pour les étrangers, etc… Une fois HATOYAMA Yukio évincé, KAN Naoto puis aujourd’hui NODA Yoshihiko se sont employés à mettre en place une politique conforme à l’idéologie néo-libérale : participation à un traité de libre-échange aujourd’hui, en attendant la politique de régression sociale promise par Noda : doublement de la taxe sur la consommation prévu pour mars 2012, mais aussi rigueur budgétaire. Face à un tel volte-face du parti de « centre-gauche », les citoyens Japonais risquent d’être quelque perdus.

 

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 18:10

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Le ministre de l'économie EDANO Yukio, et le premier ministre NODA Yoshihiko au Festival international du film de Tokyo, 22 octobre 2011.

 

 

Le Premier ministre japonais, NODA Yoshihiko, qui ne rate jamais l’occasion d’encourager les dirigeants européens à prendre des mesures d’austérité rigoureuses, n’oublie pas ses concitoyens pour autant. Lors du sommet du G20 à Cannes, il leur a ainsi promis un doublement de la TVA dans les années qui viennent, tout en laissant entendre que d’autres « réformes » suivront. La taxe sur la consommation passerait ainsi de 5 à 10%.

 

Comme nous l'avions envisagé dans un précédent article, la nomination fin août de Noda, représentant de l'aîle droite du Parti démocrate japonais (PDJ), met fin à la parenthèse sociale ouverte en 2009 avec la victoire de ce parti, décrit parfois comme étant de centre-gauche. NODA Yoshihiko répond ainsi à une demande de l'ancien président du FMI, John Lipsky, qui en visite de courtoisie en juin au Japon, avait demandé le triplement de la TVA, soit une taxe sur la consommation de 15%. Noda était à l'époque ministre des finances et avait accueilli avec bienveillance cette demande.

 

NODA Yoshihiko et John Lipsky

NODA Yoshihiko et John Lipsky, 8 juin 2011

 

L'actuel premier ministre appartient à la faction libérale du PDJ. Il est un des rares hommes politiques de l'opposition à avoir soutenu en 2005 le premier ministre KOIZUMI Jun.ichirô lorsqu'il mettait en place des réformes libérales, telles que la privatisation de la poste, lui reprochant seulement de ne pas aller assez vite. Fils d'un soldat des Forces d'autodéfense japonaises, il est favorable à la modification de l'article 9 de la constitution qui empêche théoriquement le Japon de participer à des opérations militaires extérieures. Il a également soutenu la visite de différents premiers ministres japonais au sanctuaire Yasukuni, haut-lieu de l'extrême-droite japonaise, où sont honorées les âmes d'anciens criminels de guerre.

 

Devenu ministre des finances en juin 2010, NODA Yoshihiko est favorable à une réduction des dépenses par la rigueur budgétaire et la baisse du nombre de fonctionnaires. Bien que fervent partisan d'une hausse de la taxe sur la consommation, il est cependant favorable à une baisse de la taxe sur les entreprises. Il s'est par ailleurs toujours opposé à une augmentation des allocations familiales qui constitue pourtant l'une des mesures ayant favorisé la victoire du PDJ. Il s'est aussi opposé au droit de vote pour les étrangers dans les élections locales qui figurait également dans le programme du parti. Il est par ailleurs partisan d'une politique libre-échangiste, et devrait annoncer la semaine prochaine la participation du Japon aux négociations du TPP.

 

Le doublement de la TVA est cependant un sujet très épineux au Japon. A l'instar de l'augmentation de l'impôt sur le revenu, c'est une mesure très impopulaire et de plus injuste car elle touche d’abord les plus pauvres. Le premier ministre devra d’ailleurs s'en expliquer auprès d’une partie des membres du PDJ qui y sont opposés. Encore une fois, il apparaît au grand jour que le PDJ est un parti hétérogène, tiraillé entre des libéraux favorables à la rigueur budgétaire et des anciens politiques du défunt Parti socialiste japonais, favorables à la mise en place du programme social sur lequel le parti a été élu. Cette loi sera votée en mars 2012, a annoncé le premier ministre, qui prévoit d’organiser des élections en amont pour lui donner un certain vernis démocratique.

 

Philippe Tanaka

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 11:08

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Yoshihiko Noda et John Lipsky, 8 juin 2011

 

La dette de l’Etat japonais qui a atteint fin août 210% du PIB est sans nul doute la plus importante de tous les pays de l’OCDE, et le coût causé par la reconstruction et la gestion de la catastrophe nucléaire risquent de l’aggraver encore. La question consistant à  savoir si le Japon subira à son tour un traitement de choc via une politique de rigueur se pose de plus en plus. Qu’en est-il pour le moment et comment expliquer le calme relatif des marchés concernant cette dette ?

Un faisceau d'éléments laisse penser que le Japon pourrait s’engager dans une politique de rigueur budgétaire. Début juin déjà, le directeur du Fonds monétaire international (FMI) John Lipsky en visite pendant 10 jours dans l’Archipel n’avait pas mâché ses mots en encourageant fermement le gouvernement japonais à tripler la TVA pour « réduire sa dette publique et maintenir la confiance des marchés. »  Une mesure que le gouvernement japonais n’a pas encore prise, en raison de l’impopularité de cette taxe.

Depuis, le pays a vu sa note dégradée à Aa3 par l'agence de notation Moody's, en raison d’inquiétudes sur la capacité de l'Etat japonais à rembourser sa dette sur le long terme. Standard & Poor’s et Fitch lui ont emboîté le pas en attribuant au pays la note AA-.

Le remplacement de KAN Naoto au poste de premier ministre par l'ancien ministre des finances, NODA Yoshihiko, réputé favorable à la mise en place de mesures d'austérités budgétaires, n’augure de fait rien de bon pour le peuple japonais. Lors de sa première conférence de presse, le premier ministre Noda a ainsi affirmé que la réduction de la dette publique serait une des priorités du gouvernement, au côté de la reconstruction ou de le gestion de la crise nucléaire de Fukushima. Cette réduction devrait se faire par une hausse des impôts a ajouté Noda, sans donner toutefois plus de précisions.

Pourtant, le gouvernement japonais, à la différence des autres pays de l’OCDE, avance à pas mesurés sur cette question de la dette publique, malgré son ampleur au Japon. Deux explications à cela. D’abord, d’un point de vue économique, la dette de l’Etat japonais est détenue à plus de 90% par… les épargnants japonais ! Une situation qui était d’ailleurs celle des autres pays avant qu’ils ne fassent le choix durant le tournant libéral à la fin des années 1980 d’aller emprunter massivement sur les marchés financiers.

L’autre explication de cette retenue est politique. Le Parti démocrate japonais (PDJ) avait été élu en 2009 sur un programme social, fortement marqué à gauche. Disons le simplement, parmi les nombreuses mesures promises, peu on été appliqué. Le déplacement de la base américaine de Futenma, dans la préfecture d’Okinawa a été un véritable échec pour le premier ministre HATOYAMA Yukio. La promesse de donner le droit de vote aux étrangers a été renvoyé aux calendes grecques. Le projet de rendre les autoroutes gratuites quasiment avorté. Le PDJ est de fait tiraillé entre plusieurs tendances, certains poussant à la rigueur, d’autres par conviction ou par calcul politique voulant mettre en place des mesures sociales. 

 

Philippe Tanaka

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  • : Le Japon à l'envers
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  • : Le Japon est aujourd'hui très connu en France, à travers sa culture populaire - manga, animé - et sa cuisine. Mais que sait-on au juste de cette "face cachée de la lune", située quelque part entre l'extrême-orient et l'extrême-occident ? Au-delà des clichés, ce blog apporte un éclairage sur quelques aspects méconnus de la société, de la vie politique et de la culture populaire dans l'archipel.
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