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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 15:43

Au lendemain d’une victoire « écrasante » pour le Parti libéral-démocrate lors des élections du 16 décembre 2012, le Tokyo Shimbun revenait sur le paradoxe d’une population, majoritairement antinucléaire et pacifiste, mais élisant le plus pro-nucléaire de tous les partis. Dans un éditorial intitulé « la perspective d’une sortie du nucléaire voulue par le peuple s’éloigne » dont nous donnons une traduction ci-dessous, le chef du service politique de Tokyo Shimbun, M. TAKADA Sakaya, pointe l’abstention dépassant les 40% et promet au parti au pouvoir la poursuite d’une opposition au nucléaire dans la rue.

 

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Manifestation contre le redémarrage de la centrale d'Ôi devant la résidence du Premier ministre, 29 juin 2012. Sur la pancarte au centre, "Rendez-nous Fukushima" (Fukushima wo kaese)

 

« Ces élections parlementaires étaient les premières à l’échelle nationale depuis le 11 mars 2011.  Elles étaient d’une importance capitale car c’était l’occasion de remettre en question aussi bien la politique nucléaire actuelle que la reconstruction dans les régions sinistrées. Pourtant, avec 40% d’abstentionnistes et le retour du Parti libéral-démocrate (PLD, droite) au pouvoir, on ne peut que constater que de nombreux électeurs n’ont pas compris l’importance de cet enjeu.

D’après un sondage que notre journal a réalisé juste avant l’annonce des résultats, 60% des personnes interrogées demandent une sortie du nucléaire pour les années 2030, au plus tard. Aujourd’hui encore, chaque vendredi soir devant la résidence du Premier ministre, des gens de tous horizons se rassemblent pour manifester contre le nucléaire.

En dépit de cela pourtant, la décision du d’une nouvelle politique énergétique a été reportée [par l’ex parti au pouvoir, le Parti démocrate du Japon, NDT] et le PLD dont l’intention est de maintenir les centrales nucléaires a connu une victoire écrasante. Le peuple qui voulait une sortie du nucléaire voit cette option reculer loin, très loin.

Dispersion des votes et abstention

La raison semble être une grande dispersion des votes engendrée par la profusion de partis portant l’idée d’une sortie du nucléaire à ces élections. A la proportionnelle également, les partis n’ont pas pu récupérer les voix des antinucléaires, ce qui laisse penser que là aussi, ils sont nombreux à s’être abstenus.

D’ailleurs, au-delà de la question nucléaire, sur des sujets comme la taxe sur la consommation ou l’article 9 de la constitution [qui empêche en théorie le Japon de se doter d’une armée et de faire la guerre, NDT], on s’est éloigné aussi de la volonté populaire. D’après notre sondage, plus de 50% des personnes sont contre l’augmentation de la taxe sur la consommation, tandis que le sujet d’une révision de l’article 9 divise les personnes interrogées à parts égales.

Selon les résultats des élections, les trois partis qui ont voté une hausse de la taxe sur la consommation – PDJ, PLD, et le parti bouddhiste Nouveau Komeito –  disposeront ensemble de plus de 370 sièges à l’assemblée [sur 480 au total, NDT]. Ceux qui veulent réviser l’article 9 de la constitution, le PLD, ou avoir une constitution indépendante [comprendre indépendant de la tutelle américaine, NDT] , le Parti pour la restauration du Japon (PRJ, extrême-droite) obtiennent ensemble jusqu’à 330 sièges.

La lutte antinucléaire continue

Sans même attendre la fin de l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, nous devons tirer au plus vite la conclusion sur le traitement des combustibles nucléaires usagés qui ne cessent d’augmenter. Par ailleurs, ne pas oublier que de nombreux habitants de Fukushima ne peuvent plus rentrer chez eux.

Le PLD qui vient de reprendre le pouvoir souhaite peut être connaître à nouveau une situation irrémédiable causée par un accident dans une centrale nucléaire. Ainsi, bien qu’une volonté populaire se soit exprimée lors de ces élections avec la victoire écrasante du PLD, nous nous devons de soutenir une autre volonté populaire, légitime, exprimée dans les sondages d’opinion.

Face à l’orgueil du PLD né de sa victoire immense, nous continuerons avec dignité à faire progresser nos idées politiques. »

 

Tokyo Shimbun, 17 décembre 2012

(Traduction: Philippe Tanaka)

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 02:05

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ABE Shinzô, Premier ministre, sur un navire des forces d'autodéfenses japonaises

 

La droite japonaise vient de prendre la plupart des sièges au Parlement. Mené par le très nationaliste Shinzo Abe, le Parti libéral-démocrate (PLD) obtiendrait près de 300 sièges au Parlement, ce qui lui donne une majorité absolue. Dans ses votes pour un réarmement du Japon, il pourra compter sur le nouveau parti d'extrême droite, le Parti pour la restauration du Japon (PRJ) mené par le populiste HASHIMOTO Tôru, et qui devient quasiment le deuxième parti du pays avec 54 sièges.

 

L'opposition, incarnée par le Parti démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche) connaît une défaite cuisante, passant de 300 à 57 sièges. Le bi-partisme de fait est rompu au Japon. Quant aux partis antinucléaires de gauche, le Parti pour l'avenir du Japon, le Parti communiste japonais ou le Parti social-démocrate, ils obtiennent des scores anecdotiques, avec 8 élus en moyenne chacun. Avec ses élections, le Japon tourne le dos à la sortie du nucléaire et se prépare à une remilitarisation, au risque d'exacerber les tensions avec ses voisins chinois, taiwanais et coréen. Décryptage des enjeux de ces élections.

 

Rares sont les élections au Japon soulevant des enjeux aussi complexes et divers. Le 16 décembre, les électeurs Japonais se sont rendus aux urnes pour la premières fois depuis l’accident de Fukushima. Aux préoccupations sociales et économiques qui avaient permis la victoire historique du Parti démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche) en 2009, s’ajoutent désormais l’enjeu d’une sortie du nucléaire et surtout la montée d’un fort nationalisme.

 

Sortie du nucléaire : un débat éclipsé

 

Difficile à croire, mais à l’été 2012 ce sont par dizaines de milliers que les Japonais sont descendus dans la rue pour manifester, bousculant barrières et policiers les enjoignant à rester sur les trottoirs. Une colère qui finit par arriver aux oreilles du Premier ministre NODA Yoshihiko qui reçut les représentants des manifestants, puis appela à une sortie du nucléaire avant de reculer face à la pression des lobbyistes de cette industrie.


Le débat sur le nucléaire devait être l’enjeu principal de ces élections. Or force est de constater que la forte opposition au nucléaire dans la population – près de 70% des Japonais sont pour une sortie du nucléaire selon divers sondages – ne se retrouvent pas dans les urnes. C’est en effet le parti le plus pro-nucléaire, le Parti libéral-démocrate (PLD), artisan de la politique nucléaire du Japon depuis 60 ans, qui s’apprête à reprendre les rênes du pouvoir. Le parti a bien promis aux électeurs de « réfléchir » à la question de la remise en marche des réacteurs pendant trois ans mais son choix ne laisse guère de doutes : en aout 2012, selon le journal Asahi, 6% seulement des parlementaires PLD envisageaient une sortie du nucléaire à long terme, contre 46% pour les parlementaires PDJ. Comment expliquer ce curieux paradoxe au-delà du fait que la démocratie de la rue ne croise pas forcément celle des urnes ?


Gloire et décadence du Parti démocrate du Japon


Deux éléments permettent de donner un début d’explication. D’abord, à bien y regarder, si le PLD gagne les élections, c’est surtout parce qu’il bénéficie d’une déculotté du PDJ, seulement trois ans après son élection historique. Certains commentateurs un peu rapides y verront sans doute une conséquence de la « gestion calamiteuse de l’accident de Fukushima » - au passage, on attend toujours un début d’argument expliquant en quoi la gestion de cet accident par le Premier ministre KAN Naoto aurait été si mauvaise.


Plus concrètement, le PDJ a chuté dans les urnes, car après avoir été élu sur un programme très à gauche pour le Japon – création d’allocations familiales, gratuité des autoroutes, droit de vote des étrangers, etc… il n’a appliqué quasiment aucune des mesures promises. Au lieu de cela, le Premier ministre Noda, représentant l’aile droite du parti, a pris une série de décision économiques dont le PLD n’aurait même pas rêvé : accord pour l’ouverture de négociations pour un traité de libre-échange avec les Etats-Unis, le Trans-Pacific Partnership (TPP), malgré les réticences d’une large majorité de Japonais qui y voient une menace pour leur agriculture et leur système de santé public ; Déplacement d’une base américaine dans l’île d’Okinawa et non hors de l’île comme le promettait le PDJ dans son programme ; et surtout le doublement de la taxe sur la consommation, qui restera sans doute la mesure la plus impopulaire de l’ère Noda. Enfin, après avoir promis une sortie du nucléaire d’ici 2030, puis 2040 en septembre, le gouvernement recula en l’espace d’une semaine, renvoyant la décision aux calendes grecques, ou plutôt laissant la responsabilité aux vainqueurs des élections.


Ces atermoiements laisseront des traces durables au PDJ dont le caractère hétérogène est devenu apparent. La présence surréaliste de l’ancien Premier ministre HATOYAMA Yukio  aux côté des manifestants antinucléaires devant la résidence du Premier ministre Noda en fut un signe. Celui-ci depuis a démissionné. De même pour OZAWA Ichirô, suivi par 20 parlementaires, pour s’opposer au doublement de la taxe sur la consommation et au refus de sortir du nucléaire. 


Mais la déception ne suffit pas à expliquer le retour du PLD au pouvoir, ni le succès du parti populiste d’extrême-droite, Parti pour le restauration du Japon (PRJ). A partir d’août 2012, les tensions autour des iles Senkaku/Daioyu avec la Chine et Taïwan, et Takeshima/Dokdo avec la Corée du sud, ont éclipsé la question du nucléaire, et relancer une vague de sentiments nationalistes chez les Japonais.

 

Le populisme d’extrême-droite, vainqueur des élections nippones

 

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Là où la France et l’Allemagne ont réussi, le Japon et ses voisins asiatiques ont semble-t-il échoué à tourner la page de la seconde guerre mondiale. Il n’est pas rare de croiser des jeunes Japonais qui tiennent avec un naturel confondant des propos négationnistes sur le massacre de Nankin ou franchement racistes sur les Coréens qui « sentent mauvais », tout en écoutant le dernier tube de K-pop.


Ce nationalisme latent chez la plupart des Japonais est régulièrement ravivé par des évènements cycliques : manifestations antijaponaises de l’autre côté de la mer de Chine, lancement de fusée-missiles nord-coréennes, etc. En réalité, personne au Japon ne croit ni ne veut recourir à l’option militaire pour résoudre ces conflits. Mais abasourdis par la violence des manifestations antijaponaises de septembre 2012 en Chine et par le déclin de la puissance économique japonais en Asie, les Japonais sont en manque de leadership.

 

 

C’est sur terrain-là que les partis nationalistes ont construit leur stratégie électorale en décembre 2012. A coup de campagne publicitaire appelant avec des accents guerriers à la « reconquête du pays », le chef du PLD et sans doute prochain Premier ministre ABE Shinzô a fait de la relance économique et de la modification de la constitution pacifiste son cheval de bataille. L’idée, en modifiant le fameux article 9 de la constitution, est de rompre définitivement avec le pacifisme d’après-guerre et se doter d’une armée. En réalité, cela fait depuis longtemps que le pacifisme n’est plus que de façade et que le Japon est doté d’une des armées les plus puissantes au monde. Mais ce changement de l’article 9, serpent de mer de la politique nippone depuis des décennies, a surtout valeur de symbole. En pleine incertitude face à l’avenir du pays, c’est d’un discours guerrier, un discours de leader dont les Japonais sont en attente aujourd’hui.


Car le véritable vainqueur de ces élections sera en fin de compte le populisme d’extrême-droite, avec le Parti pour le restauration du Japon (PRJ), créé il y a seulement trois mois par le très populaire maire d’Ôsaka, HASHIMOTO Tôru, et qui devient quasiment le deuxième parti au parlement, avec plus de cinquantes sièges. Pour ces élections, c’est le maire de Tôkyô, ISHIHARA Shintarô , négationniste et pro-nucléaire convaincu qui a pris la tête de la coalition. Mais c’est bel et bien la figure d’Hashimoto  qui passionne une grande partie des Japonais, y compris dans l’électorat de gauche. Avec un certain archaïsme, sans même connaitre en détails son programme d’orientation libérale, les Japonais perçoivent en lui un leader, capable de restaurer la puissance perdue de l’archipel. La page de la seconde guerre mondiale n’ayant jamais été tournée, de ce côté-là du monde, on continue à rêver d’un grand Japon impérial, capable de défier le monde, d’être l’égal des Etats-Unis et de dominer l’Asie. Pour beaucoup de Japonais, le pays du soleil-levant est le seul univers qu’ils connaissent et le reste du monde un décor de carton-pâte à consommer. Difficile d’assumer pour eux d’être une population vieillissante, d’avoir une économie qui n’est plus aujourd’hui à l’abri de la récession, ou de perdre la face quand un accident nucléaire vient montrer au monde entier les défaillances multiples de la technostructure.


HASHIMOTO Tôru constitue à cet égard la figure du sauveur parfait. Ce jeune quarantenaire, sans cravate et à l’air gouailleur, est un habitué des coups de gueule contre l’establishment et est un excellent orateur. Sa façon de parler populaire, libre, agressive, plaît aux Japonais lassés d’hommes politiques du sérail parlant avec une langue de bois et sur un ton monocorde. Un sarkozy japonais en somme, qui ne manque jamais de rebondir sur n’importe quel fait divers pour montrer qu’il agit. Un fonctionnaire de la préfecture d’Ôsaka montre ses tatouages à des enfants pour les impressionner ? Hashimoto, alors gouverneur de ce département, fait licencier le tatoué sur le champ et envoyer aux 38 000 fonctionnaires de la région un formulaire où il doivent déclarer en détails sur un dessin la présence d’éventuels tatouages. Véritable girouette, il est capable de s’opposer au redémarrage des réacteurs de la centrale Ôi en juin 2012, puis de s’allier en novembre avec Ishishara, l’un des plus fervents défenseur du nucléaire. Au passage, la sortie du nucléaire a discrètement été abandonné dans son programme. J’avais eu l’occasion de rencontrer en avril de jeunes partisans d’Hashimoto, assez fiers de comparer leur leader à Adolf Hitler. Des propos exagérés, sans doute. Mais après tout, Hashimoto n’avait-il pas affirmé lui-même que « ce dont a besoin le Japon, c’est d’un dictateur ». Après l’accident de Fukushima, quelques commentateurs optimistes se sont émerveillés des possibilités de rebond que cette catastrophe pouvait engendrer. Le changement attendra pourtant. Au Japon, le repli sur soi et le conservatisme semblent l’avoir pour l'heure emporté.

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:53

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Sanctuaire Gokoku de Miyagi, 12 mai 2012 (DR/ Serge Tanka )

 

Lors d'un passage à Sendai, cette magnifique "Cité des arbres", il m'a été donné à voir de bien curieux drapeaux dans un sanctuaire sur le mont Aoba, surplombant la ville. Le drapeau du haut n'est malheuresement pas rare au Japon. Bien qu'étant le drapeau de l'Armée impériale japonaise, c'est-à-dire le symbole de l'asservissement et du massacre de millions de civils en Asie pendant la Seconde guerre mondiale, il continue d'être arboré en toute légalité. On peut le trouver dans des sanctuaires shintô, dans les manifestation de l'extrême-droite japonaise, et sur les tee-shirts de certains Occidentaux dont la "passion du Japon" semble s'accorder invariablement avec une bêtise crasse.

 

Le second en dessous est plus rare. Faisons donc un peu de vexillologie, cette discipline passionante qui consiste à étudier les drapeaux. Ce drapeau correspond dans le Code internationale des signaux maritimes, à la lettre Z. Mais il revêt dans ce sanctuaire une signification bien différente. Le 27 mai 1905, alors que le Japon mène l'offensive contre la flotte russe, l'Amiral TÔGÔ Heihachirô fait lever le drapeau Z sur le cuirassé Mikasa. A l'issue de cette bataille, le Japon remporte la guerre contre la Russie et ce drapeau devient un symbole de la force de la marine impériale japonaise. Ce drapeau sera de nouveau hissé en 1941, sur le porte-avion Akagi, duquel s'élançèrent les avions responsables de l'attaque surprise de Pearl Harbor.

 

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Une dizaine de fêlés arborant l'attirail du parfait militant d'extrême droite nippon, 24 avril 2011. Comme on peut le voir, le drapeau Z figure en bonne position

 

 

Ce sanctuaire est en fait le Miyagi ken gokoku jinja (宮城県護国神社), c'est-à-dire le "Sanctuaire pour la défense du pays de la préfecture de Miyagi". Chaque préfecture au Japon dispose de son propre gokoku jinja dont le rôle est de rendre hommage aux âmes des soldats morts à la guerre. Ils ont été créés à l'ère Meiji, par une volonté d'instrumentaliser la religion shintô au service de l'impérialisme nippon et de son idéologie nationaliste. Ils ont été renommé gokoko jinja en 1939, à l'époque où le Japon baignait dans un totalitarisme mêlant allégrement fascisme, militarisme et shintô. Ces sanctuaires sont en quelque sorte les petits frêres du Yasukuni jinja. 

 

Il existe donc deux shintô au Japon: celui cher à MIYAZAKI Hayao, des esprits de la forêt, un shintô volontiers pacifiste, et celui plus politique, célébrant l'époque du "Grand Japon" à coups de révisionnisme et que l'on retrouve dans le Yasukuni et dans les sanctuaires gokoku. Car rendre hommage aux soldats morts pour le Japon, criminels de guerre y compris, reste tout de même douteux au regard des guerres d'agressions que mena ce pays partout en Asie. Soyons clément cependant avec le Japon. En France aussi, on continue paraît-il, à rendre hommage à des pauvres gars, morts pour rien dans la grande boucherie humaine de 14-18, lors de grandes fêtes républicaines.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 11:27

A lire le bilan de la Fondation franco-japonaise Sasakawa (FFJS), branche française de la très influente Fondation Sasakawa, on serait tenté de penser qu'on a là à faire à une banale institution culturelle japonaise. Pourtant, à de nombreuses reprises ces dernières années, des affaires ont rappelé ce qui se cache derrière cette fondation. Dernière en date, le procès de Karoline Postel-Vinay a servi de piqûre de rappel.

 
Le 22 septembre 2010, la Fondation franco-japonaise Sasakawa a vu sa plainte pour diffamation contre l’universitaire Karoline Postel-Vinay être déboutée par le Tribunal de Grande Instance de Paris. La chercheuse du Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po était poursuivie par la Fondation franco-japonaise Sasakawa (FFJS) pour avoir rappelé dans une pétition que cette fondation, reconnue d’utilité publique en France, porte le nom d’un criminel de guerre de classe A, lié à la pègre japonaise et qui se considérait lui-même comme le "fasciste le plus riche du monde"(1). Cette pétition avait entraîné le retrait du Quai d’Orsay d’un colloque à l’Institut français des relations internationales (Ifri) pour les 150 ans des relations diplomatiques entre la France et le Japon en décembre 2008, manifestation financée par la FFJS. Cela suscita l’ire d’une fondation peu habituée à voir son image contestée en France.
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Ryôichi Sasakawa et Benito Mussolini
 

On ne s’attaque pas impunément à la Fondatiton Sasakawa, une des fondations humanitaires les plus puissantes au monde et principale donatrice privée de l’Organisation des Nations unies (ONU) (2). Son fondateur, Ryôichi Sasakawa a plusieurs visages, et fut tour à tour une figure influente de l’extrême droite nippone, un richissime homme d’affaires et un philanthrope à dimension internationale. Utilisant sa fortune acquise dans les années 1920 en spéculant sur le riz, il créa sa propre aviation militaire, puis prit la tête avec Yoshio Kodama du Parti des masses patriotiques (Kokusui Taishûtô). Il est soupçonné d’avoir organisé certains attentats à l’époque contre des premiers ministres et d’avoir, au côté de son ami Yoshio Kodama, participé au pillage des ressources minières en Chine. Dans ses activités politiques on peut noter, entre autres, qu’en 1939, il s’était rendu en Italie en tant qu’émissaire du Japon pour proposer à Benito Mussolini de créer une organisation fasciste internationale. (3)

 

Arrêté par les forces alliées d’occupation du général MacArthur comme criminel de guerre de classe A, il sera finalement libéré sans jugement en décembre 1948. Ce volte-face de l’administration américaine s’explique par le contexte de la guerre froide et de la lutte contre la communisme. Les criminels de guerre libérés deviennent alors les cadres du nouveau parti de droite, le Parti libéral démocrate (PLD). Ryôichi Sasakawa choisit pour sa part la voie des affaires et obtient en 1951 le monopole des paris sur les courses de hors-bords avec lequel il fait de nouveau fortune (4). Mais il ne renie pas ses idéaux politiques et déclare en 1974 dans Time être le "fasciste le plus riche du monde". Au Japon, où c’est un personnage très controversé, il était aussi un proche de Kazuo Taoka, chef du Yamaguchi-gumi, le plus puissant clan de yakuza de l’Archipel. Son amitié avec Yoshio Kodama, son ex-compagnon de cellule, se poursuit également dans l’après-guerre notamment à travers la World Anti-Communist League (WACL), un cercle de réflexion d’extrême droite rassemblant des anciens nazi et criminels de guerre.

 

Mais quelque chose manque à Sasakawa ; il rêve, pour changer son image, d’obtenir le prix Nobel de la paix. Il investit alors une partie de sa fortune dans l’humanitaire et créé en 1962 la Fondation Sasakawa. Doté d’un budget de 500 millions de dollars, elle devient dans les années 1990 la fondation philanthropique la plus puissante au monde, devant la Fondation Ford. Outre ses financements humanitaires divers – elle est la principale donatrice de l’ONU – la Fondation Sasakawa est liée à des affaires plus douteuses. En 1995, on la soupçonne notamment d’avoir "arrosé" certaines délégations africaines pour obtenir la réélection de Hiroshi Nakajima à la présidence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (5). Karoline Postel-Vinay et Philippe Pelletier l’accusent d’avoir agi de même pour l’élection de Matsuura Koichirô à la tête de l’Unesco. Via une de ses branches, la Tokyo Foundation (Tôkyô Zaidan), elle diffuse également des thèses négationnistes avec la publication en 2005 d’un livre niant le "viol de Nankin" de 1937 (pillages, viols et massacre de 300 000 civils chinois par l’armée impériale japonaise) (6) .

 

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Quant à la Fondation franco-japonaise Sasakawa, elle résulte de la volonté de Ryôichi Sasakawa d’avoir sa fondation à Paris. Sa création ne suscita à l’époque aucun émoi dans la classe politique française. Bien que le ministère des Affaires étrangères s’y soit opposé dans un premier temps, François Mitterrand et le ministre de la culture François Léotard avaient finalement accepté de recevoir M. Sasakawa et d’entamer des discussions sur la fondation. François Léotard y était plutôt favorable et proposait même de remettre la Légion d’Honneur à M. Sasakawa. Cela ne provoqua aucune réaction au Parti socialiste et le maire de Blois, Jack Lang, accepta même de recevoir des subsides de la Fondation Sasakawa pour la réfection des vitraux de la cathédrale de la ville (7). Michel Rocard, qui n’était pas a priori favorable à l’établissement de cette fondation, abdiqua finalement en 1990 et accepta que la fondation soit "reconnue d’utilité publique". Depuis, on retrouve beaucoup de proches de Jacques Chirac dans le conseil d’administration comme Jean-Bernard Ouvrieu ou la comédienne Line Renaud.

 

Aujourd’hui, la fondation finance un certain nombre de manifestations sur le Japon, souvent très consensuelles, et entretient des partenariats avec des institutions célèbres comme le Théâtre du Châtelet ou la Maison de la culture et du Japon. Par ailleurs, elle a financé les travaux de plusieurs chercheurs spécialistes du Japon, ainsi que des universités telles que l’Institut franco-japonais de management de Rennes, l’Université de Tours et l’Ecole polytechnique . A travers son programme de bourses universitaires – le Ryoichi Sasakawa Young Leaders Fellowship Fund (SYLFF) – la Fondation Sasakawa a également tissé des liens avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et l’INSEAD. Conséquence de cette affaire, le Ceri a cependant acté en 2010 qu’il ne s’associerait plus avec la FFJS. "Chacun fait ce qu’il veut, expliquait Karoline Postel-Vinay, mais le nom de Sciences Po ne doit pas être lié à cette fondation".

 

Reste qu’au-delà du cercle restreint des études japonaises, cette affaire n’a pas réellement eu d’écho dans l’opinion publique. Peu de soutiens hors du champ universitaire se sont exprimés lors du procès, à l’exception de la Ligue des droits de l’homme et de la Fondation de la Résistance. Une situation qui révèle l’absence de prise de conscience en Europe de l’ampleur de la guerre en Asie – 20 millions de morts - et de la gravité des crimes de guerre perpétrés par le régime militariste japonais - massacres de civils en Chine, prostitution forcée en Corée, expérimentations barbares sur des milliers de cobayes humains par l’Unité 731. Que l’on remplace le nom de Sasakawa par celui d’un criminel de guerre nazi et l’on comprendra peut- être un peu mieux de quoi il s’agit.

 

 

Cet article a été publié une première fois sur Nonfiction.fr en mars 2011

 

 

__________

 

(1) Time, 26 août 1974

(2) Le nom du criminel de guerre apparaît d’ailleurs dans des programmes de l’ONU, comme le prix Sasakawa du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) qui récompense chaque année à hauteur de 200 000 dollars des projets écologiques innovants.

(3) Les journalistes David Kaplan et Alec Dubro rapportent dans leur ouvrage sur la mafia japonaise, que Ryôichi Sasakawa "admirait Mussolini et sa milice privée, et portait des chemises noires à l’imitation des fascistes italiens". Cf., David Kaplan et Alec Dubro, Yakuza. La mafia japonaise, Philippe Picquier, Arles, 2002, p. 130

(4)  En 1980, le chiffre d’affaires de sa société était de 7,4 milliards de dollars ; Ibid., p. 131

(5) Philippe Pons, "Ryoichi Sasakawa" (rubrique nécrologique), Le Monde, 20 juillet 1995. Le fils de Ryôichi Sasakawa, Yohei Sasakawa, est d’ailleurs ambassadeur de bonne volonté de l’OMS. Il est devenu le président de la Fondation Sasakawa renommée en 1995 la Nippon Foundation. Il est également conseiller auprès du président de la Tokyo Foundation, branche universitaire de la Fondation Sasakawa.

(6) Philippe Pelletier et Karoline Postel-Vinay, "Un criminel de guerre japonais aux 150ème anniversaires des relations franco-japonaises.", Mediapart, 18 décembre 2008.

(7) Blog de Nicolas Beau, "Le retour de feu Sasakawa, grand pote de Chirac et criminel de guerre", Backchich.info, 17 décembre 2008.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 03:26

 

C'est à une drôle d'enquête que vont devoir répondre les 38 000 fonctionnaires de la municipalité d'Ôsaka. Il leur est en effet demander d'indiquer s'ils ont des tatouages, à quel endroit et de quelle taille sur deux dessins d'être humain de face et de dos.

 

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Le maire HASHIMOTO Tôru a indiqué vouloir mener cette enquête car en février un employé avait montré ses tatouages à des enfants. Cette demande un brin loufoque pourrait faire sourire. Mais il s'agit là d'une affaire sérieuse. D'abord car les tatouages sont encore mal acceptés au Japon, en raison de cette pratique très commune chez les Yakuzas. Demander à un fonctionnaire s'il a des tatouages peut ainsi être sérieusement ressenti comme une discrimination au Japon.

 

Ce n'est par ailleurs pas la première fois que le maire d'Ôsaka s'intéresse de près à la vie privée de « ses » employés. En novembre dernier, une autre enquête demandait aux employés de préciser leurs préférences politiques. Celle-ci avait à l'époque était vertement critiquée par le Parti communiste japonais qui y voyait une manière d'intimider les syndicalistes ou les militants du PCJ. Hashimoto n'a d'ailleurs jamais caché sa volonté de s'attaquer aux syndicalistes et de les faire surveiller.

 

Hashimoto Tôru qui vient d'être élu à la tête de la mairie d'Ôsaka, troisième ville du Japon, est souvent décrit comme ayant une forte personnalité. Il tient tête par exemple au gouvernement central en s'opposant à la relance de deux réacteurs dans la préfecture de Fukui. Mais il est souvent critiqué aussi pour la concentration de pouvoir qu'il a instauré à Ôsaka et sa volonté de fusionner la mairie d'Ôsaka et la préfecture d'Ôsaka pour créer une grande métropole sous le contrôle de son parti, l'"Association du coeur" (Ishin no kai). Favorable au régime présidentialiste, il envisagerait de créer son propre parti à l'échelle nationale et de devenir le premier président du Japon.

 


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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 00:00

 

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Manifestation anti-TPP à Tôkyô, le 26 octobre 2011

 

 

Alors que l’agriculture japonaise est déjà confrontée à de graves problèmes consécutifs à la contamination radioactive en provenance de la centrale de Fukushima, un autre danger suscite un important débat au Japon. En effet, le premier ministre japonais NODA Yoshihiko souhaiterait faire entrer le Japon dans les négociations du TPP (Trans-Pacific Partnership) qui auront lieu le 12 et 13 novembre prochain au sommet de l'APEC à Honolulu. Ce qui n'était qu'une rumeur a depuis été confirmé par le ministre du commerce et de l'industrie, EDANO Yukio, lors d'une séance du gouvernement le 3 novembre. Il a reçu le soutien à cette occasion de NIINAMI Takeshi, président de la chaîne de kombini Lawson. Ce traité vise à faire émerger une zone de libre-échange dans la région Asie-Pacifique avec supression totale des barrières douanières d’ici à 2015. Un traité anodin en apparence que le gouvernement tente de vendre à la population avec l’argument facile d’une « ouverture du Japon sur le monde ».

 

Pourtant depuis quelques mois, les librairies regorgent d’ouvrages souvent opposés à ce traité, et le mot TPP est sur toutes les lèvres. Un mouvement d’opposition au TPP a vu le jour et n'est pas sans rappeler le mouvement contre le Traité constitutionnel européen (TCE) de 2005 en France. Il est favorisé par les récents succès de mobilisation du mouvement antinucléaire. Des manifestations anti-TPP ont ainsi eu lieu à Tôkyô et dans des localités paysannes, notamment dans la région du Tôhoku déjà durement touchée par le tsunami du 11 mars et la catastrophe nucléaire de Fukushima.

 

Qu’est-ce que le TPP et pourquoi suscite-t-il autant de méfiance ? Le Trans-Pacific Strategic Economic Partnership est un traité de libre-échange visant à intégrer les économies de l’ensemble des pays de la région Asie-Pacifique. A l’heure d’aujourd’hui, neufs pays sont concernés par les négociations - Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande, Singapour, les Etats-Unis, l'Australie, le Vietnam, la Malaisie et le Pérou. La décision prise par le gouvernement japonais de participer à cette zone de libre-échange a surpris par sa rapidité l’opinion publique qui tente de comprendre de quoi il s'agit.

 

La crainte que suscite le TPP chez certains Japonais concerne avant tout l’agriculture, bien que la supression des barrières douanières concernera également les biens manufacturiers et les services. Sur ce sujet qui mêle alimentation et tradition, la réaction de la population peut être épidermique. L'agriculture japonaise reste relativement peu productiviste et bénéficie encore d’un fort cadre protectionniste qui la protège de toute concurrence. Selon les opposants au TPP, si cette zone de libre-échange voyait le jour, les régions agricoles déjà ravagées par le séisme du 11 mars et ses suites subiraient la concurrence des produits agricoles américains ou australiens à bas coûts. L’autosuffisance alimentaire du Japon déjà très basse pourrait alors fortement diminuer, passant de 39% à 13%, ce qui rendrait le pays dépendant des fluctuations du marché sur les produits alimentaires. De fait, l'objectif du gouvernement de faire passer l'autosuffisance alimentaire du Japon à 50% d'ici à 2020 paraît, dans ces conditions, irréalisable.

 

L’agriculture biologique pourrait aussi, face à la concurrence de pays productivistes, connaître un sérieux revers. Les pro-TPP ne cachent d’ailleurs pas leur volonté d’accroître la productivité de l’agriculture japonaise et de mécaniser les campagnes. Mais surtout, la crainte des opposants, à tort ou à raison, est de voir la firme Monsanto manœuvrer en coulisses pour imposer ses semences OGM aux paysans japonais. Par ailleurs, la zone de libre-échange concerne également les services et les biens, ce qui suscite une certaine méfiance des industriels face aux produits à bas-coûts des autres pays asiatiques. Sans parler du dumping social que pourrait entraîner une telle concurrence.

 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 09:05

Si on s'inquiète de la montée des extrêmes droites en Europe, on ferait bien de garder un oeil sur ce qu'il se passe au Japon. Les ultranationalistes y ont les coudées franches et les livres niant le "viol de Nankin" (massacre de 300 000 civils Chinois) ou dénonçant les "criminels-étrangers" sont des best-sellers.

 

ganbare

Manifestants arborant des drapeaux de l'armée impériale japonaise, 21 mai 2011

 

La situation politique a pris un tournant particulier depuis le séisme du 11 mars. A peine quelques semaines après le séisme, une rumeur s'est répandue selon laquelle des Coréens et des Chinois - les deux principales communautés étrangères au Japon - avaient pillé les villages abandonnés. Après le tremblement de terre de Tôkyô de 1923, des pogroms contre les Coréens avaient fait 3000 morts. Une rumeur laissait entendre aussi à l'époque que les Coréens avaient provoqué les incendies qui ont ravagé la capitale.

 

S'ajoute à cela l'expression aujourd'hui d'un nationalisme soft. C'est le pendant négatif de la solidarité des Japonais que l'on a tant vanté. Une tendance au repli sur soi qui s'est exprimé notamment par des railleries sur les étrangers-qui-fuient, certains changeant le mot gaijin (étranger) pour furaijin (ceux qui s'envolent en avion). Par ailleurs, une expression qui revient beaucoup en ce moment est "ganbare nihon" (Courage Japon). Signalons qu'en tapant cette expression sur Google en japonais, on tombe dès la première occurrence sur une organisation d'extrême droite du même nom, Ganbare Nippon.

 

Ganbare Nippon, l'extrême-droite révisionniste

 

Cette organisation de "citoyens" a tout juste un an d'existence mais s'est fait connaître par son activisme et sa présence régulière dans la rue. Soutenue par l'ancien premier ministre ABE Shinzô (2006-2007) et toute la fange révisionniste du Parti libéral démocrate (PLD) qui gravite autour de lui, cette organisation a combattu fermement le droit de vote pour les étrangers qui entraînerait selon eux une "démolition du Japon". Suite à la collision entre un bateau de pêche chinois et les gardes côtes japonais aux large des îles contestées Daioyu/Senkaku en septembre 2010, elle a organisé des manifestations virulentes contre la Chine mais aussi contre le premier ministre KAN Naoto. Durant le mois de décembre, deux manifestations pour le "renversement du gouvernement" ont rassemblé plusieurs milliers de personnes.

 

L'extrême droite au Japon n'a pas de grand parti car les groupes ultranationalistes ont été dès la fin de la guerre intégré au Parti libéral-démocrate. Ceux sont d'ailleurs des anciens criminels de guerre qui sont devenus les cadres de ce parti, avec l'aide opportune des Américains. C'est donc dans la rue que s'exprime l'extrême-droite, avec ses camions noirs munis de mégaphones géants, hurlant leur haine des étrangers - à commencer par les Chinois et Coréens. Des défilés rassemblant des milliers de personnes sont de plus en plus fréquents et les manifestants n'hésitent pas à passer à tabac les rares militants antifascistes qui parfois s'interposent. Un des multiples groupes d'extrême-droite, la Team Kansai a ainsi pour activité favorite de terroriser la population:

 

 


 

Outre les Chinois, les Coréens sont particulièrement visés par ces manifestations racistes. Prenant prétexte de l'existence d'un groupe communautaire lié à la Corée du nord, la Chôsen sôren, un mouvement contre les écoles coréennes au Japon a eu lieu. Sur cette vidéo, on peut entendre les insultes racistes lancées aux contre-manifestants Coréens qui tentent de s'interposer : "Les Coréens vous êtes des cafards, vous puez le kimchi, vous êtes des porcs, rentrez-chez vous"  :

 

 

 

 

Les yakuzas aux avant-postes

 

Sur une autre vidéo, on peut voir une action d'un de ces groupes contre l'ouverture d'une école primaire coréenne à Kyôto. La manière de parler de l'orateur laisse à penser qu'il pourrait s'agir de yakuzas.

 


 

Les yakuzas et l'extrême-droite sont tellement liés au Japon qu'il est difficile de distinguer les groupes parfois. Kodama Yoshio, un ultra-nationaliste qui fit fortune dans le pillage des ressources minières de la Chine, tenta par exemple de rassembler dans les années 1950 les groupes yakuzas pour former une organisation paramilitaire et combattre les manifestations pacifistes. Depuis le séisme, la présence des yakuzas dans la société s'est renforcée. Les yakuzas ont en effet joué un rôle singulier dans cette catastrophe, en organisant les secours dans plusieurs zones sinistrées. Ce qui semble pouvoir leur attirer une certaine sympathie dans la population. Mais les syndicats du crime, au Japon comme ailleurs n'agissent jamais sans arrière-pensée. Outre un meilleur contrôle de certains territoires, ce volontarisme leur permettra aussi d'obtenir de nombreux contrats dans la reconstruction du Japon.

 

Philippe Tanaka

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  • : Le Japon est aujourd'hui très connu en France, à travers sa culture populaire - manga, animé - et sa cuisine. Mais que sait-on au juste de cette "face cachée de la lune", située quelque part entre l'extrême-orient et l'extrême-occident ? Au-delà des clichés, ce blog apporte un éclairage sur quelques aspects méconnus de la société, de la vie politique et de la culture populaire dans l'archipel.
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