Le Japon est aujourd'hui très connu en France, à travers sa culture populaire - manga, animé - et sa cuisine. Mais que sait-on au juste de cette "face cachée de la lune", située quelque part entre l'extrême-orient et l'extrême-occident ? Au-delà des clichés, ce blog apporte un éclairage sur quelques aspects méconnus de la société, de la vie politique et de la culture populaire dans l'archipel.
"Arrêtez Monju!", manifestation à Tsuruga, 3 décembre 2011
Du 1er au 3 décembre, des organisations antinucléaires de la préfecture de Fukui ont mené une série d'actions pour demander la fermeture du réacteur Monju. Qu'est-ce que Monju ? Il s'agit d'un réacteur expérimental à neutrons rapides, équivalent japonais du réacteur Superphénix en France. Le réacteur fut activé en août 1995 mais seulement trois mois après, une fuite de plusieurs kilogrammes de sodium déclencha un immense incendie au sein du réacteur ce qui aurait pu potentiellement mener à une explosion. Le sodium liquide, utilisé à la place de l'eau, a une grande capacité à refroidir les combustibles mais en contact avec l'air il est inflammable. Conscients d'être passé à deux doigts d'un accident nucléaire majeur et face à la levée de boucliers des habitants et élus locaux, le gouvernement décida l'arrêt définitif du réacteur. La Court Suprême du Japon interdira par la suite sa remise en service en raison de graves manquements aux règles de sécurité. Le Power Reactor and Nuclear Fuel Development Corp. (PNC) en charge de la filière surgénératrice reconnut avoir dissimulé des informations et des photographies et son vice-directeur Nishimura Shigeo se suicida à l’issue d’une conférence de presse . Le scandale est tel que c'est à cette époque que la construction de nouvelles centrales nucléaires commence à ralentir en raison d'oppositions diverses. Fin du premier acte.
Mais en 2005, la Cour revient sur sa décision, et le projet de relancer ce réacteur émerge à nouveau. En mai 2010, le réacteur est en effet réactivé, 14 ans après son arrêt... puis suspendu de nouveau en raison d'un nouvel accident survenu le 26 août 2010 : la machine servant au transfert des combustibles, pesant plus de trois tonnes, s'effondre de tout son poids à l'intérieur du réacteur, heureusement vide. Il faudra attendre juin 2011 pour qu'elle soit retirée. D'où la crainte de voir le puissant réacteur relancé. Cependant, la volonté du gouvernement de relancer son « Superphénix », décrit comme l'avenir du nucléaire, a été quelque peu ébranlée par l'accident de Fukushima. Il est aujourd'hui probable que Monju soit de nouveau arrêté, en raison de son coût, de la concurrence du projet ITER, mais surtout d'un regain d'opposition au nucléaire dans la population.