Dimanche 21 avril 7 21 /04 /Avr 08:43

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Cet article consacré au film The Land of Hope de Sion Sono a initialement été publié sur Nonfiction.fr le 15 décembre 2012 sous le titre "Comment faire un film sur Fukushima". Nous choisissons de le publier à nouveau ici à l'occasion de la sortie en salles mercredi de ce film.

 

S’attaquer à peine un an et demi après au désastre nucléaire créé par la centrale de Fukushima n’est pas une mince affaire. Le faire dans un pays où la catastrophe est dans toutes les têtes mais où peu osent prendre la parole est un défi risqué. "Il faut avoir du courage pour réaliser ce film" nous dit une spectatrice émue à la sortie du film. Avec son "pays de l’espoir" (kibô no kuni) Sion Sono, écrivain et réalisateur prolixe - Suicide club, Coldfish, Guilty of Romance - réussit pourtant avec brio à évoquer avec un ton juste un sujet si difficile et si douloureux pour les Japonais

 

Fukushima, une histoire de clivages

 

L’histoire se déroule quelques années après la catastrophe de Fukushima, dans la préfecture fictive de Nagashima. On y fait la connaissance d’une famille d’éleveurs, de ses joies simples du repas en famille. Et puis soudain tout bascule, tout recommence : séisme, coupure de courant, et la crainte que quelque chose se soit produit là-bas à la centrale, avant que ne débarquent armée et police en tenue Tyvek, pour établir la limite des 20km… qui partage la propriété en deux. Tout est tiré d’un fait réel, celui d’un éleveur, interprété avec force par Isao Natsuyagi, qui vit débarquer police et militaires dans sa cour, située à 20km de la centrale accidentée de Fukushima et installer en quelques minutes les barrières de la zone interdite. En face, leurs voisins furent évacués en bus illico. "De votre côté, vous êtes au-delà des 20km donc vous ne serez pas évacués" répéta à la famille de l’éleveur la police, sans donner d'autre information.

 

Dans le bus des villageois devenus des réfugiés, on s’interroge : reviendrons-nous chez nous ? Avant qu’un homme s’exprime : "Souvenez-vous de Fukushima, ils ne sont jamais rentrés chez eux." Rapidement, c’est le thème des clivages qui meurtrissent les hommes qui prédomine. Celui opposant les villageois aux représentants de l’Etat, plaçant des barrières, des limites d’interdit que franchissent en toute illégalité un jeune couple, paumé dans le paysage dévasté par le tsunami, à la recherche des parents de la jeune fille qu’elle ne reverra jamais. Celui aussi des réfugiés, ostracisés et moqués par les habitants des villes, puis parqués dans des gymnases, avec pour seuls murs des cartons et un avenir bien sombre.

 

Le fils de l’éleveur décide de fuir avec sa femme, sur l’ordre de son père. Le couple âgé reste seul dans le village abandonné. Des limites qui en rappellent d’autres, celles des seuils de radioactivité pour les travailleurs de la centrale éventrée, pour les enfants de Fukushima, ou encore le seuil de contamination radioactive – 500, puis 100 bq/kg - au-dessous duquel les aliments sont "bons" pour la vente

 

"On ne peut pas fuir le nucléaire"

 

L’angoisse que vivent les Japonais et, a fortiori les mères pour leurs enfants, est présente tout au long du film au point d’atteindre le spectateur. Angoisse face à un ennemi dont on ne sait rien, qui ne se laisse pas voir et dont seul le grésillement d’un compteur geiger atteste l’existence. Autre thème, la fuite. Ou plutôt l’impossibilité de fuir une menace qui se répand partout avec cette femme qui se met à perdre la tête alors qu’elle est enceinte, s’enferme chez elle, se ballade avec une combinaison Tyvek. "On ne peut pas fuir, on ne peut pas fuir le nucléaire", chantait il y a un an dans un clip à l’humour grinçant le chanteur de reggae Rankin Taxi. Peut-on réellement fuir le nucléaire en effet, sur une planète où plus de 400 réacteurs aux quatre coins du globe continuent à fonctionner ?

 

Et puis, le caractère ubuesque, presque comique de cette triple catastrophe du 11 mars – séisme, tsunami, accident nucléaire - qui dépasse l’imagination, qui renverse tout ce que l’on croyait savoir. Comme pour soulager le spectateur, Sion Sono s’autorise quelques passages surréalistes qui font parfois rire dans la salle : comme ce couple, faisant une séance de photos en tenue v-teck, instant de bonheur loufoque. Ou la femme de l’éleveur atteinte d’Alzheimer, errant perdu dans la zone interdite au milieu des animaux abandonnés, et s’étonnant chaque soir au journal télévisée : "Tiens, on dirait qu’il s’est passé quelque chose à la centrale". Et ces paysages dévastés par le tsunami – bien réels – accompagnés de la musique dissonante de la symphonie n°10 de Gustav Malher qui ajoute à cette impression de l’étrange, de tristesse et d’action vaine. "Shô ga nai" répètent à l’envie les Japonais, on n’y peut rien.

 

Le traumatisme de l’atome au Japon

 

L’accident de Fukushima fut en soi un film catastrophe. Comment faire alors quand la réalité dépasse la fiction, quand une tragédie s’offre aux yeux des spectateurs du monde entier, sans pudeur et sans effets spéciaux ? Sion Sono l’a compris : c’est d’un besoin d’humanité, d’approcher les victimes de la catastrophe, de comprendre leur joies, leurs peines et de les partager dont on a besoin.

 

Mais la tâche entreprise par le réalisateur n’était pas aisé, dans un pays doublement traumatisé par le bombardement d’Hiroshima et l’accident nucléaire de Fukushima. Il n’est pas peu de dire que les Japonais ont à l’égard de l’atome une crainte légitime. Dans les années 1950, l’expression "allergiques au nucléaire" était même utilisée largement par les médias pour dénigrer les premiers opposants aux constructions de centrales. Puis la communication autour de cette énergie "du futur" et "pacifique" eut raison des craintes. Les personnages d’Astro Boy et le robot-chat Doraemon, tous deux fonctionnant avec un cœur atomique, contribuèrent sans doute à redorer l’image de l’atome et à faire sienne cette énergie pour la génération des baby-boomers.

 

Cependant, si le sujet est en partie tabou, une partie importante de la population parle, cherche des informations, et veut comprendre tous les aspects de cette catastrophe. Il avait fallu attendre 1973 pour avoir la première œuvre populaire sur le bombardement d’Hiroshima, Gen d’Hiroshima, racontant sans fards tous les aspects de cette tragédie, s’introduisant jusqu’aux ghettos atomiques, dans les maisons des irradiés, les hibakusha, forcés de vivre reclus chez eux et traités comme des pestiférés. L’un de ces quartiers maudits, s’appelait, comble de l’ironie, Fukushima.

 

Pour la catastrophe du 11 mars, dès les premiers mois des dizaines d’ouvrages sont parus et sont restés plusieurs mois en tête des ventes. Il n’aura fallu à peine plus d’un an pour que naisse cette première œuvre de fiction, mais aussi d’autres films comme le documentaire Loin de Futaba, du réalisateur Atsushi Funahashi, décrivant la vie des habitants de Futaba, réfugiés aujourd’hui dans la préfecture de Saitama, au nord de Tokyo.

 

"Souvenez-vous de Fukushima"

 

En plaçant l’action dans une préfecture imaginaire, à une date inconnue, on aurait pu croire que Sion Sonno voulait épargner ses spectateurs. En réalité, en situant l’action dans le futur, il montre les conséquences à long terme d’une catastrophe nucléaire, en faisant évoquer par ses personnages – réfugié, médecin - l’accident de Fukushima, avec cette réplique martelée à tout moment : "Souvenez-vous de Fukushima, souvenez-vous de ce qui s’est produit ensuite". Les dialogues et répliques des personnages sonnent vrais et pour cause : elles ont été recueillies pendant le tournage, à Fukushima, auprès des réfugiés. Mais en choisissant la fiction plutôt que le documentaire, ce sont les sentiments des victimes de cette catastrophe que le réalisateur cherchait à atteindre et faire partager.

 

Ce samedi soir, c’est dans un silence de plomb inhabituel que la séance s’achevait au Piccadilly de Shinjuku. A la sortie beaucoup de visages en larmes. Curieux titre que ce "pays de l’espoir", tant le film en est dépourvu. Sion Sono ne dit rien d’autre que : après les catastrophes d’Hiroshima ou de Fukushima, d’autre suivront. Pas de spoiler ici, mais l’histoire finit mal, très mal. Et comment pourrait-il en être autrement dans un pays qui s’apprête à réélire vraisemblablement le pro nucléaire Parti libéral-démocrate aux prochaines élections, avortant par le même coup les espoirs d’une sortie du nucléaire. Seulement, semble nous dire Sion Sono, au milieu de ce cauchemar règne encore l’espoir, le bonheur infime de l’amour, d’un rayon de soleil, du retour de la floraison au printemps. Bien maigre contrepartie mais dont les Japonais savent si bien profiter.

 

L’erreur de l’humoriste Laurent Ruquier dans son mot sur l’"effet Fukushima" du gardien de l’équipe japonaise, ne fut sans doute pas d’avoir rappelé très maladroitement les conséquences des radiations à Fukushima. C’est d’ailleurs ce qui a bien ennuyé l’Ambassade du Japon en France, qui a déjà par le passé cherchait à minimiser ses conséquences, en envoyant des communiqués aux journalistes français pour leur demander de ne pas répandre de "rumeurs néfastes" sur Fukushima. Non, son erreur, cette erreur commise par tous, Japonais y compris, est d’avoir oublié que Fukushima était aussi un pays où vivent plusieurs centaines de milliers de personnes. Des jeunes, des vieux refusant d’évacuer, des mères en détresse. Pour eux, l’accident de Fukushima ne fait pas partie du passé. C’est un cauchemar quotidien qui a commencé en mars 2011

Par Le Japon à l'envers - Publié dans : Crise nucléaire
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Dimanche 30 décembre 7 30 /12 /Déc 15:43

Au lendemain d’une victoire « écrasante » pour le Parti libéral-démocrate lors des élections du 16 décembre 2012, le Tokyo Shimbun revenait sur le paradoxe d’une population, majoritairement antinucléaire et pacifiste, mais élisant le plus pro-nucléaire de tous les partis. Dans un éditorial intitulé « la perspective d’une sortie du nucléaire voulue par le peuple s’éloigne » dont nous donnons une traduction ci-dessous, le chef du service politique de Tokyo Shimbun, M. TAKADA Sakaya, pointe l’abstention dépassant les 40% et promet au parti au pouvoir la poursuite d’une opposition au nucléaire dans la rue.

 

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Manifestation contre le redémarrage de la centrale d'Ôi devant la résidence du Premier ministre, 29 juin 2012. Sur la pancarte au centre, "Rendez-nous Fukushima" (Fukushima wo kaese)

 

« Ces élections parlementaires étaient les premières à l’échelle nationale depuis le 11 mars 2011.  Elles étaient d’une importance capitale car c’était l’occasion de remettre en question aussi bien la politique nucléaire actuelle que la reconstruction dans les régions sinistrées. Pourtant, avec 40% d’abstentionnistes et le retour du Parti libéral-démocrate (PLD, droite) au pouvoir, on ne peut que constater que de nombreux électeurs n’ont pas compris l’importance de cet enjeu.

D’après un sondage que notre journal a réalisé juste avant l’annonce des résultats, 60% des personnes interrogées demandent une sortie du nucléaire pour les années 2030, au plus tard. Aujourd’hui encore, chaque vendredi soir devant la résidence du Premier ministre, des gens de tous horizons se rassemblent pour manifester contre le nucléaire.

En dépit de cela pourtant, la décision du d’une nouvelle politique énergétique a été reportée [par l’ex parti au pouvoir, le Parti démocrate du Japon, NDT] et le PLD dont l’intention est de maintenir les centrales nucléaires a connu une victoire écrasante. Le peuple qui voulait une sortie du nucléaire voit cette option reculer loin, très loin.

Dispersion des votes et abstention

La raison semble être une grande dispersion des votes engendrée par la profusion de partis portant l’idée d’une sortie du nucléaire à ces élections. A la proportionnelle également, les partis n’ont pas pu récupérer les voix des antinucléaires, ce qui laisse penser que là aussi, ils sont nombreux à s’être abstenus.

D’ailleurs, au-delà de la question nucléaire, sur des sujets comme la taxe sur la consommation ou l’article 9 de la constitution [qui empêche en théorie le Japon de se doter d’une armée et de faire la guerre, NDT], on s’est éloigné aussi de la volonté populaire. D’après notre sondage, plus de 50% des personnes sont contre l’augmentation de la taxe sur la consommation, tandis que le sujet d’une révision de l’article 9 divise les personnes interrogées à parts égales.

Selon les résultats des élections, les trois partis qui ont voté une hausse de la taxe sur la consommation – PDJ, PLD, et le parti bouddhiste Nouveau Komeito –  disposeront ensemble de plus de 370 sièges à l’assemblée [sur 480 au total, NDT]. Ceux qui veulent réviser l’article 9 de la constitution, le PLD, ou avoir une constitution indépendante [comprendre indépendant de la tutelle américaine, NDT] , le Parti pour la restauration du Japon (PRJ, extrême-droite) obtiennent ensemble jusqu’à 330 sièges.

La lutte antinucléaire continue

Sans même attendre la fin de l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, nous devons tirer au plus vite la conclusion sur le traitement des combustibles nucléaires usagés qui ne cessent d’augmenter. Par ailleurs, ne pas oublier que de nombreux habitants de Fukushima ne peuvent plus rentrer chez eux.

Le PLD qui vient de reprendre le pouvoir souhaite peut être connaître à nouveau une situation irrémédiable causée par un accident dans une centrale nucléaire. Ainsi, bien qu’une volonté populaire se soit exprimée lors de ces élections avec la victoire écrasante du PLD, nous nous devons de soutenir une autre volonté populaire, légitime, exprimée dans les sondages d’opinion.

Face à l’orgueil du PLD né de sa victoire immense, nous continuerons avec dignité à faire progresser nos idées politiques. »

 

Tokyo Shimbun, 17 décembre 2012

(Traduction: Philippe Tanaka)

Par Le Japon à l'envers - Publié dans : Politique - Communauté : yakuza
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Lundi 17 décembre 1 17 /12 /Déc 02:05

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ABE Shinzô, Premier ministre, sur un navire des forces d'autodéfenses japonaises

 

La droite japonaise vient de prendre la plupart des sièges au Parlement. Mené par le très nationaliste Shinzo Abe, le Parti libéral-démocrate (PLD) obtiendrait près de 300 sièges au Parlement, ce qui lui donne une majorité absolue. Dans ses votes pour un réarmement du Japon, il pourra compter sur le nouveau parti d'extrême droite, le Parti pour la restauration du Japon (PRJ) mené par le populiste HASHIMOTO Tôru, et qui devient quasiment le deuxième parti du pays avec 54 sièges.

 

L'opposition, incarnée par le Parti démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche) connaît une défaite cuisante, passant de 300 à 57 sièges. Le bi-partisme de fait est rompu au Japon. Quant aux partis antinucléaires de gauche, le Parti pour l'avenir du Japon, le Parti communiste japonais ou le Parti social-démocrate, ils obtiennent des scores anecdotiques, avec 8 élus en moyenne chacun. Avec ses élections, le Japon tourne le dos à la sortie du nucléaire et se prépare à une remilitarisation, au risque d'exacerber les tensions avec ses voisins chinois, taiwanais et coréen. Décryptage des enjeux de ces élections.

 

Rares sont les élections au Japon soulevant des enjeux aussi complexes et divers. Le 16 décembre, les électeurs Japonais se sont rendus aux urnes pour la premières fois depuis l’accident de Fukushima. Aux préoccupations sociales et économiques qui avaient permis la victoire historique du Parti démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche) en 2009, s’ajoutent désormais l’enjeu d’une sortie du nucléaire et surtout la montée d’un fort nationalisme.

 

Sortie du nucléaire : un débat éclipsé

 

Difficile à croire, mais à l’été 2012 ce sont par dizaines de milliers que les Japonais sont descendus dans la rue pour manifester, bousculant barrières et policiers les enjoignant à rester sur les trottoirs. Une colère qui finit par arriver aux oreilles du Premier ministre NODA Yoshihiko qui reçut les représentants des manifestants, puis appela à une sortie du nucléaire avant de reculer face à la pression des lobbyistes de cette industrie.


Le débat sur le nucléaire devait être l’enjeu principal de ces élections. Or force est de constater que la forte opposition au nucléaire dans la population – près de 70% des Japonais sont pour une sortie du nucléaire selon divers sondages – ne se retrouvent pas dans les urnes. C’est en effet le parti le plus pro-nucléaire, le Parti libéral-démocrate (PLD), artisan de la politique nucléaire du Japon depuis 60 ans, qui s’apprête à reprendre les rênes du pouvoir. Le parti a bien promis aux électeurs de « réfléchir » à la question de la remise en marche des réacteurs pendant trois ans mais son choix ne laisse guère de doutes : en aout 2012, selon le journal Asahi, 6% seulement des parlementaires PLD envisageaient une sortie du nucléaire à long terme, contre 46% pour les parlementaires PDJ. Comment expliquer ce curieux paradoxe au-delà du fait que la démocratie de la rue ne croise pas forcément celle des urnes ?


Gloire et décadence du Parti démocrate du Japon


Deux éléments permettent de donner un début d’explication. D’abord, à bien y regarder, si le PLD gagne les élections, c’est surtout parce qu’il bénéficie d’une déculotté du PDJ, seulement trois ans après son élection historique. Certains commentateurs un peu rapides y verront sans doute une conséquence de la « gestion calamiteuse de l’accident de Fukushima » - au passage, on attend toujours un début d’argument expliquant en quoi la gestion de cet accident par le Premier ministre KAN Naoto aurait été si mauvaise.


Plus concrètement, le PDJ a chuté dans les urnes, car après avoir été élu sur un programme très à gauche pour le Japon – création d’allocations familiales, gratuité des autoroutes, droit de vote des étrangers, etc… il n’a appliqué quasiment aucune des mesures promises. Au lieu de cela, le Premier ministre Noda, représentant l’aile droite du parti, a pris une série de décision économiques dont le PLD n’aurait même pas rêvé : accord pour l’ouverture de négociations pour un traité de libre-échange avec les Etats-Unis, le Trans-Pacific Partnership (TPP), malgré les réticences d’une large majorité de Japonais qui y voient une menace pour leur agriculture et leur système de santé public ; Déplacement d’une base américaine dans l’île d’Okinawa et non hors de l’île comme le promettait le PDJ dans son programme ; et surtout le doublement de la taxe sur la consommation, qui restera sans doute la mesure la plus impopulaire de l’ère Noda. Enfin, après avoir promis une sortie du nucléaire d’ici 2030, puis 2040 en septembre, le gouvernement recula en l’espace d’une semaine, renvoyant la décision aux calendes grecques, ou plutôt laissant la responsabilité aux vainqueurs des élections.


Ces atermoiements laisseront des traces durables au PDJ dont le caractère hétérogène est devenu apparent. La présence surréaliste de l’ancien Premier ministre HATOYAMA Yukio  aux côté des manifestants antinucléaires devant la résidence du Premier ministre Noda en fut un signe. Celui-ci depuis a démissionné. De même pour OZAWA Ichirô, suivi par 20 parlementaires, pour s’opposer au doublement de la taxe sur la consommation et au refus de sortir du nucléaire. 


Mais la déception ne suffit pas à expliquer le retour du PLD au pouvoir, ni le succès du parti populiste d’extrême-droite, Parti pour le restauration du Japon (PRJ). A partir d’août 2012, les tensions autour des iles Senkaku/Daioyu avec la Chine et Taïwan, et Takeshima/Dokdo avec la Corée du sud, ont éclipsé la question du nucléaire, et relancer une vague de sentiments nationalistes chez les Japonais.

 

Le populisme d’extrême-droite, vainqueur des élections nippones

 

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Là où la France et l’Allemagne ont réussi, le Japon et ses voisins asiatiques ont semble-t-il échoué à tourner la page de la seconde guerre mondiale. Il n’est pas rare de croiser des jeunes Japonais qui tiennent avec un naturel confondant des propos négationnistes sur le massacre de Nankin ou franchement racistes sur les Coréens qui « sentent mauvais », tout en écoutant le dernier tube de K-pop.


Ce nationalisme latent chez la plupart des Japonais est régulièrement ravivé par des évènements cycliques : manifestations antijaponaises de l’autre côté de la mer de Chine, lancement de fusée-missiles nord-coréennes, etc. En réalité, personne au Japon ne croit ni ne veut recourir à l’option militaire pour résoudre ces conflits. Mais abasourdis par la violence des manifestations antijaponaises de septembre 2012 en Chine et par le déclin de la puissance économique japonais en Asie, les Japonais sont en manque de leadership.

 

 

C’est sur terrain-là que les partis nationalistes ont construit leur stratégie électorale en décembre 2012. A coup de campagne publicitaire appelant avec des accents guerriers à la « reconquête du pays », le chef du PLD et sans doute prochain Premier ministre ABE Shinzô a fait de la relance économique et de la modification de la constitution pacifiste son cheval de bataille. L’idée, en modifiant le fameux article 9 de la constitution, est de rompre définitivement avec le pacifisme d’après-guerre et se doter d’une armée. En réalité, cela fait depuis longtemps que le pacifisme n’est plus que de façade et que le Japon est doté d’une des armées les plus puissantes au monde. Mais ce changement de l’article 9, serpent de mer de la politique nippone depuis des décennies, a surtout valeur de symbole. En pleine incertitude face à l’avenir du pays, c’est d’un discours guerrier, un discours de leader dont les Japonais sont en attente aujourd’hui.


Car le véritable vainqueur de ces élections sera en fin de compte le populisme d’extrême-droite, avec le Parti pour le restauration du Japon (PRJ), créé il y a seulement trois mois par le très populaire maire d’Ôsaka, HASHIMOTO Tôru, et qui devient quasiment le deuxième parti au parlement, avec plus de cinquantes sièges. Pour ces élections, c’est le maire de Tôkyô, ISHIHARA Shintarô , négationniste et pro-nucléaire convaincu qui a pris la tête de la coalition. Mais c’est bel et bien la figure d’Hashimoto  qui passionne une grande partie des Japonais, y compris dans l’électorat de gauche. Avec un certain archaïsme, sans même connaitre en détails son programme d’orientation libérale, les Japonais perçoivent en lui un leader, capable de restaurer la puissance perdue de l’archipel. La page de la seconde guerre mondiale n’ayant jamais été tournée, de ce côté-là du monde, on continue à rêver d’un grand Japon impérial, capable de défier le monde, d’être l’égal des Etats-Unis et de dominer l’Asie. Pour beaucoup de Japonais, le pays du soleil-levant est le seul univers qu’ils connaissent et le reste du monde un décor de carton-pâte à consommer. Difficile d’assumer pour eux d’être une population vieillissante, d’avoir une économie qui n’est plus aujourd’hui à l’abri de la récession, ou de perdre la face quand un accident nucléaire vient montrer au monde entier les défaillances multiples de la technostructure.


HASHIMOTO Tôru constitue à cet égard la figure du sauveur parfait. Ce jeune quarantenaire, sans cravate et à l’air gouailleur, est un habitué des coups de gueule contre l’establishment et est un excellent orateur. Sa façon de parler populaire, libre, agressive, plaît aux Japonais lassés d’hommes politiques du sérail parlant avec une langue de bois et sur un ton monocorde. Un sarkozy japonais en somme, qui ne manque jamais de rebondir sur n’importe quel fait divers pour montrer qu’il agit. Un fonctionnaire de la préfecture d’Ôsaka montre ses tatouages à des enfants pour les impressionner ? Hashimoto, alors gouverneur de ce département, fait licencier le tatoué sur le champ et envoyer aux 38 000 fonctionnaires de la région un formulaire où il doivent déclarer en détails sur un dessin la présence d’éventuels tatouages. Véritable girouette, il est capable de s’opposer au redémarrage des réacteurs de la centrale Ôi en juin 2012, puis de s’allier en novembre avec Ishishara, l’un des plus fervents défenseur du nucléaire. Au passage, la sortie du nucléaire a discrètement été abandonné dans son programme. J’avais eu l’occasion de rencontrer en avril de jeunes partisans d’Hashimoto, assez fiers de comparer leur leader à Adolf Hitler. Des propos exagérés, sans doute. Mais après tout, Hashimoto n’avait-il pas affirmé lui-même que « ce dont a besoin le Japon, c’est d’un dictateur ». Après l’accident de Fukushima, quelques commentateurs optimistes se sont émerveillés des possibilités de rebond que cette catastrophe pouvait engendrer. Le changement attendra pourtant. Au Japon, le repli sur soi et le conservatisme semblent l’avoir pour l'heure emporté.

 

Par Mathieu Gaulène - Publié dans : Politique - Communauté : yakuza
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Jeudi 14 juin 4 14 /06 /Juin 16:34

 

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Sans-abris à Ôsaka, avril 2012

 

 

De France, lorsqu'on évoque le néolibéralisme, les exemples britannique ou américain sont souvent mis en avant. L'exemple japonais peut paraître incongru. Et pourtant, le Japon est le pays de l'OCDE qui a connu la plus grande montée des inégalités en raison de la déréglementation du marché du travail, de la montée de l'emploi précaire – 40% de la population active aujourd'hui – et d'une mise au pas des syndicats – avec la privatisation de secteurs de lutte comme le rail ou la poste. Autre domaine où l'Archipel est en avance dans ce processus néolibéral, l'école. Les universités sont aujourd'hui pour la plupart privées, les frais d'inscriptions exorbitants et surtout, comme dans aucun autre pays, le savoir se vend comme une marchandise à grand coup de campagnes de publicités racoleuses promettant un avenir radieux pour les futurs diplômés. Résultat, le niveau général ne cesse de chuter.

 

Libéralisation, privatisations : un choix idéologique

L'histoire du néolibéralisme au Japon débute avec le Premier ministre NAKASONE Yasuhiro (1982-1987), ami personnel de Ronald Reagan. Celui-ci, par choix idéologique et alors que l'économie japonaise ne connaît pas de dysfonctionnements majeurs, décide à partir de 1982 de libéraliser les marchés financiers. Cela a pour conséquence, en 1991, de plonger le Japon dans une crise financière et économique dont il n'est sorti qu'en 2004 avant de replonger avec la crise de 2007 (1). Pour Sébastien Lechevalier, les politiques néolibérales n'auraient en fait été en aucune façon une solution à la crise. Au contraire, « c'est bien la déréglementation des années 1980 qui a provoqué l'entrée en crise »(2)
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S'ensuit dans ces années 1980, une série de privatisations de plusieurs grandes compagnies publiques. L'opérateur de télécommunication Nippon Telegraph and Telephone (NTT) ouvre la danse avec sa privatisation en 1984, opérée sans encombre grâce à la complicité du syndicat Zendentsû, qui l'approuve. Il en est autrement de la compagnie ferroviaire Japanese National Railways (JNR), où les syndicats Kokurô et Sôhyô sont fermement opposés à la privatisation. Nakasone n'a d'ailleurs jamais caché que l'opération visait à briser les reins de ces deux pôles du syndicalisme de lutte. La purge auquel se livre la compagnie après sa privatisation provoque la mort du syndicalisme de lutte au Japon, laissant libre cours aux réformes à venir. « Du fait de la privatisation, écrit Lechevalier, 73 000 employés ont perdu leur emploi. Le nombre de membres du Kokuro passe de 187 000 en 1987 à 44 000 après la privatisation. De nombreux salariés sont renvoyés (ou « non réembauchés ») à l'issue de ce processus. »(3)

 

Le syndicat Sôhyô s'écroule, entraînant dans sa chute le Parti socialiste japonais quelques années plus tard. C'est la fin du syndicalisme de lutte et de pratiques radicales comme la grève. S'ensuit en effet « la fusion de presque tous les syndicats en un vaste rassemblement peu puissant, le Rengo, en novembre 1987 »(4) Les syndicats se retrouvent alors « unifiés mais incapables d'entreprendre des actions radicales »(5). C'est la victoire du syndicalisme de cogestion, dont la raison d'être semble être de donner une légitimité aux politiques néolibérales.

 

Une évolution spécifique du capitalisme japonais

Cependant, dans la foulée, l'avancée du néolibéralisme connaît une pause de presque dix ans, ce qui fait dire à Sébastien Lechevalier qu'il s'agit plus d'une « transition néolibérale » que d'une véritable « révolution néolibérale ». Cette pause s'explique par l'hétérogénéité du parti de droite au pouvoir, le Parti libéral-démocrate (PLD), où les conservateurs qui défendent le modèle japonais d'après-guerre sont nombreux.

Mais à partir de 1996, une nouvelle phase néolibérale débute. Elle naît de la rencontre entre des idées - portées à bout de bras par la presse, du quotidien économique Nihon Keizai Shinbun au quotidien de centre-gauche Asahi Shinbun - avec une nouvelle génération de politiciens. KOIZUMI Jun'ichirô, désigné Premier ministre en 2005, en est l'incarnation parfaite, avec son combat au sein du PLD pour la privatisation de la poste.

S'inscrivant dans le courant de la diversité des capitalismes, l'auteur précise que cette phase transitoire serait en voie d'achèvement, que le capitalisme japonais arrive dans une nouvelle forme figée. Cependant, le capitalisme japonais garde ses spécificités et reste différent du capitalisme anglo-saxon ou européen. Par exemple, le Japon conserve une réglementation très stricte dans le domaine de la santé : le prix des consultations ne peut jamais dépasser celui fixé par l'assurance-maladie et l’État fixe chaque année le prix des médicaments, qui baisse automatiquement en fonction de leur ancienneté(6) D'où la crainte de certains, d'une ouverture du marché de la santé aux assurances américaines dans le cadre du Partenariat trans-pacifique (TPP).

 

Déréglementation du marché du travail et emploi des femmes

Le contrat social né dans l'après-guerre garantissait à la plupart des travailleurs l'emploi à vie, une formation permanente et une garantie de progression du salaire en fonction de l'ancienneté. C'est sur cette base que les Japonais s'impliquèrent dans leurs entreprises en non en vertu de soi-disant valeurs confucéennes. La déréglementation du marché du travail fait voler en éclat cette relation entre les travailleurs et leurs entreprises. L'emploi précaire ne cesse d'augmenter dans les années 1990 jusqu'à atteindre 30% de la population active en 2009, puis 40% en 2011. Le modèle classique ne disparaît pas pour les employés des grandes entreprises mais un dualisme du marché du travail de plus en plus important apparaît.


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Une église servant de refuge aux sans-abris, Ôsaka, avril 2012

 

Les femmes sont les premières touchées par cette politique en faveur de l'emploi précaire. En effet, contrairement à une idée reçue, les Japonaises travaillent et c'est l'un des mérites de ce livre que de le rappeler. Leur vie professionnelle est cependant en dents de scie ou plus précisément forme une courbe en M. Après une première phase où le nombre de femmes occupant un emploi augmente, s'ensuit une diminution après la naissance du premier enfant puis un retour pour quelques années sur le marché du travail une fois les enfants arrivés à l'âge adulte. En conséquence de cette carrière sacrifiée, la plupart des femmes sont condamnées aux petits boulots, du lycée à la retraite. Face à cette situation, elles sont de plus en plus nombreuses à refuser de sacrifier leur vie professionnelle, d'où un taux de natalité très bas et la démographie la plus vieillissante au monde.

 

À la pointe dans la marchandisation du savoir

Le système éducatif japonais n'a pas échappé aux politiques inspirées par l'idéologie néolibérale (7) Le Japon est aujourd'hui le pays où le processus de marchandisation du savoir est le plus avancé. D'où l'idée de consacrer à cette question un chapitre spécifique (8) Comme souvent, la première amorce de réforme néolibérale se fait en douceur via un « assouplissement » des programmes qui passe par la semaine de cinq jours et la simplification des cours, le yutori kyôiku, littéralement « une éducation qui laisse du temps ». La deuxième phase débute en 2000 avec la suppression de la carte scolaire qui permet de mettre en concurrence les établissements entre eux, une concurrence favorisée également par la décentralisation budgétaire. En termes plus brefs, l’État se désengage peu à peu, laissant la place à un secteur privé qui ne cesse de croître. Pour parfaire le tout, une réforme en 2004 lance un processus de privatisation progressive des universités nationales.

La première conséquence est l'augmentation continue de la fréquentation des juku, ces écoles privées dispensant des cours complémentaires le soir ou le week-end. Ce « système des juku » serait selon l'auteur, « un véritable laboratoire du marketing appliqué à l'enseignement, dont on ne trouve nulle part l'équivalent, même dans les pays anglo-saxons." (9) Autre conséquence désastreuse, l'augmentation des frais d'inscriptions à l'université, obligeant les familles japonaises à s'endetter. Pour les auteurs, cette libéralisation de l'éducation constitue en définitive une « rupture historique avec le système de 1947 qui garantissait aux élèves l'égalité des chances (au moins théoriquement) » (10)


Explosion des inégalités sociales 

C'est cependant l'explosion des inégalités sociales qui est la conséquence la plus visible de ces trente années de politiques néolibérales. Selon une enquête de l'OCDE de 2006 citée par l'auteur, « les inégalités de salaires ont dépassé la moyenne de l'OCDE et ont connu la plus forte croissance des pays développés » (11) Alors que dans les années 1970, plus de 90% de la population avait le sentiment d'appartenir à une « nouvelle classe moyenne » (shin chûkan taishû), l'expression de « société inégalitaire » est devenue aujourd'hui courante (12) C'est en 2001 qu'est publié le livre Société inégalitaire (fubyôdô shakai) du sociologue SATÔ Toshiki, qui impose dans le débat public cette expression .

 

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"Est-ce que tu vas bien? On attend de tes nouvelles" A Ôsaka, les enfants de sans-abris collent des autocollants, à la recheche d'un parent perdu. (Avril 2012)


Dans les années 2000, ces inégalités sont devenues de plus en plus en visibles. Le nombre de sans-abris, phénomène marginal jusque là, n'a cessé d'augmenter, sans qu'aucune politique n'ait été décidée à leur égard. Dans tous les parcs des grandes villes sont donc apparus des abris de fortune construits de bric et de broc et recouverts de bâches bleues. Les passages souterrains de la gare de Shinjuku deviennent chaque nuit de véritables dortoirs improvisés où des hommes et des femmes dorment à même le sol, sur des cartons. Autre phénomène, l'émergence de freeters – jeunes précaires – et NEETs sur lequel Lechevalier revient brièvement. Pour lui, décrire cette montée des inégalités est essentielle à la compréhension jusqu'à son aboutissement de toute politique visant à la libéralisation des marchés. « Cette trajectoire d'un pays qui était l'un des plus égalitaires dans les années 1970 et qui est devenu l'un des plus inégalitaires aujourd'hui constitue le cœur de l'ouvrage et des leçons à tirer de l’expérience japonaise. »(13)

 

L'illusion de l'alternance de 2009

Les Japonais n'ont cependant pas été insensibles à cette évolution et un recentrage sur la gauche s'est opéré peu à peu. 2008 fut en quelque sorte une prémisse de ce changement. Contre toute attente, la publication d'un petit ouvrage de la littérature prolétarienne des années 1930, « Le Bateau-usine » (Kanikôsen), connaît un succès très important, à l'instar de ce qu'a connu la France avec Indignez-vous (14) La presse japonaise s'empare de ce sujet et cherche à comprendre les motivations des jeunes lecteurs. A leur grande stupeur, on découvre que la génération des jeunes Japonais précarisés se reconnaît dans les conditions de travail des ouvriers du roman. La même année, le Parti communiste japonais renoue avec la jeunesse, avec plusieurs milliers d'adhésions.

En 2009, après plus de 50 ans de domination, le parti au pouvoir cède la place au Parti démocrate japonais (PDJ). Doté d'un programme très progressiste pour le Japon, il constitue un espoir pour la population. Quelques mesures sociales sont mises en œuvre comme la création d'allocations familiales ou l'extension du seikatsu hogo, le RSA japonais. Mais rapidement, l'application des mesures s'arrête et la différence avec le PLD devient de plus en plus ténue. L'auteur ne semble d'ailleurs se faire guère d'illusion sur la capacité du PDJ à poursuivre la mise en place de réformes néolibérales. « La fin de la séquence néolibérale n'est pas encore écrite. Si la crise budgétaire devait déboucher sur une crise de paiement à la grecque, alors le Japon serait contraint d'appliquer les recettes néolibérales de la réforme structurelle. »(15) Les événements récents semblent lui donner raison. En réponse à une exigence du FMI, le parti au pouvoir s'apprête à faire voter une loi pour le doublement de la taxe sur la consommation. Et l'auteur de se demander « si les élections de 2009 constituent une vraie alternance […] ou bien si Koizumi peut affirmer, à l'instar de Thatcher à propos de Blair, que le Parti démocrate de Hatoyama, Ozawa et Kan est sa plus grande réussite. » (p.16)

 

 

*Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po, Paris, 2011, 17,50 euros

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(1) Pour une description en détails de la crise des années 1990, cf. Jean-Marie Bouissou, Quand les sumos apprennent à danser. La fin du modèle japonais, Fayard, 2003

(2) Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po, Paris, 2011, p.96

(3) Ibid., p.119

(4) p.120

(5) Idem

(6) Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po, Paris, 2011, p.130

(7) Pour une description du système éducatif japonais, cf. Mathieu Gaulène, « Japon : Un régime scolaire sévère », Le Monde de l’éducation, 15 décembre 2010

(8)  Arnaud Nanta, « Quel système éducatif dans un monde néolibéral ? » in Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po, Paris, 2011, p.239-262

(9) Ibid., p. 258

(10)  Ibid., p. 261

(11)  Ibid., p. 212

(12) Masaru Kaneko, « Egalité et inégalités dans la société japonaise d'après-guerre » in Jean-Marie Bouissou (dir.), Le Japon contemporain, Fayard, Paris, 2007, p.265-280

(13) Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po, Paris, 2011, p.230

(14) Le livre a dans la foulée était traduit en français: Kobayashi Takiji, Le Bateau-usine, éditions Yago, 2010

(15) Sébastien Lechevalier, La grande transformation du capitalisme japonais, Presses de Sciences Po, Paris, 2011, p.150

(16) Ibid., p. 16

 

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Lundi 4 juin 1 04 /06 /Juin 11:53

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Sanctuaire Gokoku de Miyagi, 12 mai 2012 (DR/ Philippe Tanaka)

 

Lors d'un passage à Sendai, cette magnifique "Cité des arbres", il m'a été donné à voir de bien curieux drapeaux dans un sanctuaire sur le mont Aoba, surplombant la ville. Le drapeau du haut n'est malheuresement pas rare au Japon. Bien qu'étant le drapeau de l'Armée impériale japonaise, c'est-à-dire le symbole de l'asservissement et du massacre de millions de civils en Asie pendant la Seconde guerre mondiale, il continue d'être arboré en toute légalité. On peut le trouver dans des sanctuaires shintô, dans les manifestation de l'extrême-droite japonaise, et sur les tee-shirts de certains Occidentaux dont la "passion du Japon" semble s'accorder invariablement avec une bêtise crasse.

 

Le second en dessous est plus rare. Faisons donc un peu de vexillologie, cette discipline passionante qui consiste à étudier les drapeaux. Ce drapeau correspond dans le Code internationale des signaux maritimes, à la lettre Z. Mais il revêt dans ce sanctuaire une signification bien différente. Le 27 mai 1905, alors que le Japon mène l'offensive contre la flotte russe, l'Amiral TÔGÔ Heihachirô fait lever le drapeau Z sur le cuirassé Mikasa. A l'issue de cette bataille, le Japon remporte la guerre contre la Russie et ce drapeau devient un symbole de la force de la marine impériale japonaise. Ce drapeau sera de nouveau hissé en 1941, sur le porte-avion Akagi, duquel s'élançèrent les avions responsables de l'attaque surprise de Pearl Harbor.

 

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Une dizaine de fêlés arborant l'attirail du parfait militant d'extrême droite nippon, 24 avril 2011. Comme on peut le voir, le drapeau Z figure en bonne position

 

 

Ce sanctuaire est en fait le Miyagi ken gokoku jinja (宮城県護国神社), c'est-à-dire le "Sanctuaire pour la défense du pays de la préfecture de Miyagi". Chaque préfecture au Japon dispose de son propre gokoku jinja dont le rôle est de rendre hommage aux âmes des soldats morts à la guerre. Ils ont été créés à l'ère Meiji, par une volonté d'instrumentaliser la religion shintô au service de l'impérialisme nippon et de son idéologie nationaliste. Ils ont été renommé gokoko jinja en 1939, à l'époque où le Japon baignait dans un totalitarisme mêlant allégrement fascisme, militarisme et shintô. Ces sanctuaires sont en quelque sorte les petits frêres du Yasukuni jinja. 

 

Il existe donc deux shintô au Japon: celui cher à MIYAZAKI Hayao, des esprits de la forêt, un shintô volontiers pacifiste, et celui plus politique, célébrant l'époque du "Grand Japon" à coups de révisionnisme et que l'on retrouve dans le Yasukuni et dans les sanctuaires gokoku. Car rendre hommage aux soldats morts pour le Japon, criminels de guerre y compris, reste tout de même douteux au regard des guerres d'agressions que mena ce pays partout en Asie. Soyons clément cependant avec le Japon. En France aussi, on continue paraît-il, à rendre hommage à des pauvres gars, morts pour rien dans la grande boucherie humaine de 14-18, lors de grandes fêtes républicaines.

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Mercredi 16 mai 3 16 /05 /Mai 11:27

A lire le bilan de la Fondation franco-japonaise Sasakawa (FFJS), branche française de la très influente Fondation Sasakawa, on serait tenté de penser qu'on a là à faire à une banale institution culturelle japonaise. Pourtant, à de nombreuses reprises ces dernières années, des affaires ont rappelé ce qui se cache derrière cette fondation. Dernière en date, le procès de Karoline Postel-Vinay a servi de piqûre de rappel.

 
Le 22 septembre 2010, la Fondation franco-japonaise Sasakawa a vu sa plainte pour diffamation contre l’universitaire Karoline Postel-Vinay être déboutée par le Tribunal de Grande Instance de Paris. La chercheuse du Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po était poursuivie par la Fondation franco-japonaise Sasakawa (FFJS) pour avoir rappelé dans une pétition que cette fondation, reconnue d’utilité publique en France, porte le nom d’un criminel de guerre de classe A, lié à la pègre japonaise et qui se considérait lui-même comme le "fasciste le plus riche du monde"(1). Cette pétition avait entraîné le retrait du Quai d’Orsay d’un colloque à l’Institut français des relations internationales (Ifri) pour les 150 ans des relations diplomatiques entre la France et le Japon en décembre 2008, manifestation financée par la FFJS. Cela suscita l’ire d’une fondation peu habituée à voir son image contestée en France.
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Ryôichi Sasakawa et Benito Mussolini
 

On ne s’attaque pas impunément à la Fondatiton Sasakawa, une des fondations humanitaires les plus puissantes au monde et principale donatrice privée de l’Organisation des Nations unies (ONU) (2). Son fondateur, Ryôichi Sasakawa a plusieurs visages, et fut tour à tour une figure influente de l’extrême droite nippone, un richissime homme d’affaires et un philanthrope à dimension internationale. Utilisant sa fortune acquise dans les années 1920 en spéculant sur le riz, il créa sa propre aviation militaire, puis prit la tête avec Yoshio Kodama du Parti des masses patriotiques (Kokusui Taishûtô). Il est soupçonné d’avoir organisé certains attentats à l’époque contre des premiers ministres et d’avoir, au côté de son ami Yoshio Kodama, participé au pillage des ressources minières en Chine. Dans ses activités politiques on peut noter, entre autres, qu’en 1939, il s’était rendu en Italie en tant qu’émissaire du Japon pour proposer à Benito Mussolini de créer une organisation fasciste internationale. (3)

 

Arrêté par les forces alliées d’occupation du général MacArthur comme criminel de guerre de classe A, il sera finalement libéré sans jugement en décembre 1948. Ce volte-face de l’administration américaine s’explique par le contexte de la guerre froide et de la lutte contre la communisme. Les criminels de guerre libérés deviennent alors les cadres du nouveau parti de droite, le Parti libéral démocrate (PLD). Ryôichi Sasakawa choisit pour sa part la voie des affaires et obtient en 1951 le monopole des paris sur les courses de hors-bords avec lequel il fait de nouveau fortune (4). Mais il ne renie pas ses idéaux politiques et déclare en 1974 dans Time être le "fasciste le plus riche du monde". Au Japon, où c’est un personnage très controversé, il était aussi un proche de Kazuo Taoka, chef du Yamaguchi-gumi, le plus puissant clan de yakuza de l’Archipel. Son amitié avec Yoshio Kodama, son ex-compagnon de cellule, se poursuit également dans l’après-guerre notamment à travers la World Anti-Communist League (WACL), un cercle de réflexion d’extrême droite rassemblant des anciens nazi et criminels de guerre.

 

Mais quelque chose manque à Sasakawa ; il rêve, pour changer son image, d’obtenir le prix Nobel de la paix. Il investit alors une partie de sa fortune dans l’humanitaire et créé en 1962 la Fondation Sasakawa. Doté d’un budget de 500 millions de dollars, elle devient dans les années 1990 la fondation philanthropique la plus puissante au monde, devant la Fondation Ford. Outre ses financements humanitaires divers – elle est la principale donatrice de l’ONU – la Fondation Sasakawa est liée à des affaires plus douteuses. En 1995, on la soupçonne notamment d’avoir "arrosé" certaines délégations africaines pour obtenir la réélection de Hiroshi Nakajima à la présidence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (5). Karoline Postel-Vinay et Philippe Pelletier l’accusent d’avoir agi de même pour l’élection de Matsuura Koichirô à la tête de l’Unesco. Via une de ses branches, la Tokyo Foundation (Tôkyô Zaidan), elle diffuse également des thèses négationnistes avec la publication en 2005 d’un livre niant le "viol de Nankin" de 1937 (pillages, viols et massacre de 300 000 civils chinois par l’armée impériale japonaise) (6) .

 

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Quant à la Fondation franco-japonaise Sasakawa, elle résulte de la volonté de Ryôichi Sasakawa d’avoir sa fondation à Paris. Sa création ne suscita à l’époque aucun émoi dans la classe politique française. Bien que le ministère des Affaires étrangères s’y soit opposé dans un premier temps, François Mitterrand et le ministre de la culture François Léotard avaient finalement accepté de recevoir M. Sasakawa et d’entamer des discussions sur la fondation. François Léotard y était plutôt favorable et proposait même de remettre la Légion d’Honneur à M. Sasakawa. Cela ne provoqua aucune réaction au Parti socialiste et le maire de Blois, Jack Lang, accepta même de recevoir des subsides de la Fondation Sasakawa pour la réfection des vitraux de la cathédrale de la ville (7). Michel Rocard, qui n’était pas a priori favorable à l’établissement de cette fondation, abdiqua finalement en 1990 et accepta que la fondation soit "reconnue d’utilité publique". Depuis, on retrouve beaucoup de proches de Jacques Chirac dans le conseil d’administration comme Jean-Bernard Ouvrieu ou la comédienne Line Renaud.

 

Aujourd’hui, la fondation finance un certain nombre de manifestations sur le Japon, souvent très consensuelles, et entretient des partenariats avec des institutions célèbres comme le Théâtre du Châtelet ou la Maison de la culture et du Japon. Par ailleurs, elle a financé les travaux de plusieurs chercheurs spécialistes du Japon, ainsi que des universités telles que l’Institut franco-japonais de management de Rennes, l’Université de Tours et l’Ecole polytechnique . A travers son programme de bourses universitaires – le Ryoichi Sasakawa Young Leaders Fellowship Fund (SYLFF) – la Fondation Sasakawa a également tissé des liens avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et l’INSEAD. Conséquence de cette affaire, le Ceri a cependant acté en 2010 qu’il ne s’associerait plus avec la FFJS. "Chacun fait ce qu’il veut, expliquait Karoline Postel-Vinay, mais le nom de Sciences Po ne doit pas être lié à cette fondation".

 

Reste qu’au-delà du cercle restreint des études japonaises, cette affaire n’a pas réellement eu d’écho dans l’opinion publique. Peu de soutiens hors du champ universitaire se sont exprimés lors du procès, à l’exception de la Ligue des droits de l’homme et de la Fondation de la Résistance. Une situation qui révèle l’absence de prise de conscience en Europe de l’ampleur de la guerre en Asie – 20 millions de morts - et de la gravité des crimes de guerre perpétrés par le régime militariste japonais - massacres de civils en Chine, prostitution forcée en Corée, expérimentations barbares sur des milliers de cobayes humains par l’Unité 731. Que l’on remplace le nom de Sasakawa par celui d’un criminel de guerre nazi et l’on comprendra peut- être un peu mieux de quoi il s’agit.

 

 

Cet article a été publié une première fois sur Nonfiction.fr en mars 2011

 

 

__________

 

(1) Time, 26 août 1974

(2) Le nom du criminel de guerre apparaît d’ailleurs dans des programmes de l’ONU, comme le prix Sasakawa du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) qui récompense chaque année à hauteur de 200 000 dollars des projets écologiques innovants.

(3) Les journalistes David Kaplan et Alec Dubro rapportent dans leur ouvrage sur la mafia japonaise, que Ryôichi Sasakawa "admirait Mussolini et sa milice privée, et portait des chemises noires à l’imitation des fascistes italiens". Cf., David Kaplan et Alec Dubro, Yakuza. La mafia japonaise, Philippe Picquier, Arles, 2002, p. 130

(4)  En 1980, le chiffre d’affaires de sa société était de 7,4 milliards de dollars ; Ibid., p. 131

(5) Philippe Pons, "Ryoichi Sasakawa" (rubrique nécrologique), Le Monde, 20 juillet 1995. Le fils de Ryôichi Sasakawa, Yohei Sasakawa, est d’ailleurs ambassadeur de bonne volonté de l’OMS. Il est devenu le président de la Fondation Sasakawa renommée en 1995 la Nippon Foundation. Il est également conseiller auprès du président de la Tokyo Foundation, branche universitaire de la Fondation Sasakawa.

(6) Philippe Pelletier et Karoline Postel-Vinay, "Un criminel de guerre japonais aux 150ème anniversaires des relations franco-japonaises.", Mediapart, 18 décembre 2008.

(7) Blog de Nicolas Beau, "Le retour de feu Sasakawa, grand pote de Chirac et criminel de guerre", Backchich.info, 17 décembre 2008.

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Mercredi 9 mai 3 09 /05 /Mai 17:28

 

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"Occupied", autocollant anti-Tepco, 19 avril 2012. Plusieurs autocollants de ce type, jouant sur le logo de Tepco sont apparus au mois d'avril sur les murs du quartier de Shibuya. Celui-ci est signé par l'artiste 281_Anti nuke

 

 

Après avoir engrangé des bénéfices pendant de nombreuses années, la Compagnie d'électricité de Tôkyô (Tepco) entend bien faire payer aux consommateurs le coût de la crise nucléaire. Celui-ci ne cesse en effet de s'envoler, alors que la situation reste très précaire dans la centrale de Fukushima Dai-ichi et que le chantier à entreprendre pour reprendre le contrôle est pharaonique. Lors d'une conférence de presse tenue mardi 8 mai dans la capitale, la firme a  annoncé vouloir augmenter de 10, 28% le prix de l'électricité pour les ménages. Cette augmentation qui prendrait effet à partir du mois de juillet, verrait le coût du kilowatt/heure passer la barre des 25 yens.

 

En février déjà, Tepco avait promis une augmentation de 17% du tarif à destination des entreprises. A l'époque, la compagnie d'électricité promettait que cette augmentation ne concernerait pas les consommateurs. Il faut savoir que dans la région de Tôkyô, les ménages payent déjà un tarif plus élevé que les entreprises, une situation dénoncée par le groupe "Ne payons plus Tepco !" (Tôden Fubarai, 東電不払い).

 

Cette hausse de l'électricité pour les ménages sera étudiée par le ministère de l'industrie (Meti) qui, cela ne fait aucun doute, approuvera l'idée en raison des accointances entre les deux institutions. Pour la forme, peut-être, le ministre EDANO Yukio demandera à ce que la hausse soit limitée à 10%. De toute façon, cette hausse n'est que le début d'une longue série visant à socialiser les pertes. Tepco a d'ailleurs d'ores et déjà menacé d'augmenter les tarifs à nouveau si la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa n'était pas remise en service comme prévu. 

 

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Lundi 7 mai 1 07 /05 /Mai 16:51

 

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Alors que le Japon vient tout juste de sortir temporairement du nucléaire, la Corée du sud elle vient de lancer la construction de deux réacteurs nucléaire dans la centrale de Ulchin, qui en contient déjà 6.

 

C'est la première fois depuis la catastrophe de Fukushima qu'une telle décision est prise dans la péninsule. Le gouvernement envisage ainsi toujours de faire passer le nombre de réacteurs de 23 actuellement, à 38 d'ici à 2030. Ces réacteurs sont répartis dans 4 centrales nucléaires et le nucléaire représente environ 30% de l'énergie produite en Corée. La Corée du Sud est très active ces dernières années dans le développement de nouvelles technologies nucléaires et dans l'exportation de centrales, notamment vers la Jordanie ou les Emirats Arabes Unis. En Asie, elle cherche également à conquérir le marché indien, chinois et malaisien.

 

Mais la décision de relancer un programme nucléaire ne fait pourtant guère consensus. Les Coréens sont en effet très méfiants vis-à-vis de cette énergie, alors que la catastrophe de Fukushima s'est produite à quelques centaines de kilomètres de leurs côtes. Quand au mouvement antinucléaire sud-coréen, il a pris de l'ampleur depuis quelques mois. En janvier 2012, plusieurs groupes pacifistes d'obédience catholiques ont créé le « Groupe antinucléaire de solidarité de la côte Est » qui est soutenu par différents diocèses. Quand on connaît l'importance du christianisme dans ce pays, on comprendra le poids que cela pèse dans la lutte antinucléaire. Ce groupe a demandé au gouvernement d'abandonner la construction de deux nouvelles centrales à Samcheok et YeongDeok et de faire fermer les centrales de Wolseong et Gori. 

 

Le même mois, 22 associations de femmes coréennes lancèrent un appel pour une sortie du nucléaire et l'abolition des armes nucléaires. « Nous femmes coréennes, écrivent-elles, avons un sens aigu de la crise et des suites de la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi en mars 2011. Nous sommes encore une fois choquées de la force des radiations vue dans la perte d'êtres humains, la pollution environnementale et la contamination alimentaire. Nous sommes encore plus choquées par la bêtise de ceux qui ont continué à construire des réacteurs nucléaires malgré que le danger de l'énergie nucléaire ait été démontré à Three Mile Island et Tchernobyl. ».Le 10 mars 2012, pour les un an de la catastrophe de Fukushima, plusieurs milliers de manifestants ont exprimé dans les rues de Séoul leur refus du nucléaire. Une manifestation d'une ampleur inédite pour ce pays.

 

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Dimanche 6 mai 7 06 /05 /Mai 09:35

 

 Outre l'arrêt complet de tous les réacteurs nucléaire, la journée du 5 mai au Japon est également un jour férié dédié aux enfants. A cette occasion, les familles japonaises accrochent traditionellement au-dessus des toits de leurs maisons, des koinobori, des carpes en papier qui flottent au gré du vent. Les statistiques démographiques, elles, ne sont pourtant pas à la fête.

 

------copie-1.jpgDes koinobori. La carpe noire représente le père, la carpe rouge la mère, et viennent ensuite de l'ainé au plus jeune, le nombre d'enfants présents dans la maison.

 

D'après le ministère des affaires intérieures, le nombre d'enfants de moins de 15 ans a encore diminué cette année, pour la 31ème année consécutive et atteint le record de 16,6 millions, sur une population de 128 millions d'habitants. Les enfants ne représentent ainsi plus que 13% de la population. Seuls les préfectures de Tôkyô et Fukuoka au sud du Japon ont connu une augmentation des naissances. A l'inverse, la préfecture de Fukushima touchée par la catastrophe nucléaire, a vu le nombre de naissances connaître une chute vertigineuse avec seulement 13 000 naissances depuis l'année dernière. L'île d'Okinawa reste pour sa part la partie la plus jeune du Japon, avec 17,7% d'enfants.

 

Le vieillissement de la population au Japon est un phénomène qui est toujours envisagé sous l'angle socio-économique. Mais il y a aussi un impact psychologique évident, et la société japonaise se regarde vieillir d'année en année avec une certaine tristesse. Faute d'avoir beaucoup d'enfants à montrer, la télévision japonaise diffusait samedi 5 mai, des images d'archives de l'après-guerre, à l'époque bénie du baby-boom japonais.

 

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Samedi 5 mai 6 05 /05 /Mai 18:42

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Comme cela était annoncé depuis plusieurs mois, le dernier réacteur nucléaire encore en fonctionnement au Japon, celui de la centrale de Tomari sur l'île d'Hokkaidô, a été progressivement mis à l'arrêt samedi 5 mai entre 17h et 23h. Le Japon réalise ainsi la prouesse de sortir du nucléaire en une seule année, en faisant notamment des efforts pour économiser l'énergie.

 

Il ne s'agit cependant pas d'une sortie volontaire mais de la conséquence d'une série de tests que tous les réacteurs du Japon doivent subir suite à l'accident de Fukushima. Le gouvernement se dit prêt d'ores et déjà à remettre en fonctionnement deux réacteurs de la centrale d'Ôi, dans la préfecture de Fukui. Mais cette décision ne fait guère consensus et les antinucléaires sont bien décidés à peser par différents moyens pour empêcher ce retour au nucléaire.

 

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"Je hais le nucléaire !"

manifestation antinucléaire à Kyôto, 10 mars 2012

 

Le campement « Occuper Kasumigaseki » - du nom du quartier des ministères à Tôkyô - a décidé de lancer une grève de la faim, en face du ministère de l'économie, responsable de la politique énergétique du pays. Les militants on été rejoints mercredi 2 mai par la romancière et nonne bouddhiste SETÔCHI Jakuchô, âgé de 89 ans, qui a jeûné pendant toute la journée, jusqu'au coucher du soleil. Auteur de plusieurs romans dont Kashin ou La fin de l'été, et connue surtout pour sa traduction du Dît du Genji en japonais moderne, elle s'est dite « effrayée » par la volonté du gouvernement de relancer le nucléaire.

 

Cette écrivaine rejoint ainsi deux autres hommes de lettres japonais également présents ce jour-là : SAWACHI Hisae, 81 ans, célèbre essayiste et militant dans le groupe pacifiste « Association de l'article 9 » ; et le journaliste KAMATA Satoshi, 73 ans, auteur de Toyota, l'usine du désespoir (éd. Démopolis), mais aussi d'essais sur le nucléaire comme Genpatsu rettô wo iku (Voyage dans l’archipel nucléaire, 2001) ou Nihon no genpatsu chitai(La zone nucléaire japonaise, 2006), non traduits en français. Par ailleurs, samedi 5 et dimanche 6 mai, des manifestations étaient prévues à Tôkyô et dans plusieurs villes du Japon.

 

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